T. LOBSANG RAMPA

 

LA TREIZIÈME CHANDELLE

 

(Édition : 11/11/2015)

 

La Treizième Chandelle - (1972) Un peu plus sur le parcours de vie de Lobsang. Il parle entre autres de l'homosexualité en incluant les commentaires d'un homosexuel ; des techniques respiratoires et le Sur-Moi y sont expliqués plus en détail ; il réprime les idées fausses au sujet des ‘Guides Spirituels’. Nouvel aperçu sur la façon de s'y prendre pour faire le voyage astral.

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Mieux vaut allumer une chandelle

que maudire l'obscurité.


 

TABLE DES MATIÈRES

TABLE DES MATIÈRES. 3

EXPLICATION. 3

CHAPITRE UN. 4

CHAPITRE DEUX. 25

CHAPITRE TROIS. 47

CHAPITRE QUATRE. 73

CHAPITRE CINQ. 96

CHAPITRE SIX. 121

CHAPITRE SEPT. 145

CHAPITRE HUIT. 166

CHAPITRE NEUF. 191

CHAPITRE DIX. 210

CHAPITRE ONZE. 234

CHAPITRE DOUZE. 249

 

EXPLICATION

 

‘La Treizième Chandelle ?’ Eh bien, c'est là, semble-t-il, un titre logique inspiré de ce que je tente de faire. J'essaie ‘d'allumer une chandelle’, ce qui vaut beaucoup mieux que ‘de maudire l'obscurité’. Le présent ouvrage est mon treizième livre qui sera, je l'espère, ma Treizième Chandelle.

Libre à vous de penser que c'est une très petite chandelle, peut-être une de ces bougies qui illuminent les gâteaux d'anniversaire. Mais, en ce qui me concerne, je n'ai jamais reçu de gâteau qui fût orné de bougies — pas même un gâteau d'anniversaire ! Et maintenant que je suis au régime sans sucre, que je suis astreint à une diète ne dépassant pas les mille calories, il est bien trop tard pour me soucier de pâtisserie.

Donc, pardonnez-moi ; faisons semblant de penser que ce livre EST vraiment ‘La Treizième Chandelle’, alors même qu'elle serait aussi petite que la bougie sur le gâteau d'anniversaire d'une poupée.

 

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CHAPITRE UN

 

Madame Marthe MacGoohoogly se dirigea vivement d'un pas décidé vers la porte de sa cuisine, serrant dans sa main couleur de jambon une coupure de journal toute froissée. Au dehors, dans le bout de terrain couvert de mauvaises herbes desséchées qui lui servait de ‘jardin de derrière’, elle s'arrêta et jeta à la ronde un regard furibond comme le fait, à la saison de la monte, un taureau reproducteur attendant l'arrivée de rivaux. Satisfaite — ou déçue — qu'il n'y ait pas en vue de rivales au garde-à-vous, elle courut à la clôture démolie qui marquait les limites du jardin.

Appuyant avec soulagement sa poitrine plus que volumineuse sur un poteau vermoulu, elle ferma les yeux et ouvrit la bouche : "Hé, Maud !" hurla-t-elle à travers les jardins attenants au sien, et sa voix retentit et fut répercutée par le mur de l'usine proche. "Hé, Maud, où êtes-vous ?" Fermant la bouche et ouvrant les yeux, elle attendit l'effet de son appel.

Venant de la direction de la deuxième maison proche de celle de Marthe, on entendit le bruit d'une assiette qui tombe et se brise en morceaux et l'on vit s'ouvrir la porte de la cuisine de CETTE maison-là. Une petite femme décharnée sortit en sautillant et tout agitée, essuyant ses mains sur son tablier chiffonné. "Eh bien, grogna-t-elle d'un air sévère, que désirez-vous ?"

"Hé, Maud, vous avez vu ceci ?" répondit Marthe, d'une voix criarde, en brandissant au-dessus de sa tête le morceau de papier journal tout froissé.

"Comment saurais-je si je l'ai vu, si je ne l'ai pas vu d'abord ? grommela Maud. Peut-être bien que je l'ai vu, ou encore peut-être bien que je ne l'ai pas vu. Qu'est-ce que c'est finalement, encore un scandale sexuel ?"

Madame Marthe MacGoohoogly fouilla dans la poche de son tablier et en retira de grosses lunettes à monture en corne, abondamment constellées de petites pierres. Elle en essuya soigneusement les verres sur le bas de sa robe avant de les chausser, puis elle tapota ses cheveux pour les remettre en ordre par-dessus ses oreilles. Alors, elle se moucha bruyamment sur le revers de sa manche et s'écria : "Cela vient du Dominion, c'est mon neveu qui me l'a envoyé !"

"Dominion ? Quel est ce magasin ? Font-ils des soldes en ce moment ?" s'écria Maud, montrant pour la première fois un semblant d'intérêt.

Marthe renifla de rage et de dégoût. "Allons ! cria-t-elle, exaspérée. Ne savez-vous donc RIEN ? Dominion, vous savez, le Canada. Le Dominion du Canada. C'est mon neveu qui me l'a envoyé. Attendez un moment, j'arrive tout de suite." Soulevant sa poitrine de la clôture et fourrant ses lunettes dans la poche de son tablier, elle gagna rapidement le fond du jardin mal tenu et là, s'engagea vivement dans la ruelle qui longeait les deux maisons. Quant à Maud, elle soupira, résignée, et se dirigea lentement à sa rencontre.

"Regardez ceci", hurla Marthe lorsqu'elle rencontra sa voisine dans la ruelle, à l'entrée du jardin de la maison vide qui séparait les demeures des deux commères. "Regardez les bêtises qu'on écrit maintenant. L'âme ? Ça n'existe pas. Quand on est mort, on est MORT, exactement comme ceci — POUF !" Le sang lui montait au visage, elle brandit le journal sous le long nez mince de la pauvre Maud et dit avec colère : "Comment admettent-ils cela, je ne le saurai jamais. Vous mourez, c'est comme de souffler une chandelle et puis fini, il n'y a rien après. Mon pauvre mari, que Dieu ait son âme, disait toujours avant de mourir que ce serait pour lui un tel soulagement de savoir qu'il ne reverrait pas ses anciens associés." À cette seule idée, elle renifla en pensée.

Maud O'Haggis la regarda du haut de son piédestal et attendit patiemment que la commère s'arrête. Finalement, elle profita de l'occasion pour demander : "Mais qu'est-ce que c'est que cet article qui vous a tellement bouleversée ?"

Sans dire un mot, Marthe MacGoohoogly passa à sa compagne le fragment déchiré de journal qui avait provoqué toute son agitation. Puis, retrouvant soudain la voix : "Non, chère, dit-elle, vous lisez du mauvais côté." Maud retourna le papier et recommença la lecture de tout l'article, ses lèvres formant silencieusement les mots à mesure qu'elle les lisait : "Eh bien, s'exclama-t-elle, eh bien, jamais je ne..."

Marthe souriait, satisfaite de son triomphe. "Eh bien, dit-elle, ce n'est pas chose ordinaire que pareilles bêtises arrivent à se faire imprimer. Qu'en pensez-vous ?"

Maud tourna et retourna la page à quelques reprises, se remit à lire du mauvais côté, puis elle dit : "Oh ! je sais, Hélène Hensbaum va nous le dire ; elle connaît tout à propos de ces choses. Elle lit des LIVRES."

"Oh ! je ne peux pas SUPPORTER cette femme, répliqua Marthe. Savez-vous ce qu'elle me disait l'autre jour ? Que des betteraves vous poussent dans le ventre — à Dieu ne plaise, Madame MacGoohoogly ! Voilà ce qu'elle me disait, vous vous imaginez cela ? Quel CULOT cette femme ! Pouah !"

"Mais elle est renseignée, elle connaît son affaire à propos de tout ceci, et si nous désirons aller au fond de ces CHOSES — elle agita violemment la malheureuse feuille de papier — nous devrons jouer son jeu et la flatter. Venez, allons la voir !"

Marthe tendit le doigt vers la rue et dit : "La VOILÀ ! elle est en train de suspendre ses sous-vêtements et je dois dire que c'est une sacrée garce. Elle a un tas de ces nouveaux panties, elle doit avoir quelque part une occasion spéciale. Moi, les bonnes culottes à l'ancienne mode sont assez bonnes pour moi !" Elle leva sa robe pour montrer : "Ça vous tient plus chaud quand il n'y a pas d'homme dans les environs, hein ?" Elle eut un rire vulgaire et les deux femmes se mirent à déambuler dans la rue pour aller trouver Hélène Hensbaum et sa lessive.

Juste au moment où elles allaient entrer dans le jardin Hensbaum, le bruit d'une porte qui claque les fit s'arrêter. Dans le jardin contigu, apparaissait une paire des plus Excitants Mini-Shorts. Les deux femmes les fixèrent des yeux, fascinées. Leur regard s'éleva lentement pour se fixer sur la blouse transparente et le visage fade et peinturluré de la donzelle. "Mince alors, murmura Maud O'Haggis, il y a encore de la vie dans notre vieille ville !" En silence elles s'arrêtèrent roulant de gros yeux quand la jeune fille en mini-short passa devant elles en avançant d'une démarche onduleuse, ses talons aussi hauts que sa moralité était basse.

"Ça vous fait sentir qu'on est vieille, n'est-ce pas ?" dit Marthe MacGoohoogly. Sans ajouter un mot, les deux femmes entrèrent dans la propriété Hensbaum pour trouver Madame Hensbaum en train d'observer la fille allant patrouiller.

"Mon meilleur bonjour ! cria Marthe. Je vois que vous avez un magnifique Horizon au bout de votre rue, hein ?" Elle eut un rire guttural. Helen Hensbaum se renfrogna d'un air plus féroce encore en regardant au bout de la ruelle. "Ach ! CELLE-LÀ ! s'exclama-t-elle, mourir dans le sein de sa mère, voilà ce qui aurait dû lui arriver !" Elle soupira et se tendit à hauteur de sa corde à linge, montrant qu'elle portait RÉELLEMENT un panty.

"Madame Hensbaum, commença Maud, nous savons que vous avez beaucoup lu et que vous savez tout à propos de certaines choses ; voilà pourquoi nous sommes venues demander votre avis." Elle s'arrêta et Hélène Hensbaum lui dit en souriant : "Eh bien donc, Mesdames, entrez, je vais vous faire une tasse de thé, la matinée est froide aujourd'hui. Cela nous fera du bien à toutes de nous reposer un peu." Elle se retourna et, montrant le chemin, fit entrer les deux femmes dans sa maison qui était bien entretenue et qu'on appelait ‘Petite Allemagne’ parce qu'elle était si coquette et si bien rangée.

Bientôt l'eau se mit à bouillir et Mme Hensbaum servit le thé fumant. Puis, tout en faisant circuler des biscuits sucrés, elle demanda : "Maintenant, que puis-je faire pour vous ?"

Maud fit un geste vers Marthe et répondit : "Elle a reçu une étrange sorte d'histoire du Canada ou de quelque endroit écarté. Je ne sais ce qu'il faut en penser. ELLE va vous le dire."

Marthe se redressa sur son siège et dit : "Voici, regardez ceci. C'est mon neveu qui me l'a envoyé. Il a eu des ennuis à propos d'une femme mariée et il a décampé pour aller dans un endroit appelé Montréal, dans le Dominion. Il m'écrit quelquefois. Il m'a envoyé ceci dans sa lettre. Je ne crois pas à des balivernes pareilles." Elle tendit le morceau de papier, chiffonné encore davantage par suite du mauvais traitement qu'il avait reçu.

Madame Hélène Hensbaum saisit délicatement le lambeau qui restait et le déplia sur une feuille de papier propre. "Ach, si ! glapit-elle tout excitée au point d'en oublier son anglais qui normalement était excellent. Ist gut, non ?"

"Voulez-vous nous le lire à haute voix, clairement, demanda Maud et nous dire ce que vous en pensez ?"

Donc, Madame Hensbaum s'éclaircit la voix, sirota son thé et commença : "Du Montréal Star, je vois. Lundi 31 mai 1971. Hum ! INTÉRESSANT ! Oui, j'ai dans cette ville été." Une courte pause et elle lut tout haut :

"Il s'est vu quitter son corps. Un cardiaque décrit la sensation de la mort. Canadian Press — Toronto. Un homme de Toronto qui a eu, l'an dernier, une crise cardiaque, déclare qu'il s'est vu quitter son corps et a éprouvé une sensation étrange de tranquillité durant une période critique pendant que son coeur s'arrêtait.

B. Leslie Sharpe, 68 ans, affirme que durant la période où son coeur cessa de battre, il fut capable de s'observer ‘face à face’.

M. Sharpe décrit ce qu'il a éprouvé, dans le dernier numéro du Canadian Medical Association Journal où son récit fait partie d'un rapport dont les auteurs sont le Dr R.L. MacMillan et le Dr K.W.G. Brown, codirecteurs du Service de Cardiothérapie à l'Hôpital Général de Toronto.

Dans ce rapport, les médecins déclarent : "Cela pourrait être le concept de l'âme quittant le corps".

M. Sharpe avait été transporté à l'hôpital après que son médecin de famille eut diagnostiqué une crise cardiaque suite à la douleur que le patient ressentait dans le bras gauche.

Selon ses déclarations, M. Sharpe se rappelle que, le lendemain matin, il regardait sa montre alors qu'il était couché au lit, immobilisé par les fils d'une machine cardiographique et des tubes intraveineux.

"Juste à ce moment-là, je poussai un très très profond soupir et ma tête s'affaissa sur la droite. Je pensai : pourquoi ma tête se laisse-t-elle aller ? Je ne l'ai pas bougée. Je dois être sur le point de m'endormir.

"Puis, je me vois en train de regarder mon propre corps depuis la ceinture et je le vois face à face comme dans un miroir dans lequel j'apparais, moi, dans le coin inférieur gauche. Presque immédiatement, je me suis vu quittant mon corps, d'où je sors par la tête et les épaules. Je ne voyais pas mes membres inférieurs.

"Le corps qui me quittait n'avait pas exactement une forme vaporeuse ; pourtant il a paru se détendre légèrement dès qu'il se fut libéré de moi, dit M. Sharpe qui ajoute :

"Soudain, je suis assis sur un objet très petit, se déplaçant à grande vitesse en direction d'un ciel terne bleu-gris sous un angle de 45°.

"En dessous de moi, à ma gauche, je voyais une substance d'une blancheur immaculée, semblable à un nuage, qui se déplaçait, elle aussi, dans une direction qui allait couper ma course.

"Cette substance était de forme parfaitement rectangulaire, mais pleine de trous comme une éponge.

"La sensation que j'éprouvai ensuite fut celle de flotter dans une brillante lumière jaune pâle — une sensation très agréable.

"Je continuai à planer, jouissant de la sensation la plus belle, la plus sereine.

"Puis, il y eut dans mon côté gauche, des coups de marteau de forgeron. Ces coups ne me faisaient pas vraiment mal, mais ils me heurtaient si violemment que j'avais de la peine à garder mon équilibre. Je me mis à compter les coups et quand je fus arrivé à six, je dis à haute voix : ‘Nom de D., qu'est-ce que vous me faites ?’ et j'ouvris les yeux."

Le narrateur ajoute qu'il reconnut autour de son lit docteurs et infirmières qui lui dirent qu'il avait subi un arrêt du coeur avec défibrillation et qu'on lui avait fait des électrochocs pour remettre son coeur en mouvement normal.

Les médecins assurèrent qu'il était inhabituel pour un malade atteint de crise cardiaque de se rappeler ce qui s'était passé lors de l'attaque. Habituellement, il y avait une période d'amnésie durant plusieurs heures avant et après une crise."

"Eh bien !!! s'exclama Hélène Hensbaum en terminant sa lecture et en s'asseyant confortablement pour observer les deux femmes qui lui faisaient face. Comme c'est vraiment TRÈS intéressant !" répéta-t-elle.

Marthe MacGoohoogly minauda de plaisir et de fatuité à l'idée qu'elle avait montré à ‘la femme étrangère’ quelque chose qu'elle ne connaissait pas jusqu'alors. "Bien, n'est-ce pas ? dit-elle en souriant, le genre de sottise qu'on voit dans le Véritable McCoy, n'est-ce pas ?"

Hélène Hensbaum sourit à son tour, mais d'un sourire railleur, lorsqu'elle demanda : "Alors, vous pensez que c'est chose étrange, n'est-ce pas ? Vous pensez que c'est — comment appelez-vous cela ? — de la blague ? Non, mesdames, c'est chose ordinaire. Voyez, je vais vous montrer !" Elle bondit sur ses pieds et conduisit les deux femmes dans une autre pièce. Là, dans une très belle bibliothèque reposaient des livres. Plus de livres que Marthe n'en avait jamais vu auparavant dans une maison.

Hélène Hensbaum s'avança et choisit certains ouvrages.

"Regardez, s'exclama-t-elle en feuilletant rapidement les pages d'un livre comme quelqu'un qui a affaire à de vieux et chers amis. Voyez : tout cela et bien davantage encore est ici imprimé. La Vérité. La Vérité qui nous a été apportée par un homme qui a été puni et persécuté pour avoir dit la Vérité. Et maintenant, parce qu'un imbécile de journaliste écrit un article, les gens peuvent croire que C'EST vrai."

Madame Marthe MacGoohoogly regarda, curieuse, les titres : ‘Le Troisième Oeil’, ‘Docteur de Lhassa’. Qu'est-ce que c'est que cela ? murmura-t-elle avant de parcourir les autres titres. Puis, se retournant, elle s'exclama : "Vous ne croyez pas à ces balivernes, n'est-ce pas ? On se paie ma tête ici, c'est du ROMAN !"

Hélène Hensbaum éclata de rire. "Du roman ? dit-elle, se reprenant, du ROMAN ? J'ai étudié ces livres et je SAIS qu'ils sont véridiques. Depuis que j'ai lu ‘Vous, pour Toujours’, je sais moi aussi faire le voyage astral."

Marthe parut déconcertée. Pauvre femme, pensa-t-elle, elle mêle l'allemand à son anglais. Voyage astral ? Qu'est-ce que c'est que ça ? Une nouvelle ligne aérienne ou une chose de la sorte ? Maud était là debout, bouche ouverte ; tout cela était BIEN au-dessus d'elle ! Tout ce qu'ELLE désirait lire, c'était le ‘Supplément du Dimanche’ avec le récit de tous les derniers crimes sexuels.

"Ce voyage ustral, astril, ou je ne sais quoi, eh bien qu'est-ce que c'est ? demanda Marthe. Y a-t-il VRAIMENT quelque chose de vrai là-dedans ? Mon vieux mari qui est mort et trépassé, Dieu ait son âme ! pourrait-il revenir près de moi et me dire où il a caché son argent avant de clamecer ?"

"Oui, vous dis-je, OUI, cela POURRAIT se faire s'il y avait une vraie raison de le faire. Si c'était pour le bien d'autres personnes — oui."

"Aïe aïe aïe ! s'écria Marthe, effarée. Maintenant j'aurai peur d'aller dormir ce soir, au cas où mon mari reviendrait pour me hanter — et ferait de nouveau des siennes." Elle secoua tristement la tête en grommelant : "Il a toujours été fort dans la chambre à coucher !"

Hélène Hensbaum versa encore une tasse de thé. Marthe MacGoohoogly feuilletait les livres. "Dites, Madame Hensbaum, ne voudriez-vous pas me prêter un de ces livres ?" demanda-t-elle.

"Non, répondit en souriant Mme Hensbaum, je ne prête jamais mes livres, parce qu'un auteur doit vivre de la misérable somme qu'on appelle ‘droits d'auteur’, sept pour cent je crois. Si je PRÊTE des livres, je prive un écrivain de ce qui est son gagne-pain." Elle s'abîma dans une réflexion silencieuse puis : "Je sais ce que je vais faire, s'exclama-t-elle, je vais en ACHETER une série et vous l'offrir en cadeau ; alors vous pourrez lire par vous-même la Vérité. Est-ce assez chic ?"

Marthe secoua la tête d'un air dubitatif. "Eh bien, je ne sais pas, reprit-elle, je ne SAIS vraiment pas. Je n'aime pas l'idée que lorsque nous avons mis de côté un corps, que nous avons fait sa toilette et vissé la boîte qui l'enferme, que nous l'avons déposé dans la terre, je n'aime pas l'idée qu'il va revenir comme un spectre et nous faire une peur bleue."

Maud se sentait plutôt laissée à l'écart ; elle pensa qu'il était temps pour elle de placer son mot. "Oui, dit-elle d'un ton hésitant, quand nous l'envoyons dans la cheminée du four crématoire, dans un nuage de fumée grasse, eh bien, cela devrait être la fin de CELA."

"Mais regarde, interrompit Marthe dont le regard croisa celui de Maud, si, comme vous le dites, il y a vie après la mort, POURQUOI N'Y A-T-IL PAS DE PREUVES ? Ils sont partis, c'est la dernière chose que nous apprenons à leur sujet. Partis — si vraiment ils VIVAIENT ENCORE, ils se mettraient en rapport avec nous — à Dieu ne plaise !"

Mme Hensbaum resta assise un moment silencieuse, puis elle se leva et se dirigea vers un petit secrétaire. "Regardez, dit-elle quand elle revint vers les deux femmes, une photographie en main. Regardez ceci. C'est une photographie de mon frère jumeau. Il est prisonnier des Russes qui le retiennent en Sibérie. Nous savons qu'il est vivant parce que la Croix-Rouge Suisse nous l'a dit. Toutefois, nous ne pouvons pas recevoir de message de lui. Je suis sa jumelle et je SAIS qu'il est vivant." Marthe s'assit et regarda la photographie, tournant et retournant le cadre dans ses mains.

"Ma mère est en Allemagne, l'Allemagne de l'Est. Elle aussi est vivante, mais nous ne pouvons pas communiquer. Pourtant ces deux personnes sont encore sur cette Terre, encore avec nous ! Et supposons que vous ayez un ami, disons en Australie, et que vous désiriez lui téléphoner. Même si vous connaissez son numéro, vous devez tenir compte de la différence d'horaire, vous devez utiliser certains appareils mécaniques et électriques. Et même ainsi, il se peut que vous ne soyez pas encore capable de parler à votre ami. Peut-être est-il au travail, peut-être est-il occupé à quelque loisir. Et ce n'est que de l'autre côté de ce monde. Pensez alors aux difficultés de téléphoner de l'autre côté de CETTE vie !"

Marthe se mit à rire. "Juste Ciel ! Madame Hensbaum, vous êtes un numéro ! s'écria-t-elle en gloussant. Un téléphone pour communiquer avec l'autre côté de la vie."

"Eh ! attendez un moment tout de même, s'exclama Maud au comble de la surexcitation. Oui, certainement, vous avez là une idée ! Mon fils s'occupe d'électronique à la B.B.C. et il nous racontait — vous savez ce que les garçons racontent — qu'il y avait un vieux type qui avait réellement inventé un téléphone de ce genre et qui fonctionnait. C'était avec des micro-fréquences ou quelque chose comme ça ; puis on étouffa toute l'affaire. L'Église était intervenue là-dedans, je suppose."

Mme Hensbaum approuva Maud en souriant et elle ajouta : "Oui, c'est absolument vrai. Cet écrivain dont je vous ai parlé est bien renseigné à ce sujet. La mise au point de cet appareil a été arrêtée par suite de manque d'argent pour le perfectionner, je crois. Mais, quoi qu'il en soit, des messages PARVIENNENT RÉELLEMENT de l'au-delà. La mort n'existe pas."

"Eh bien, prouvez-le !" s'écria Marthe rudement.

"Je ne peux pas vous le prouver comme cela, répondit avec douceur Madame Hensbaum, mais réfléchissez-y comme ceci. Prenez un bloc de glace et admettons qu'il représente le corps. La glace fond — tout comme le corps se décompose — et alors, nous avons de l'eau qui représente l'âme quittant le corps."

"Sottise ! s'exclama Marthe, l'eau, nous pouvons la voir, mais montrez-moi l'âme !"

"Vous m'avez interrompue, Madame MacGoohoogly continua Madame Hensbaum. L'eau va s'évaporer en une vapeur invisible et VOILÀ ce qui représente l'étape de la vie après la mort."

Maud s'impatientait parce que la conversation la négligeait. Après plusieurs minutes d'hésitation, elle dit : "Je suppose, Madame Hensbaum, que si nous désirons entrer en rapport avec nos Chers Défunts, nous allons à une séance qui nous met alors en contact avec les esprits ?"

"Oh non, ma chère ! répondit en riant Marthe qui restait jalousement sur ses positions. Si vous désirez des esprits (en anglais ‘spirits’ signifie aussi bien ‘esprits’ que ‘spiritueux’ — NdT), vous allez au cabaret et commandez une goutte de scotch. La vieille Mme Knickerhacker est censée être un bon médium et elle aime VRAIMENT aussi l'autre genre d'esprits. Avez-vous jamais assisté à une séance, Madame Hensbaum ?"

Hélène Hensbaum hocha tristement la tête : "Non, mesdames, répondit-elle, je ne vais pas à ces séances. Je n'y crois pas. Beaucoup de ceux qui s'y rendent sont de bonne foi, mais — Oh ! — ils sont tellement induits en erreur." Elle jeta un regard sur l'horloge et sauta sur ses pieds en proie à l'agitation d'une alarme. "Mein lieber Gott ! (Mon Dieu) s'écria-t-elle, le lunch de mon mari, je devrais déjà l'avoir préparé !" Puis, recouvrant son sang-froid, elle reprit plus calmement : "Si cela vous intéresse, revenez cet après-midi à trois heures et nous en parlerons davantage ; mais maintenant, mes travaux du ménage, je dois m'en occuper !"

Marthe et Maud se levèrent et se dirigèrent vers la porte. "Oui, dit Marthe, parlant pour elles deux sans y être invitée, nous reviendrons à trois heures, comme vous le suggérez."

Ensemble, elles traversèrent le jardin de derrière et arrivèrent dans la rue de derrière. Marthe ne parla qu'une seule fois, lorsqu'elles se séparèrent. "Eh bien, je ne sais pas, remarqua-t-elle, je ne sais vraiment pas. Mais retrouvons-nous ici à trois heures moins dix. Au revoir !" et elle se dirigea vers la porte de sa demeure tandis que Maud continuait par la rue jusqu'à sa propre maison.

Dans la maison Hensbaum, Mme H. se déchaînait dans un acharnement d'efficience germanique contrôlée, grommelant à part soi d'étranges paroles, faisant jaillir de ses mains assiettes et couverts qui allaient infailliblement trouver leur place sur la table : tout cela réalisé avec l'adresse d'une jongleuse grassement payée d'un music-hall berlinois. Au moment où claqua la grille de l'entrée et où, marchant à pas comptés, son mari arriva à la porte, tout était prêt, le déjeuner était servi.

Le soleil avait dépassé son zénith et il descendait vers l'ouest quand Maud sortit de chez elle et descendit avec insouciance la rue qui conduisait à la maison de son amie. Elle était vraiment sensationnelle dans une toilette en imprimé fleuri qui venait en droite ligne d'un magasin de soldes près de Wapping Steps. "Ohé, Marthe !" cria-t-elle lorsqu'elle atteignit la porte du jardin.

Marthe ouvrit la porte et, d'ahurissement, battit des paupières en voyant Maud. "Mince alors ! s'écria-t-elle d'un ton ébloui, oeufs brouillés et coucher de soleil, dis ?"

Maud se hérissa : "Vos jupes sont trop étroites, Marthe, dit-elle. On voit les lignes de vos jarretelles et de votre culotte. Pour qui VOUS prenez-vous, de toute façon ?"

À la vérité, Marthe VALAIT vraiment le coup d'oeil ! Son deux-pièces gris perle et sa veste étaient étroits d'une manière presque indécente. Un étudiant en anatomie n'aurait eu aucune difficulté à situer les divers ‘repères’ y compris même la linea alba. Ses talons hauts étaient si hauts qu'elle devait se pavaner et cette hauteur absolument anormale la forçait à remuer le derrière de droite à gauche ou de haut en bas. Étant abondamment pourvue au rayon ‘crémerie’, elle devait adopter une attitude singulière — pareille à celle d'un soldat américain à l'exercice.

Les deux femmes paradèrent ensemble dans la rue et entrèrent dans le jardin de derrière des Hensbaum. Madame Hensbaum ouvrit au premier coup frappé à sa porte et les fit entrer. "Sapristi, Madame Hensbaum, dit Maud, un peu surprise en pénétrant dans le ‘salon’. Vous avez travaillé en librairie ?"

"Oh non, madame O'Haggis, répondit l'Allemande en souriant, j'ai pensé que vous étiez très intéressées par les sciences psychiques, et c'est pourquoi j'ai acheté une série de ces livres de Rampa pour les offrir à chacune de vous."

"Pristi ! murmura Marthe en feuilletant un de ces livres. Il a l'air étrange, ce vieux type, n'est-ce pas ? A-t-il VRAIMENT un chat qui lui sort de la tête comme cela ?"

Madame Hensbaum se mit à rire franchement, au point que son visage tourna au violet. "Ach non, s'écria-t-elle. Les éditeurs prennent de grandes libertés avec les couvertures des livres ; l'auteur n'a rien à dire du tout dans cette affaire. Attendez — je vais vous montrer — et elle monta les escaliers en courant pour revenir un peu essoufflée, montrant une petite photographie : "VOICI à quoi ressemble l'auteur. Je lui ai écrit, il m'a répondu et m'a envoyé ceci : j'y tiens beaucoup."

Reprenant la discussion : "Mais, Madame Hensbaum, dit Marthe non sans une certaine exaspération, vous n'avez aucune PREUVE. Tout cela, c'est de la FICTION."

"Madame MacGoohoogly, répliqua Madame Hensbaum, vous vous trompez tout à fait. La preuve EXISTE, mais c'est une preuve qui doit être expérimentée, être vécue. Mon frère est aux mains des Russes. J'ai dit à une amie, Mlle Rhoda Carr, qu'il m'avait rencontrée dans l'astral et appris qu'il était dans une prison appelée Dniepropetrovsk. Il me dit que c'était un très vaste complexe pénitencier en Sibérie. Je n'en avais jamais entendu parler. Mlle Rhoda Carr ne dit rien sur le moment, mais quelques semaines plus tard, elle m'écrivit pour me confirmer la chose. Elle est en relation avec une sorte d'organisation et fut, de la sorte, à même de faire des enquêtes par l'intermédiaire d'amis travaillant secrètement en Russie. Mais, chose très intéressante, elle me dit que bien des gens avaient pu lui donner des renseignements du même genre au sujet de leurs proches détenus en Russie et tous, disait-elle, par des moyens occultes."

Maud, qui était assise là, bouche bée, se redressa alors sur son siège et déclara : "Ma mère m'a dit avoir assisté une fois à une séance et y avoir entendu des choses très vraies. Tout ce qu'on lui avait dit s'avéra exact. Mais pourquoi dites-vous que ces séances ne sont pas une bonne chose, Madame Hensbaum ?"

"Non, je n'ai pas dit que TOUTES ces séances n'étaient pas bonnes ; j'ai dit que je n'y croyais pas. De l'autre côté de la Mort, il y a des entités malfaisantes qui sont capables de lire les pensées des gens et qui s'amusent à leurs dépens. Elles lisent leurs pensées, puis donnent des messages en faisant semblant que ces communications proviennent de quelque Guide Indien ou de quelque Cher Disparu. La plupart des messages sont stupides, dépourvus de sens, mais parfois, par accident, QUELQUE CHOSE parvient qui est passablement exact."

"Elles doivent pas mal rougir quand elles lisent MES pensées, ricana Marthe. Je n'ai jamais été une fille du Catéchisme".

Madame Hensbaum sourit et continua : "Les gens sont grandement induits en erreur au sujet de ceux qui sont Trépassés. Dans l'autre Monde, ceux-ci ont du travail, ils ne sont NULLEMENT en train de flâner, attendant — soupirant après — l'occasion de répondre à des questions stupides. ILS ONT DU TRAVAIL À FAIRE. Accueilleriez-vous avec plaisir, Madame O'Haggis, un stupide appel téléphonique alors que vous êtes extrêmement occupée et pressée par le temps ? Et VOUS, Madame MacGoohoogly, feriez-vous bon accueil à un personnage embêtant qui viendrait sonner à votre porte alors que vous êtes déjà en retard pour le Bingo ?"

"Oui, elle a raison, vous savez, murmura Marthe. Mais vous avez parlé de Guides Indiens. J'en ai entendu parler. POURQUOI doivent-ils être Indiens ?"

"Madame MacGoohoogly, ne faites pas attention à de pareilles histoires ! répondit Madame Hensbaum. Les gens s'imaginent qu'il y a des Guides Indiens, des Guides Tibétains, etc., etc. Réfléchissez simplement : ici, dans cette vie, on peut regarder les Indiens, les Tibétains ou les Chinois comme de pauvres indigènes de couleur déshérités et ne valant pas qu'on s'y arrête un instant. Comment alors pourrions-nous les considérer soudain comme des génies psychiques dès qu'ils arrivent de l'Autre Côté ? Non, beaucoup de personnes parmi les plus ignorantes ‘adoptent’ un Guide Indien parce que c'est plus mystérieux. En fait, le SEUL guide de chacun, c'est... son Sur-Moi."

"Ah ! ce que vous dites nous dépasse, Madame Hensbaum. Nous avons perdu le fil de vos paroles."

Madame Hensbaum se mit à rire et répliqua : "C'est ainsi ; les livres vous devriez peut-être lire d'abord, à commencer par ‘Le Troisième Oeil’ (The Third Eye)."

"Est-ce que je peux vous demander si nous pouvons revenir pour vous en reparler ?" demanda Maud O'Haggis.

"Oui, bien sûr, je vous en prie, car cela me fera plaisir, répondit, accueillante, Madame Hensbaum. Pourquoi ne pas nous entendre pour nous retrouver, à la même heure, dans une semaine ?"

Et c'est ainsi que quelques minutes plus tard, les deux femmes se retrouvaient dans la rue, marchant tranquillement et portant, l'une et l'autre, un paquet de livres, cadeau de Madame Hélène Hensbaum. "J'aurais voulu qu'elle nous en dise un peu plus sur ce qui arrive quand nous mourons", remarqua Maud d'un ton de regret.

"Ah ! vous le saurez assez tôt, il suffit de vous regarder", répondit Marthe.

Les lampes restèrent longtemps allumées dans les maisons MacGoohoogly et O'Haggis. Tard dans la nuit, un rayon de lumière brillait encore à travers le store rouge de la chambre à coucher de Marthe. De temps en temps, un souffle de vent écartait furtivement les lourdes draperies vertes du salon des O'Haggis, révélant la présence de Maud enfoncée dans un fauteuil profond, un livre étroitement serré dans les mains.

Un dernier autobus passa en ronflant, ramenant chez eux les nettoyeurs de bureaux de l'équipe de nuit. Dans le lointain, un train passa majestueusement dans un grand vacarme de ferraille, les lourds wagons de marchandises oscillant et cliquetant sur les rails d'une gare de manoeuvre et de triage. Il y eut ensuite le gémissement d'une sirène. Police ou ambulance, peu importait pour Maud profondément plongée dans son livre. L'horloge de l'Hôtel de Ville fit entendre son carillon et la sonnerie de l'heure indiquant que l'aube était proche. Finalement, la lumière s'éteignit dans la chambre à coucher de Marthe. Bientôt également, les lumières s'éteignirent au rez-de-chaussée dans le salon de Maud et pendant quelques courts moments, l'éclairage s'alluma dans sa chambre à coucher.

Le tapage d'un laitier matinal troubla cette paisible atmosphère. Bientôt parurent les balayeurs de rue faisant rouler lentement leurs chariots au fracas métallique. Des autobus évoluèrent dans la rue pour embarquer les ouvriers matinaux et les transporter bâillants à leur travail. Une myriade de cheminées laissaient échapper de la fumée. Des portes s'ouvraient brièvement et claquaient hâtivement lorsque les gens partaient à toute vitesse, entamant leur course journalière contre l'heure et pour leur train.

Enfin, le store rouge de la chambre à coucher de Marthe fut remonté avec une telle violence que la houppe de la cordelière dansa une gigue. Le visage de Marthe embrumé de sommeil, étonné, jeta un regard vide sur un monde indifférent. Ses cheveux bouclés en bigoudis serrés lui donnaient un air farouche et hirsute, tandis que sa vaste chemise de nuit en flanelle accentuait sa forte taille et ses avantages plus que volumineux.

Plus tard, chez les O'Haggis, la porte s'ouvrit lentement et un bras se tendit au-dehors pour atteindre la bouteille de lait déposée sur le pas de la porte. Après un long intervalle, la porte s'ouvrait de nouveau et Maud apparaissait vêtue d'un peignoir rayé. L'air fatigué, elle secoua deux paillassons, bâilla violemment, puis se retira de nouveau dans la solitude de sa demeure.

Un chat solitaire émergea de quelque passage obscur, scruta prudemment les alentours avant de s'aventurer posément sur la chaussée. En plein centre de la rue, il s'arrêta, s'assit et fit sa toilette, face, oreilles, pattes et queue, avant de se remettre en marche en quête de son déjeuner vers quelque obscur recoin.

 

CHAPITRE DEUX

 

"Timon ! TIMON !" C'était une voix stridente, terrifiée, dont l'intonation grinçante crispe les nerfs. "Timon, RÉVEILLE-TOI, ton père est mourant." Lentement, le jeune garçon émergea des profondeurs d'une totale inconscience. Lentement, il lutta à travers les brouillards du sommeil, cherchant à ouvrir ses paupières lourdes comme du plomb. "Timon, tu DOIS te lever. TON PÈRE EST MOURANT !" Une main lui empoigna les cheveux et le secoua violemment. Timon ouvrit les yeux. Soudain, il se rendit compte du bruit qu'il percevait, un bruit étrange, grinçant ‘comme un yak qui s'étrangle’, pensa-t-il. Curieux, il s'assit et tourna la tête, regardant autour de lui et cherchant à voir à travers l'obscurité de la petite chambre.

Sur un petit rebord, il y avait un plat en marbre dans lequel une motte de beurre flottait dans son huile trouble, fondue. Grossièrement enfoncé dans le beurre non fondu, un ruban d'étoffe rugueuse faisait office de mèche informe. Maintenant la flamme grésillait, vacillait et baissait, jetant sur les murs derrière elle des ombres tremblotantes. Un courant d'air vagabond faisait momentanément plonger la mèche qui bafouillait et crachotait, et la faible flamme devenait plus faible encore. Puis, de nouveau imprégnée par suite de son immersion partielle, elle s'enflammait de nouveau, envoyant à travers la chambre ses doigts fumeux de suie.

"TIMON ! ton père est mourant, tu dois te dépêcher d'aller chercher le Lama !" criait sa mère, désespérée. Lentement, encore abruti de sommeil, Timon se mit sur pied à contrecoeur et s'enroula dans son unique vêtement. Le bruit grinçant s'accélérait, ralentissait, puis reprenait son rythme monotone et glaçant. Timon s'approcha du ballot en désordre à côté duquel se blottissait sa mère. Baissant ses yeux pleins de terreur, il se sentit glacé d'effroi à la vue du visage de son père rendu plus spectral encore par la lueur tremblotante de la lampe à beurre. Bleu, il était bleu, jetant autour de lui un regard dur, froid. Bleu sous l'annonce de la crise cardiaque. Tendu sous les signes de la rigidité cadavérique alors qu'il vivait encore.

"Timon ! dit sa mère, tu dois aller chercher le Lama ou bien ton père mourra sans que personne soit là pour le guider. Dépêche-toi, DÉPÊCHE-TOI !" Se retournant brusquement, Timon se précipita vers la porte. À l'extérieur les étoiles brillaient, froides et dures dans l'obscurité qui précède l'aube, à l'heure où l'Homme est le plus sensible à l'échec et à l'hésitation. Refroidi par les bancs de brume qui estompaient la crête de la montagne, un vent aigre tourbillonnait, roulant la pierraille et soulevant des nuages de fine poussière.

Le petit garçon, à peine âgé de dix ans, s'arrêta et frissonna, essayant de percer l'obscurité, une obscurité médiocrement atténuées par la faible lueur des étoiles. Pas de lune ce jour-là, c'était le mauvais moment du mois. Les montagnes se dressaient dures et noires, avec seulement une légère teinte violette pour montrer jusqu'où elles s'élevaient et où commençait le ciel. De l'endroit où une vague tache pourprée s'étalait jusqu'à la rivière qui luisait faiblement dans la vallée, un minuscule îlot de lumière jaune vacillante brillait davantage à cause de l'obscurité qui noyait toutes choses. Le garçon se mit vivement en route, courut, sauta, bondissant par-dessus les rocs effondrés, dans son anxiété accablante d'atteindre le sanctuaire où brillait cette lumière.

Des silex acérés glissaient sous ses pas et piquaient ses pieds sans chaussures. Des galets ronds — vestiges peut-être de quelque ancien fond marin — glissaient traîtreusement sous ses pas. De gros cailloux se dessinaient dangereusement à travers l'obscurité matinale d'avant l'aube et meurtrissaient l'enfant qui, aiguillonné par la peur, les effleurait dans sa course.

Au loin, la faible lueur entrevue lui faisait signe. Il avait quitté son père mourant, privé du secours d'un Lama qui aurait guidé les pas chancelants de son âme. Il accéléra sa course. Bientôt, dans l'air raréfié de la montagne, sa respiration devint un halètement rauque. Bientôt, il eut mal au côté, ressentant les affres du ‘point de côté’ qui abat ceux à qui la course impose des efforts exagérés. La douleur devint progressivement une harmonie perçante de sa vie. Haut-le-coeur et sanglots rendaient plus pénibles encore ses efforts pour inspirer plus d'air. Il fut forcé de ralentir sa course qui devint un trot rapide et ensuite, pour quelques pas, une marche clopin-clopant.

La lumière lui faisait signe, fanal d'espérance sur un océan de désespoir. Qu'allait-il advenir d'eux maintenant, se demandait-il. Comment vivraient-ils ? Comment mangeraient-ils ? Qui veillerait sur eux, les protégerait ? Son coeur battait à se rompre au point qu'il se prit à redouter qu'il n'éclate dans sa poitrine qui se soulevait douloureusement. La transpiration ruisselait sur sa peau et se refroidissait rapidement dans l'air glacial des hauteurs. Son unique vêtement était en loques, décoloré, et ne le protégeait guère contre les éléments. Ces gens étaient pauvres, désespérément pauvres, et sans doute allaient-ils le devenir plus encore par suite de la mort du père, le gagne-pain de la famille.

La lumière continuait à lui faire signe, annonciatrice d'un havre dans un océan de terreur. Elle lui faisait toujours signe, clignotait, décroissait, puis se ranimait de nouveau, comme pour rappeler à l'enfant solitaire que la vie de son père vacillait, mais qu'elle recommencerait bientôt à briller une fois passé les confins de ce monde impitoyable. L'enfant eut un nouveau sursaut d'énergie et il se remit à courir comme un forcené, serrant les coudes sur ses flancs, bondissant la bouche grande ouverte, bandant ses muscles pour gagner les secondes qui fuyaient.

La lumière grandit, comme une étoile l'accueillant à la maison. À son côté, la Rivière Heureuse coulait en se moquant tout bas des petites pierres qu'elle avait entraînées depuis les hauteurs montagneuses où elle avait pris naissance. La rivière rayonnait argentée sans éclat dans la pâle clarté des étoiles. Devant lui, le garçon pouvait maintenant distinguer vaguement la masse plus sombre d'une petite lamaserie perchée entre la rivière et le flanc de la montagne.

Comme il regardait la lumière et la rivière, il eut un instant d'inattention et sa cheville se déroba sous lui. Il fut projeté violemment sur le sol, s'écorchant les mains, les genoux et le visage. Sanglotant de douleur et de frustration, il se remit péniblement sur pied et recommença à marcher en boitillant.

Soudain, juste en face de lui, une silhouette apparut. "Qui est dehors, sous nos murs ? demanda la voix caverneuse d'un vieillard. Ah ! et qu'est-ce qui t'amène devant notre porte à cette heure matinale ?" continua la voix. À travers ses paupières gonflées de larmes, Timon aperçut, devant lui, un vieux moine courbé par le poids des ans. "Oh ! tu es blessé — entre, et je vais m'occuper de toi", dit encore la voix. Le vieillard se tourna lentement et introduisit le garçon dans la petite lamaserie. Timon s'arrêta, battant des paupières devant la lumière soudaine d'une petite lampe à beurre — lumière vraiment brillante après l'obscurité de l'extérieur.

L'atmosphère était lourde du parfum de l'encens. Timon resta un moment interdit, puis débita son message. "Mon père, il est MOURANT et ma mère m'a vite envoyé pour qu'on vienne à son aide afin qu'il puisse être guidé dans son voyage. Il est MOURANT !" Le pauvre garçon s'affaissa sur le sol, couvrant de ses mains ses yeux pleins de larmes. Le vieux moine sortit à pas traînants et bientôt, on pouvait l'entendre en conversation chuchotée dans une autre pièce. Timon s'était assis sur le sol, pleurant et s'apitoyant sur son sort dans un accès de frayeur.

Soudain, il se secoua en entendant une nouvelle voix qui lui disait : "Mon fils, mon fils ! Ah ! c'est le jeune Timon, oui, je TE connais, mon garçon." Timon se prosterna respectueusement, puis se releva lentement, s'essuyant les yeux avec le coin de sa robe et barbouillant ainsi son visage mouillé de larmes en y étalant la poussière humide de la route. "Raconte-moi, mon garçon", demanda le Lama, car c'était lui que Timon reconnaissait maintenant. Une fois encore, Timon raconta son histoire et quand il eut fini, le Lama lui dit : "Viens, nous irons ensemble. Je vais te prêter un poney. Bois d'abord ce thé et mange cette tsampa, car tu dois être affamé et la journée sera longue et fatigante."

Le vieux moine s'avança, apportant la nourriture, et Timon s'assit sur le sol pour la manger tandis que le Lama s'en allait faire les préparatifs. On entendit le bruit de chevaux et le Lama revint : "Ah ! ainsi tu as fini. Bien, maintenant, partons !" et il se tourna pour sortir, emmenant Timon à sa suite.

Maintenant, sur la crête lointaine de la montagne qui ceint la Plaine de Lhassa, les premiers rayons dorés de lumière approchaient, annonçant la naissance d'un nouveau jour. Soudain, un trait de lumière brilla à travers un col de la haute montagne et toucha, l'espace d'un instant, la maison des parents de Timon, tout à l'extrémité de la route. "Même le jour meurt, mon garçon, dit le Lama, mais en quelques heures il renaît et c'est un jour nouveau. Ainsi en est-il de tout ce qui vit."

Trois poneys attendaient en piaffant devant la porte ; ils étaient sous la garde très aléatoire d'un acolyte à peine plus âgé que Timon. "Il nous faut monter ces choses-là", chuchota le jeune acolyte à Timon : "Mets les mains sur ses yeux s'il ne veut pas s'arrêter. Et — il ajouta sombrement — si CELA ne l'arrête pas, SAUVE QUI PEUT !"

Vivement le Lama sauta à cheval. Le jeune acolyte aida Timon à faire de même puis, d'un bond désespéré, il sauta sur son propre cheval et s'éloigna à la suite des deux autres qui déjà se fondaient dans l'obscurité qui couvrait encore le pays.

Des rayons de lumière dorée percèrent à travers les cimes des montagnes quand le bord supérieur du disque solaire apparut au-dessus du sommet oriental. L'humidité gelée dans l'air glacé réfléchit une myriade de couleurs et d'ombres de couleurs provenant des prismes de glace. Des ombres géantes traversèrent le paysage accidenté quand les voiles de la nuit s'écartèrent devant l'approche impitoyable du jour. Les trois voyageurs solitaires, simples grains de boue dans l'immensité de cette terre stérile, chevauchaient à travers une étendue parsemée de blocs de pierre, évitant les éboulements et les fondrières plus facilement avec la lumière croissante.

Bientôt, on put voir un personnage solitaire debout à côté d'une maison désolée, une femme, mettant la main en abat-jour devant ses yeux et scrutant anxieusement le sentier. Espérant le secours qui paraissait si lent à venir. Les trois voyageurs avançaient à cheval choisissant soigneusement leur chemin au milieu des débris rocheux. "Je ne sais pas comment tu as pu t'en tirer si bien, mon garçon, dit le Lama à Timon, cela a dû être un voyage effrayant." Mais le pauvre Timon était trop effrayé et trop fatigué pour répondre. Même, il oscillait maintenant et somnolait sur le dos du poney. Les trois cavaliers continuèrent à chevaucher en silence.

Devant sa porte, la femme se tordait les mains et baissait la tête en un geste mêlé de confusion et de respect. Le Lama sauta à terre et s'approcha de la femme affligée. Le jeune acolyte se laissa glisser à bas de son poney et se précipita pour aider Timon, mais trop tard ; le jeune garçon venait de faire la culbute à l'instant où le poney s'était arrêté.

"Saint Lama, dit la femme d'une voix chevrotante, mon mari va mourir. Je l'ai gardé conscient mais je craignais que vous n'arriviez trop tard. Oh ! Qu'ALLONS-NOUS faire ?"

"Venez, montrez-moi le chemin", ordonna le Lama qui suivit la femme lorsqu'elle se tourna et l'introduisit dans la maison. Celle-ci était obscure. Du tissu huilé couvrait les trous dans les murs, car il n'y avait pas de verre ici et le tissu bien huilé apporté de l'Inde lointaine le remplaçait, laissant passer une étrange sorte de lumière et une odeur particulière qui lui était propre. Une odeur composée d'huile desséchée bien mélangée avec de la suie dégagée par une lampe à beurre ne cessant de se consumer.

Le sol était de terre bien battue et les murs étaient formés de lourdes pierres bien assemblées, dont les joints étaient bouchés au moyen de fumier de yak. Au milieu de la pièce, couvait un petit feu dont le combustible était aussi du fumier de yak. La fumée du feu flottait dans la pièce ; une partie seulement s'en échappait en fin de compte par un orifice percé dans le toit, à cet effet.

Le long du mur faisant face à l'entrée, il y avait sur le sol un ballot qu'à première vue on aurait pu prendre pour un tas de chiffons qu'on aurait empilés là, mais on se rendait compte de son erreur en entendant les sons qui s'élevaient de ce ballot. Les sons grinçants et rauques exhalés par un homme qui luttait pour continuer à respirer, les râles d'un homme in extremis. Le Lama se dirigea vers lui et, regardant à travers l'obscurité qui se répandait partout il aperçut celui qui gisait sur le sol, un homme d'un certain âge, mince, marqué par les épreuves de la vie, un homme qui avait vécu conformément à toutes les croyances de ses ancêtres, sans avoir une idée personnelle sur les choses.

Maintenant, il était étendu là, haletant, le visage bleui par suite du manque d'oxygène. Il gisait là sanglotant, luttant pour garder un reste de conscience, car d'après sa croyance et d'après la croyance traditionnelle, ce passage dans l'autre monde se ferait plus facilement sous la direction d'un Lama expérimenté.

Il leva les yeux et quelque apparence — quelque regard fugace — de plaisir passa sur son visage blême, à la pensée de la présence du Lama près de lui.

Le Lama se laissa tomber à côté du mourant et posa les mains sur ses tempes en prononçant des paroles apaisantes. Derrière lui, le jeune acolyte se hâta de déposer des encensoirs et de prélever un peu d'encens dans un paquet. Alors, retirant de sa poche de l'amadou, une pierre à feu et un fer, il finit par faire jaillir une étincelle qui tomba sur l'amadou et souffla pour obtenir une flamme, de sorte que l'encens puisse être allumé au moment voulu.

Pas question pour lui d'employer le système plus facile mais très irrespectueux d'approcher l'encens de la lampe à beurre qui maintenant coulait : c'eût été faire montre de manque d'attention pour l'encens, de manque de respect pour le rituel. Il allait allumer l'encens suivant la manière traditionnelle, cet ardent jeune homme qui avait de grandes ambitions de devenir lui-même Lama.

Le Lama, assis sur le sol dans la position du lotus auprès de l'homme presque moribond, fit un signe de tête à l'acolyte qui alluma alors le premier bâton d'encens. Il l'alluma de façon que la flamme touche seulement le bout du premier bâton et, lorsque ce bâton brûla et fut porté au rouge, l'acolyte souffla la flamme, laissant l'encens se consumer sans flamme. Le Lama déplaça légèrement ses mains et les posa dans une position différente sur la tête de l'homme en disant : "Ô Esprit qui es sur le point de quitter cette enveloppe de chair, nous allumons le premier bâton d'encens pour attirer ton attention, pour te guider, pour que tu puisses prendre un chemin facile à travers les périls que ton imagination désorientée suscitera devant toi."

Un étrange apaisement apparut sur le visage du mourant. Ce visage était maintenant humecté de transpiration, — mince couche d'humidité, sueur de l'approche de la mort —. Le Lama saisit fermement la tête du moribond et fit un léger signe à son acolyte. De nouveau, celui-ci se pencha en avant et alluma le second bâton d'encens, puis souffla la flamme, laissant le deuxième bâton se consumer lentement.

"Ô Esprit, qui es sur le point de partir pour la Réalité Supérieure, la Vraie Vie qui existe au-delà de celle-ci, le moment de la délivrance est arrivé. Prépare-toi à garder ta conscience fermement fixée sur moi, même quand tu quitteras ceci, ton corps présent, car j'ai beaucoup à te dire. Fais attention." Le Lama fit de nouveau un mouvement en avant et plaça ses doigts entrecroisés sur le sommet de la tête de l'homme. La respiration stertoreuse du mourant devint crépitante, irrégulière. Sa poitrine se soulevait et retombait. Soudain, il fit entendre un hoquet court, aigu, semblable à une toux, et son corps se cambra vers le haut au point de n'être plus soutenu que par l'arrière de la tête et les talons. Pendant un temps qui parut interminable, il resta ainsi, arc rigide de chair et d'os. Puis, soudain, le corps eut une secousse, se jeta vers le haut, si bien qu'il était peut-être à un pouce (2,5 cm), peut-être deux pouces du sol. Puis, il s'écroula comme un sac de blé à demi rempli qu'on lance négligemment de côté. Un dernier souffle d'air s'échappa des poumons, le corps se contracta, puis s'immobilisa ; mais à l'intérieur, on entendit le gargouillement des liquides, le grondement des organes et le tassement des articulations.

Le Lama fit de nouveau signe à l'acolyte qui attendait et approcha immédiatement la flamme du troisième bâton d'encens qu'il laissa brûler lentement, la flamme ayant été éteinte dans le troisième encensoir. "Esprit libéré maintenant du corps souffrant, fais attention avant de partir pour ton voyage ; fais attention, car par suite de tes connaissances erronées, de tes imaginations erronées, tu as tendu des pièges qui peuvent entraver ce voyage, ton voyage. Fais attention : je vais te détailler les démarches à faire et le Chemin qu'il faut suivre. Fais attention !"

Dehors, le vent du matin se levait tandis que la faible chaleur des rayons du soleil effleurant la crête de la montagne commençait à dissiper le froid de la longue nuit. Dès les premiers rayons de cette chaleur pourtant bien faible, des courants d'air se levaient du sol glacé et provoquaient de petits tourbillons de poussière qui, maintenant, tournoyaient et crépitaient contre les étoffes huilées des ouvertures de la pièce. Le bruit des coups de vent parvenait à la femme qui, veillant dans l'encadrement de la porte, s'effrayait à l'idée qu'elle entendait des Démons qui faisaient ce bruit et essayaient d'atteindre son mari maintenant étendu mort devant elle.

La pauvre femme pensait à l'énormité de l'événement. Il y a un moment, elle était mariée à un vivant, à un homme qui, pendant des années, avait pourvu à ses besoins, lui avait assuré toute la sécurité possible dans l'existence. Et, un moment après, il était mort, mort, gisant mort devant elle, dans leur chambre, sur le sol de terre battue. Elle se demandait ce qu'elle allait devenir désormais. Elle n'avait plus rien, sauf un fils trop jeune pour travailler, trop jeune pour gagner de quoi vivre. Et elle souffrait d'une maladie qui atteint parfois les femmes auxquelles personne ne prête assistance à l'époque où elles accouchent. Elle avait traîné une existence pénible pendant toutes les années de la vie de son fils.

Le Lama agenouillé près du corps sur le sol, ferma les yeux du cadavre et posa de petits cailloux sur les paupières afin de les tenir closes. Il plaça un bandeau sous le menton du défunt et le lui noua au sommet de la tête afin de tenir serrée la mâchoire qui s'affaissait et, ainsi, de lui maintenir la bouche fermée. Puis, au signal qu'il donna, un quatrième bâton d'encens fut allumé et soigneusement placé dans son support. Il y avait maintenant quatre bâtons d'encens qui se consumaient et la fumée qu'ils dégageaient s'élevait vers le haut comme si on l'avait dessinée à la craie gris-bleutée tellement les colonnes de fumée s'élevaient toutes droites dans la chambre presque sans air et sans tirage.

Le Lama parla de nouveau : "Ô Esprit, tu as quitté le corps qui est devant nous ; le quatrième bâton d'encens a été allumé pour attirer ton attention et te retenir ici pendant que je te parle, pendant que je t'entretiens de ce que tu vas trouver. Ô Esprit, tu es sur le point de t'en aller, tiens compte de mes paroles afin que ta migration puisse être dirigée."

Le Lama jeta sur le cadavre un regard attristé, à la pensée de la formation qu'il avait reçue. Il était télépathique, clairaudient, il pouvait voir l'aura du corps humain, cette flamme étrangement colorée — multicolore — qui tournoyait et serpentait autour d'un corps vivant. Maintenant, en regardant le cadavre, il pouvait voir que la flamme était presque éteinte. Au lieu des couleurs nombreuses, celles de l'arc-en-ciel et bien d'autres, il n'y avait plus qu'un tourbillonnement gris-bleu s'assombrissant. Mais, s'élevant du corps, ce gris bleuté montait jusqu'à environ deux pieds (60 cm) au-dessus de la dépouille mortelle. Là, il y avait une activité, un mouvement violent, on aurait dit un essaim de lucioles volant à toute vitesse, des lucioles qui auraient été entraînées comme des soldats et qui cherchaient à retrouver les places qui leur avaient été préalablement assignées. Ces petites particules lumineuses se déplaçaient, tourbillonnaient, s'entremêlaient, et voilà que, sous les yeux du Lama, devant son troisième oeil, apparut bientôt une réplique du cadavre, mais sous l'apparence d'un vivant, d'un jeune homme. C'était ténu jusqu'à présent, flottant nu à deux pieds (60 cm) environ au-dessus du corps. Il s'élevait et retombait faiblement de deux ou trois pouces (5 ou 7 cm) à la fois, peut-être. Il s'élevait et retombait, regagnait sa position, tombait et s'élevait et tout le temps, les détails devenaient plus nets, le corps d'abord transparent s'étoffait et devenait plus substantiel.

Le Lama s'assit et attendit pendant que la lueur gris bleutée du corps s'effaçait tandis que la lumière multicolore composant le corps qui flottait au-dessus du premier devenait plus forte, plus substantielle, plus vive. Finalement, il y eut un soudain gonflement et une secousse, et le corps ‘fantôme’ bascula tête en l'air et pieds en bas. Le lien très mince qui subsistait entre la chair morte et l'esprit vivant se rompit et l'esprit était maintenant une entité complète, vivant en totale indépendance du corps dont il était l'hôte antérieurement. Immédiatement, la petite chambre fut envahie par l'odeur de mort, cette odeur étrange, pimentée, d'un corps qui commence à s'altérer, odeur désagréable qui fait plutôt se retrousser les narines jusqu'entre les deux yeux.

Le jeune acolyte était assis derrière les bâtons d'encens qui se consumaient lentement ; il se leva avec précaution et se dirigea vers la porte ouverte. S'inclinant cérémonieusement devant la jeune veuve et son fils Timon, il les emmena doucement hors de la pièce dont il ferma résolument la porte. Puis il se plaça le dos à la porte et attendit un moment avant de chuchoter à part lui : "Fi, quelle peste !" Il se dirigea discrètement vers l'étoffe huilée qui fermait l'ouverture de la fenêtre et il en desserra un coin pour faire entrer de l'air frais. Tout un nuage de sable chassé par le vent s'engouffra dans la chambre et le fit cracher et tousser.

"FERME CETTE FENÊTRE !" dit le Lama d'une voix contenue mais sur un ton furieux. Avançant, les yeux presque fermés, l'acolyte tâtonna en aveugle pour saisir l'étoffe qui maintenant claquait au vent et parvint finalement à coincer le tissu dans le châssis de la fenêtre. "Bien, j'ai au moins eu une bouffée d'air frais, cela vaut mieux que CETTE puanteur !" pensa-t-il intérieurement avant de retourner à sa place et de reprendre son siège derrière les quatre bâtons d'encens fumants.

Le corps gisait inerte sur le sol. Il s'en dégageait le gargouillement de liquides cessant de couler et trouvant leurs propres niveaux. On entendait aussi gronder et gémir des organes cessant de vivre, car un corps ne meurt pas instantanément, mais par étapes, organe par organe. Ce sont les centres supérieurs du cerveau qui meurent d'abord et, ensuite, dans une suite ordonnée, d'autres organes finalement qui, n'étant plus dirigés par le cerveau, cessent de fonctionner, cessent de produire les sécrétions ou de transmettre la substance dont ne peut être privé ce mécanisme compliqué qu'on appelle un corps.

Lorsque la force vitale se retire, elle quitte les limites du corps et se rassemble au-dehors, constituant une masse amorphe juste au-dessus du corps. Elle plane sous l'effet de l'attraction magnétique aussi longtemps qu'il y a encore quelque reste de vie, aussi longtemps qu'il y a encore quelque flux de particules de vie abandonnant leur hôte antérieur. À la longue, lorsque les organes de plus en plus nombreux perdent leur force de vie, la forme mince qui flotte au-dessus du corps de chair en arrive de plus en plus à lui ressembler. Finalement, quand la ressemblance est complète, l'attraction magnétique a cessé et le ‘corps spirituel’ commence, flottant, son voyage suivant.

Maintenant, l'esprit était complet et n'était plus uni au corps mort que par le plus fragile des fils. Il flottait et il était lui-même bouleversé et terrifié. Naître à la vie sur Terre avait été pour lui une expérience traumatisante. Cela signifiait mourir à une autre forme d'existence. Mourir sur Terre, cela signifiait que le corps-esprit naissait de nouveau dans un autre monde, dans le monde de l'esprit ou l'un de ces mondes. Maintenant, la forme planait, flottait plus haut et descendait plus bas, flottait et attendait les instructions du Lama télépathe, un Lama dont toute la vie était vouée à aider ceux qui quittaient cette Terre.

Le Lama observait soigneusement, recourant à ses sens télépathiques pour estimer les aptitudes de l'esprit nouvellement libéré et son troisième oeil pour voir effectivement sa forme. Enfin, il rompit le silence pour donner l'enseignement télépathique. "Ô Esprit récemment libéré, dit le Lama, fait attention à mes pensées afin que ton passage puisse en être facilité. Prends garde aux instructions que je vais te donner afin que ton chemin puisse être aplani, car des millions ont suivi ce chemin avant toi et des millions le suivront après toi."

L'entité flottante, qui si récemment était sur Terre un homme passablement alerte, remua légèrement. Une teinte verdâtre terne se répandait sur tout son être. Une faible ondulation le parcourut d'un bout à l'autre puis il retomba dans son inertie. Mais, on avait la sensation, mal définie cependant, que cette entité était maintenant sur le point de s'éveiller du coma résultant du passage de la mort sur Terre à la naissance sur le plan de l'esprit.

Le Lama observait, étudiait, évaluait, estimait. À la fin, il parla télépathiquement de nouveau, et dit : "Ô Esprit récemment libéré des liens de la chair, écoute-moi. Un cinquième bâton d'encens est allumé pour attirer ton attention vagabonde afin que tu puisses être guidé." Le jeune acolyte s'était mis, entre-temps, à rêver à la question de savoir comment filer de là pour aller jouer. Précisément, le temps ÉTAIT idéal pour lancer des cerfs-volants. D'autres garçons étaient dehors — pourquoi pas lui ? Pourquoi devait-il... mais maintenant, rappelé à la réalité, il alluma en hâte le cinquième bâton d'encens, soufflant la flamme avec une telle énergie que le bâton incandescent brusquement s'enflamma de nouveau.

La fumée s'exhalait et s'élevait, tressant des doigts ténus autour de l'esprit qui ondulait doucement, forme flottant au-dessus du corps mort. Le jeune acolyte recommença à méditer sur les problèmes du lancement des cerfs-volants. Une corde qu'on attacherait un peu plus en arrière, réfléchissait-il, aurait comme effet de donner à l'air un angle d'attaque plus grand et, de ce fait, contribuerait à accélérer l'ascension de l'engin. Mais s'il faisait cela... ses réflexions furent de nouveau interrompues par les paroles du Lama.

"Ô Esprit libéré, psalmodiait-il, ton âme doit devenir vigilante. Tu t'es trop longtemps flétri sous le poids des superstitions des ignorants. Je t'apporte le savoir. Le sixième bâton d'encens est allumé pour t'apporter la connaissance, car tu dois te connaître toi-même avant d'entreprendre ton voyage."

Cherchant à retrouver le bâton d'encens qu'il venait de laisser tomber, l'acolyte gratta frénétiquement le sombre plancher en terre battue, et murmura une exclamation qu'on n'enseigne PAS dans la lamaserie lorsque ses doigts fouilleurs rencontrèrent l'amadou qui se consumait lentement et juste un peu plus loin le bâton pas encore allumé. Il y mit le feu en toute hâte et l'enfonça dans le brûle-parfum.

Le Lama le regarda d'un air désapprobateur et continua entre-temps ses recommandations à l'Esprit qui allait partir. "Depuis le berceau jusqu'à la tombe, ta vie a été empêtrée dans la superstition et les fausses frayeurs. Sache que beaucoup de tes croyances ne sont pas fondées. Sache que beaucoup des démons que tu crains qu'ils te hantent, sont de ta propre invention. Le septième bâton d'encens est allumé pour te retenir ici afin que tu puisses être instruit comme il convient et préparé comme il faut pour le voyage que tu vas entreprendre." L'acolyte était prêt, l'encens fut allumé et placé pour se consumer lentement ; le Lama continua ses exhortations et son enseignement.

"Nous ne sommes que des marionnettes de l'Un qui est Très Haut ; nous avons été mis sur Terre pour qu'Il puisse expérimenter les choses de la Terre. Nous ne ressentons que faiblement notre droit d'aînesse immortel, nos associations éternelles, et du fait que nous les éprouvons si obscurément, nous imaginons, nous craignons, et nous rationalisons." Il cessa de parler et observa la forme nuageuse silencieuse devant lui. Il l'observait et constatait son réveil graduel, l'accélération du retour à la conscience. Il comprenait sa panique, son incertitude ; il était en mesure de pressentir le choc terrible qu'éprouvait cet être arraché à son entourage et aux choses qui lui étaient familières. Il pressentait et il comprenait.

La forme-esprit plongeait et oscillait. Le Lama poursuivit : "Parle avec tes pensées. Je recevrai ces pensées si tu surmontes la stupeur du choc. PENSE que tu es capable de me parler." La forme-esprit palpita et vacilla ; des rides ondulèrent sur toute sa longueur. Puis, pareil au premier faible piaulement d'un oiseau qui vient d'éclore, le gémissement d'une âme effrayée se fit entendre.

"Je suis perdu dans le désert, dit-il. J'ai peur de tous les démons qui me cernent. Je redoute ceux qui voudraient m'entraîner dans les régions inférieures pour me brûler ou me geler pendant toute l'éternité." Le Lama émit un léger rire de compassion, puis il dit : "Esprit, qui t'effraies pour rien, écoute-moi bien. Écarte tes craintes inutiles et écoute-moi. Accorde-moi ton attention pour que je puisse te guider et t'apporter du réconfort."

"Je vous entends, Saint Lama, fut la réplique de la forme-esprit, et je vais prêter attention à vos paroles."

Le Lama fit un signe au jeune acolyte qui, sur ce, saisit un bâton d'encens. "Ô Esprit effrayé, psalmodia le Lama, le huitième bâton d'encens est allumé pour que tu puisses être guidé." L'acolyte se hâta d'approcher de l'encens l'amadou fumant et, satisfait du résultat, l'enfonça solidement dans l'encensoir, où il ne resta plus qu'une place vide à remplir.

"Sur Terre, dit le Lama, l'homme est un personnage irrationnel, enclin à croire ce qui n'est pas, de préférence à ce qui est réellement. L'homme est fortement porté à la superstition et aux fausses croyances. Toi, Esprit, tu crains que des démons ne te cernent. Pourtant, les démons n'existent pas sauf ceux que tes pensées ont fait naître et qui disparaîtront comme une bouffée de fumée sous l'effet d'un grand vent, si tu reconnais ce qui est la vérité. Autour de toi, il y a des esprits élémentaires, des formes sans cervelle qui se contentent de refléter tes idées de terreur comme un étang d'eau calme reflètera tes traits si tu t'y penches. Ces esprits élémentaires sont stupides, ce ne sont que des créatures du moment tout comme les pensées d'un homme en état d'ivresse. N'aie aucune crainte, il n'y a là rien qui puisse te causer quelque mal."

La forme-esprit geignit de terreur et dit, télépathiquement : "Mais je VOIS des démons, je VOIS des monstres délirants qui tendent dans ma direction leurs mains griffues. Ils vont me dévorer. Je vois les traits de ceux à qui j'ai fait du tort dans la vie et qui maintenant viennent réclamer mon châtiment."

Mais le Lama éleva les mains en signe de bénédiction et dit : "Esprit, écoute attentivement ce que je te dis. Regarde fixement le pire de tes tortionnaires imaginaires. Regarde-le sévèrement et pense fortement qu'il s'en aille. Visualise-le disparaissant dans une bouffée de fumée et il disparaîtra, car il n'existe que dans ton imagination enfiévrée. Pense, MAINTENANT, je te l'ordonne !"

La forme-esprit se souleva et vacilla. Ses couleurs flamboyèrent selon toute la gamme du spectre et alors, s'éleva le cri télépathique du triomphe : "CELA A MARCHÉ — ILS SONT PARTIS !" La forme-esprit vacilla, se dilata et se contracta, se dilata et se contracta, exactement comme un homme de la Terre pantelant après un grand effort.

"Il n'y a rien à craindre sauf la crainte, dit le Lama. Si tu n'as pas peur, alors RIEN ne peut te faire du mal. Maintenant, je vais te dire ce qui survient ensuite et alors, tu devras entreprendre l'étape suivante de ton voyage vers la Lumière." La forme-esprit brillait maintenant de nouvelles couleurs, elle manifestait maintenant de la confiance et montrait qu'elle avait cessé d'avoir peur. Maintenant, elle attendait de savoir ce qui l'attendait encore.

"Maintenant, il est temps pour toi, dit le Lama, de continuer ton voyage. Quand je te libérerai, tu ressentiras une forte envie de flotter. N'y résiste pas. Les courants de la Vie te porteront à travers des nuages tourbillonnants de brouillard. D'horribles figures te scruteront à travers l'obscurité mais ne les crains pas — sur ton ordre, elles disparaîtront. Garde tes pensées pures, ta mine calme. Tu arriveras bientôt sur une agréable pelouse verte où tu ressentiras la joie de vivre. D'aimables auxiliaires viendront au-devant de toi et te feront bon accueil. Ne crains rien. Réponds-leur, car là, tu ne POURRAS pas rencontrer ceux qui voudraient te nuire."

La forme-esprit se balançait doucement en méditant sur toutes ces remarques. Le Lama reprit : "Bientôt, ces auxiliaires t'escorteront amicalement jusqu'à la Salle des Souvenirs, ce lieu qui est le dépôt de toutes les connaissances, où chaque acte, bon ou mauvais, jamais fait par n'importe quelle personne, est enregistré. Tu entreras dans la Salle des Souvenirs, et toi seul verras ta vie telle que tu l'as vécue et telle qu'elle aurait dû être. Toi et toi seul jugeras du succès ou non de tes efforts. Il n'y a pas d'autre jugement, il n'y a pas d'enfer sauf celui que ta conscience coupable va t'imposer. Il n'y a pas de damnation éternelle, ni de supplices. Si tu as échoué dans la vie, alors toi et toi seul peux décider de retourner plus tard à la vie sur Terre pour y faire un nouvel essai."

Le Lama cessa de parler et fit signe à l'acolyte qui, là-dessus, prit le dernier bâton d'encens. "Ô Esprit qui es instruit maintenant, dit-il, poursuis ta route. Voyage en paix. Voyage en sachant que tu n'as rien à craindre, sauf la crainte elle-même. EN AVANT !" Lentement, la forme-esprit s'éleva, fit une courte pause pour jeter un dernier regard sur la chambre, puis elle pénétra dans le plafond de la pièce et disparut, soustraite aux regards humains. Le Lama et son acolyte se levèrent, rassemblèrent leur matériel et quittèrent la pièce.

Plus tard, alors que le soleil atteignait son zénith, un personnage en haillons s'approcha de la petite maison et y entra. Bientôt, il en ressortit, portant sur son dos une forme enveloppée dans un linceul : la dépouille mortelle du père de Timon. Il s'engagea en avançant péniblement sur le sentier pierreux et porta le cadavre jusqu'à l'endroit où les membres du défunt allaient être écartelés et fracturés afin que les oiseaux de l'air, les vautours, puissent se nourrir de cette dépouille. Ainsi, lorsque les temps seraient accomplis, les restes du corps transformés retourneraient à la Terre Mère.

 

CHAPITRE TROIS

 

"Ho ! Ho ! HO !" La chambre vibrait au bruit d'un gros rire éclatant par bouffées. Le mince jeune homme qui était assis, penché, le dos aux éclats de rire, sursauta comme s'il avait essuyé un coup de feu. "Hé, Juss ! pouffa la voix, as-tu lu ÇA ?" M. Justin Towne couvrit soigneusement l'orgue portatif qu'il caressait si amoureusement et se leva.

"Lu quoi ?" demanda-t-il avec irritation.

M. Dennis Dollywogga eut un large sourire en agitant un livre au-dessus de sa tête. "Bon sang ! s'écria-t-il, ce type pense que nous tous, homos, sommes malades ! Il pense que nous avons des troubles glandulaires, il pense que nous sommes tous déboussolés entre les hommes et les femmes. Ho ! ho ! ho !"

Justin s'avança à travers la pièce et prit le livre que son ami lui tendait. L'ouvrage s'ouvrit à la page 99 ; à cet endroit, on l'avait ouvert trop violemment au cours d'un accès d'hilarité, et ce mauvais traitement avait fait craquer la reliure du dos du livre. Dennis jeta un coup d'oeil par-dessus l'épaule de son ami et tendit un long doigt pour indiquer un certain passage : "Là, dit-il, cela commence LÀ. Donnes-en lecture. Juss, le type doit être un fameux rétrograde." Il se dirigea vers un canapé bas sur lequel il s'étendit mollement, un bras jeté négligemment par-dessus le dos du meuble. Justin astiqua les verres de ses lunettes qu'il replaça sur son nez ; puis, remettant son mouchoir dans sa manche, il prit le livre et se mit à lire :

 

"Dans le tohu-bohu du passage du monde astral à ce monde que nous appelons Terre, des confusions se produisent. La naissance elle-même est un événement traumatisant, c'est une affaire très violente et elle met en oeuvre un mécanisme très délicat qui peut facilement se fausser. Par exemple, un enfant est sur le point de naître et durant toute la grossesse, la mère a été insouciante quant à ce qu'elle mangeait et à ce qu'elle faisait, si bien que le bébé n'a pas reçu ce qu'on pourrait appeler un apport chimique équilibré. Le bébé peut manquer d'un élément chimique et donc le développement de certaines glandes peut avoir été interrompu. Disons que le bébé allait naître fille, mais par manque de certains éléments chimiques, il naît en réalité garçon, un garçon doté des inclinations d'une fille.

Les parents pourraient se rendre compte qu'ils ont un misérable petit efféminé et imputer son comportement à leur indulgence excessive ou quelque chose du genre. Ils essayent de lui enfoncer un peu de bon sens dans la tête d'une façon ou d'une autre pour le rendre plus viril, mais sans succès. Si les glandes ne sont pas ce qu'elles doivent être, malgré ce qui se trouve attaché sur le devant, le garçon reste fille dans un corps de garçon.

À la puberté, il est possible que le jeune homme ne se développe pas de façon satisfaisante ou qu'il le fasse, mais seulement en apparence. À l'école, il peut paraître appartenir à la fraternité des poules mouillées, mais le pauvre n'y peut rien. Quand il atteint l'âge d'homme, il se rend compte qu'il est incapable de ‘faire les choses qui viennent naturellement’ ; il recherche plutôt les garçons — les hommes. Il le fait naturellement parce que tous ses désirs sont des désirs de femme. La psyché elle-même est femelle, mais par un malheureux concours de circonstances, la femelle est munie d'un équipement masculin qui ne peut guère lui servir mais qui est là !

Le mâle devient alors ce qu'on appelle habituellement une ‘tapette’ et il a des tendances homosexuelles. Plus la psyché est femelle, plus forts seront les penchants homosexuels.

Si une femme a une psyché masculine, elle ne s'intéressera pas aux hommes mais aux femmes, parce que sa psyché, qui est plus proche du Sur-Moi que son corps physique, transmet des messages déroutants au Sur-Moi et celui-ci envoie une sorte de commandement : "Mets-toi à l'oeuvre, fais ce que tu as à faire." La pauvre malheureuse psyché mâle éprouve manifestement de la répulsion à l'idée de ‘se mettre à l'oeuvre’ avec un homme. L'intérêt de la femme se concentre donc sur une femme et l'on a ainsi le spectacle d'une femme qui fait l'amour avec une autre femme. Ces relations sont dites lesbiennes du nom d'une certaine île au large de la Grèce où cette ‘pratique avait cours’.

Il est absolument vain de condamner les homosexuels ; ce ne sont pas des scélérats. On devrait plutôt les classer parmi les malades, les considérer comme des gens qui ont des troubles glandulaires et si la médecine et les médecins avaient l'intelligence des conditions de leur naissance, ils feraient quelque chose pour ce trouble glandulaire.

Après mes expériences récentes, je suis encore plus convaincu que les médecins Occidentaux sont un tas d'idiots pouilleux dont le seul désir est de gagner de l'argent rapidement. Mes propres expériences ont été inqualifiablement et proprement déplorables. Toutefois, nous ne parlons pas de moi pour le moment, mais des homosexuels.

Si une lesbienne (femme) ou un homosexuel (homme) arrive à trouver un médecin compréhensif, des extraits glandulaires peuvent lui être donnés qui améliorent certainement beaucoup son état et lui rendent la vie supportable, mais malheureusement, la génération actuelle des médecins paraît se préoccuper uniquement de gagner de l'argent, et il faudra chercher longtemps avant de trouver un bon docteur. Mais, il est vain de condamner un homosexuel ; ce n'est pas sa faute s'il a ce comportement. Les homosexuels sont des gens très, très malheureux, car ils sont perplexes, ils ne savent pas ce qui leur est arrivé, ils voient que les gens se moquent d'eux et ils ne peuvent pas empêcher ce qui, après tout, est l'impulsion la plus forte que connaît un homme ou une femme — l'instinct de reproduction.

Les psychiatres, ou les psychologues, ne sont vraiment pas d'un grand secours car il leur faut des années pour accomplir ce que la moyenne des gens feraient en quelques jours. S'il est clairement expliqué aux homosexuels qu'ils souffrent d'un déséquilibre glandulaire, ils savent généralement s'adapter à cette situation. En tout cas, on s'emploie à corriger les lois afin de pourvoir à ces cas au lieu d'exposer les homosexuels à de cruelles persécutions et à l'emprisonnement pour ce qui est vraiment une maladie.

Il y a divers moyens de venir en aide à ces gens.

Le premier, c'est qu'une personne très compréhensive et beaucoup plus âgée que l'intéressé(e), qui éprouve une profonde sympathie pour le (la) malade, lui explique avec précision ce qui est arrivé. Le second moyen est le même que le premier, mais avec l'ajout qu'il faut donner à la victime un médicament qui supprime la pulsion sexuelle, la libido. Le troisième moyen — eh bien, à nouveau, c'est que la chose devrait être expliquée à celui qui en a besoin et qu'un médecin qualifié puisse lui faire des injections d'hormones ou de testostérone qui pourraient fortement aider le corps dans le domaine de l'adaptation sexuelle.

La chose vitale, c'est que l'on ne devrait jamais, jamais condamner un homosexuel ; ce n'est pas sa faute, il est puni pour quelque chose qu'il n'a pas fait, il est pénalisé pour une faute de la Nature. Peut-être sa mère s'est-elle mal alimentée, peut-être y avait-il une incompatibilité d'ordre chimique entre la mère et son enfant. Quoi qu'il en soit, et de quelque point de vue que l'on se place, les homosexuels ne peuvent être aidés que par une compréhension, une sympathie véritables, et possiblement avec le secours judicieux des médicaments.

 

"Qu'est-ce que ce livre ?" demanda Justin lorsqu'il eut terminé sa lecture. Fermant vivement le livre, il lut sur la couverture : "Lobsang Rampa, ‘Pour entretenir la flamme’. Il DEVRAIT entretenir la flamme s'il nous attaque", remarqua-t-il aigrement.

"Que penses-tu de cela, dis Juss ? demanda Dennis d'un ton hésitant. Penses-tu que cela signifie quelque chose ou bien l'auteur est-il simplement un type qui prêche la haine contre nous ? Qu'en penses-tu, dis, Juss ?"

Justin se lissa soigneusement la lèvre supérieure là où la moustache ne voulait pas pousser et répondit en haussant quelque peu le ton : "Eh bien, est-ce que ce type-là n'est pas un ancien moine ou quelque chose de ce genre ? En tout cas, il ne sait probablement pas la différence entre un homme et une femme."

Ils s'assirent tous deux sur le canapé, parcourant les pages du livre. "Nombre d'autres choses qu'il écrit font preuve de jugement, pourtant" disait en réfléchissant Justin Towne. "Comment se fait-il, alors, qu'à notre sujet il se trompe à un tel point ?" interrompit Dennis Dollywogga. Alors, une idée absolument brillante le frappa ; il rayonnait comme le soleil qui vient de se lever et il souriait : "Pourquoi ne lui écris-tu pas, TOI, Juss, pour lui dire qu'il est tout à fait dans l'erreur ? Attends une minute ; donne-t-il une adresse dans ce livre ? Non ? Alors je suppose qu'il faut lui envoyer la lettre aux bons soins de l'éditeur. Faisons cela, Juss, dis ?"

C'est ainsi qu'il se fit que, quand les temps furent révolus, comme on dit dans les meilleurs milieux, l'Auteur Rampa reçut une lettre d'un monsieur qui déclarait avec insistance que l'Auteur Rampa ne savait pas le premier mot à propos des homosexuels. L'Auteur Rampa apprécia comme il se doit les affreuses déclarations concernant sa santé mentale, ses perceptions, etc., et il adressa une invitation à son correspondant. "J'admets ne pas savoir grand-chose à propos de N'IMPORTE QUELLE activité sexuelle, écrivait-il, mais je maintiens l'exactitude de mes remarques. Toutefois, continuait-il, vous me faites part de VOTRE opinion sur l'homosexualité et si mon éditeur a les nerfs solides et s'il a bon coeur, il me permettra d'insérer votre lettre ou votre article dans mon treizième livre."

Deux têtes s'approchèrent l'une de l'autre. Deux paires d'yeux parcoururent en même temps la lettre qui venait d'arriver. "ÇA ALORS, souffla, surpris, Dennis Dollywogga, le vieux type nous renvoie la balle. Qu'allons-nous faire MAINTENANT ?"

Justin Towne respira un bon coup. "FAIRE ? questionna-t-il d'une voix chevrotante. Voyons, TU vas rédiger une réponse, voilà ce que tu vas faire, TOI. C'est toi qui as commencé cela." Pendant un moment, le silence s'établit entre eux. Puis, tous deux s'en allèrent à ce qui aurait dû être leur travail, mais qui, en fait, était une séance de cogitation sur le temps qui était dû au patron.

Les aiguilles de l'horloge avancèrent lentement sur le cadran. Finalement ce fut le moment de cesser le travail et de retourner à ‘la piaule’. Dennis rentra le premier, bientôt suivi de Justin. "Juss, marmonna Dennis en mâchant la dernière partie de son hamburger, Juss, TU es le cerveau de notre organisation et j'en suis les muscles. Et si tu écrivais, TOI, quelque chose ? Bon sang, j'y ai pensé toute la journée et je n'ai pas gratté une ligne."

C'est ainsi que Justin s'assit devant la machine à écrire et tapa une réponse. Dennis la lut soigneusement. "Ma-gni-fique ! s'écria-t-il. Regarde-moi cela !" Ils plièrent soigneusement les nombreuses pages de la lettre et Dennis sortit pour porter la missive à la boîte aux lettres.

Les services postaux du Canada n'ont jamais battu le record de vitesse vu les grèves, les occupations de locaux, les ralentissements du travail, le manque de zèle, mais avant que des moisissures se forment sur le papier... Dans la boîte aux lettres de l'Auteur Rampa, on entendit tomber un paquet en même temps que les soixante-neuf lettres qui lui étaient envoyées ce jour-là. En dépouillant ce courrier, l'Auteur arriva à ce paquet particulier. Il fendit l'enveloppe, en retira les pages et se mit à lire. "Hummm", dit-il enfin — si du moins ‘Hummm’ peut être interprété comme une parole. "Eh bien ! je vais tout éditer, lettre et article ; de la sorte, les gens auront toute l'affaire directement de la source."

Plus tard, l'Auteur Rampa se remit à lire la lettre et l'article. Se tournant vers Mademoiselle Cléopâtre, la Siamoise, il remarqua : "Eh bien, Cléo, à mon avis, ceci confirme ABSOLUMENT ce que j'ai précédemment écrit. Qu'en penses-tu, TOI ?" Mais Mademoiselle Cléopâtre avait autre chose en tête, telle que la nourriture, si bien que l'Auteur ne put que tenir prêts la lettre et l'article pour l'Éditeur ; et voici les textes que je vous donne à lire :

 

(D'abord, la lettre — NdT)

Cher Docteur Rampa,

J'ai enfreint une règle que je m'étais pour ainsi dire imposée en insérant dans cette enveloppe un travail qui n'est pas terminé. J'entends par là qu'il s'agit d'un premier jet, d'un texte écrit spontanément. Ce n'est pas exactement ce que je voulais dire, mais j'ai quelque raison de le croire, il importe que je vous le communique tel quel. En voyant que je suis nul en orthographe et que je connais peu de choses de la grammaire anglaise, libre à vous de le jeter avec dégoût. (Je ne vous le reprocherais pas et je ne serais pas fâché.)

Mon texte ne dit pas toujours bien ce que j'ai essayé d'exprimer et si je pensais en avoir le temps, je le modifierais et le récrirais maintes et maintes fois jusqu'à ce qu'il soit aussi bon que possible, mais peut-être mon travail aura-t-il quelque utilité, même en dépit de son état actuel.

Il y a certaines choses que je désirais vivement dire. Les voici : la plupart des homosexuels ne sont pas les petites tapettes qu'on voit dans la rue ; ils ne sont pas non plus ces gens au sujet desquels écrivent psychiatres et médecins, car ils ne présentent pas de troubles émotionnels.

Étant un aventurier, j'ai travaillé en ville, dans les fermes, j'ai fait du rodéo, etc., etc., et je connais des homosexuels dans tous les domaines qui sont aussi normaux que ‘la tarte aux myrtilles’, si je peux ainsi dire. Ils peuvent donc être très masculins, ils peuvent penser et agir comme des hommes et NE pensent NI n'agissent comme des femmes, et ils n'ont aucune des caractéristiques féminines que leur prêtent beaucoup d'hétérosexuels.

Je désirais insister AUPRÈS des homos, sur le rôle important que l'homosexuel pourrait jouer en ce monde, s'il voulait faire un effort et cesser de pleurer sur son sort. Je ne crois pas à des choses comme cette affaire de la ‘Libération des Homosexuels’ pour laquelle les jeunes d'aujourd'hui se croient obligés de faire beaucoup de bruit, alors qu'ils doivent simplement suivre leur chemin et accomplir leur propre tâche avec les moyens dont ils disposent (à savoir leurs propres talents, etc.).

J'ai essayé aussi d'attirer l'attention sur le fait que, dans mon cas personnel, je suis issu d'une très bonne famille absolument normale, je n'ai subi aucun blocage susceptible de me causer des troubles émotionnels, et qu'en fait, personne ne sait ou ne soupçonne que je suis ‘Homo’ à moins que je ne veuille bien le lui dire... Je n'en suis PAS le moins du monde honteux ; simplement, je ne pense pas que ce soient les affaires des autres, pas plus que le fait de savoir si je suis démocrate ou républicain, chrétien ou hottentot... Je sais aussi que je suis plus heureux que beaucoup d'autres parce que chacun veut immédiatement m'ouvrir son coeur, ce qui m'a permis d'apprendre tant et tant de choses sur les sentiments des gens.

Mais peu importe, ce qui compte c'est que ceci soit écrit. Vous pouvez employer tout ou une partie de cet article selon vos préférences, vous pouvez éditer ou changer ou corriger ou supprimer à votre gré, ou bien vous pouvez même le mettre au panier s'il ne vaut pas la peine d'être utilisé : quoi que vous fassiez, je ne serai pas froissé. Si vous voulez un nom, vous pouvez utiliser ‘Justin’ et si, par quelque FAIBLE chance (car je n'en suis pas satisfait) vous désirez utiliser TOUT OU UNE PARTIE DE MON TEXTE, ET SI VOUS DEVIEZ (excusez les majuscules) me signaler à qui que ce soit qui ferait une recherche de bonne foi pour ou contre, cela ne m'ennuierait pas de lui écrire. Toutefois, je n'ai pas de numéro privé de boîte aux lettres, si bien que je préférerais avoir l'occasion de lui écrire le premier. Il semble toujours que sans que je le recherche, mais par une sorte de prédestination, les gens surgissent dans ma vie et ç'a toujours été comme si j'étais censé être là pour aider... Ainsi, pour le moment, je viens en aide à quantité de personnes, mais pas des gens de mon espèce, si je puis ainsi dire.

Eh bien, je pense que c'est à peu près tout... Je voudrais, un jour, écrire un livre sur ma vie (comme le font des milliers d'autres), car cela paraît stimuler beaucoup de gens à faire plus d'efforts ; mais peut-être quand je serai plus âgé. Pour l'instant, je suis très occupé à monter une affaire, à me construire une maison et à faire un tas de choses amusantes (le jardinage, par exemple, est pour moi un amusement). Nous avons un petit coin de campagne avec pas mal de gibier et beaucoup de travail. Je voudrais que vous puissiez venir le voir, vous l'aimeriez, je pense.

J'espère que tout ira au mieux pour vous et pour vos projets.

Sincèrement,

JUSTIN.

(Et voici l'article — NdT)

Chacun sera d'accord pour admettre que les traits de caractère de chaque individu diffèrent de ceux d'un autre individu et qu'ils sont aussi divers que les étoiles dans le ciel ou les galets sur la plage. On admet, je pense, que c'est cela qui fait le monde tel qu'il est, qui fait les grands hommes et les petits hommes, qui cause la grandeur des nations et leur chute, et qui fait qu'une personne éprouve de l'attirance ou de la répulsion pour une autre personne. Dans un but de clarté, convenons que le mot ‘Caractéristiques’ implique tous les traits individuels, les états d'âme, les côtés forts et les faiblesses, les fautes, les dons et, de façon générale, la somme totale de ce qui fait que chaque individu diffère de tous les autres individus. Certaines de ces caractéristiques sont nôtres dès la naissance, soit parce que nous les avons mises en valeur dans des vies antérieures, soit parce que nous les avons choisies comme éléments indispensables pour nous aider en cette vie à devenir des personnes plus accomplies. Ainsi, certaines de ces caractéristiques se sont également développées au cours de cette vie-ci.

Selon les époques et les lieux, les sociétés considèrent comme bonnes ou mauvaises telles caractéristiques ou telles autres caractéristiques différentes. Ces caractéristiques sont un avantage ou un désavantage ou bien elles sont simplement trop communes pour qu'on les considère comme dépendant des opinions ou des besoins de cette société particulière. Mais, ne nous occupons pas de sociétés particulières ; travaillons plutôt sur les enseignements de toutes les grandes religions selon lesquelles chaque homme vient sur terre expressément pour apprendre des choses bien déterminées et pour en faire l'expérience ; il vient sur terre en choisissant délibérément les caractéristiques dont lui seul a besoin pour se perfectionner. Cela nous incite à considérer tous les hommes de façon plus compréhensive et plus tolérante et cela rend beaucoup plus significative la maxime : "Ne jugez pas, afin de n'être pas jugé." Cela ne veut pas dire que la vie de l'homme est entièrement pré-destinée car sa volonté libre est plus puissante que ses ‘Caractéristiques Individuelles’ reçues par droit de naissance, et ainsi il peut choisir d'user ou de mésuser à son gré de son Droit de Naissance.

Parmi les nombreuses Caractéristiques que possède l'homme, les plus fortes semblent en général être celles qui sont d'ordre émotionnel. Celles-ci comprennent en partie ses goûts et ses dégoûts, ses désirs, et ses amours, etc. Parmi ces dernières, ses amours ou cette implication émotionnelle provoquée par ses amours ou ses haines et par ceux qui l'entourent jouent un rôle extrêmement important dans le développement de toutes les autres phases de sa croissance. Par exemple, un homme peut aimer le travail qu'il a choisi au point de négliger toutes les autres expériences de la vie. Il peut aimer sa famille à un point tel qu'il sacrifiera son propre développement pour subvenir à tous les désirs et à tous les besoins de ses proches. De la même façon, un homme peut haïr avec une violence telle qu'il épuisera toutes ses énergies à éliminer ce qu'il hait, oubliant complètement tout ce qu'il était censé faire. Cela est particulièrement vrai quand il aime ou hait une autre personne et lorsqu'à ces caractéristiques émotionnelles se joint la plus dommageable de toutes, celle de la peur. Dans ce cas, tous les ravages peuvent se produire, l'intéressé risque de perdre toute faculté de raisonner et de souffrir d'une dépression totale. Par exemple, un prétendant découvre que sa belle a un autre soupirant qui paraît l'emporter sur lui. Son amour pour la femme croît soudain en intensité, sa crainte de la perdre augmente la haine qu'il éprouve pour son rival, et s'il ne se domine pas, il est dans la situation d'oublier ses efforts pour gagner l'amour de la femme et de concentrer son attention uniquement sur l'élimination de son adversaire par des calomnies, par la ruse et beaucoup d'autres moyens plus énergiques. Ou bien, il arrive que cet homme broie du noir et dépense toutes ses énergies à se plaindre, non sans diriger secrètement ses craintes et sa haine contre son ennemi ; mais encore une fois, cela prend toutes ses énergies au point que très souvent son travail en pâtit, sa santé, son bonheur, et de façon générale, toute sa croissance.

Ces deux sentiments donc, l'Amour et la Peur avec leur contrepartie, la haine et la compréhension (car nul ne peut craindre ce qu'il comprend parfaitement), sont les plus puissantes de toutes les caractéristiques de l'homme. Jamais, elles ne sont plus puissantes que dans les croyances religieuses, les convictions politiques et les relations amoureuses de quelqu'un. Les cultures, les gouvernements, les métropoles, les villes et les petits groupes, tous sont influencés et gouvernés par leurs attitudes envers ces caractéristiques prédominantes.

Considérons ce qui est très intime et très important pour presque chaque être humain. Son amour individuel pour un autre individu et l'effet de ce sentiment sur les autres. ‘L'amour est aveugle’, ‘En amour, tous les goûts sont dans la nature’ et ‘L'amour conquiert tout’, sont toutes des déclarations très valables... Jean et Marie sont amoureux et se marient contre le voeu de leurs familles : il peut en résulter toute une vie de souffrances et d'antagonisme pour chaque membre des deux familles. Toutefois, ne nous occupons pas de cas individuels, mais d'une différence universelle et plus dramatique. Prenons la différence entre Hétérosexuels et Homosexuels. L'Hétérosexuel (homme ou femme) est né dans un monde qui paraît fonctionner selon les besoins des seuls Hétérosexuels... Il est parfaitement évident que c'est là le modèle normal pour la procréation, etc. De la sorte, l'Hétérosexuel est incapable d'approfondir le raisonnement d'un Homosexuel. Certains ont l'impression que l'Homosexuel est un dégénéré, un être libidineux qui ne sait pas maîtriser ses désirs ; d'autres pensent qu'il s'agit de malades, etc... On a écrit des centaines de livres sur ce sujet, la plupart ont comme auteurs soit des Psychiatres qui pensent qu'ils (les homosexuels) devraient se faire psychanalyser, soit des docteurs en médecine qui ont l'impression qu'on devrait modifier la tuyauterie de ces gens ou bien recourir à des moyens médicaux pour LES CHANGER. Quelques livres aussi sont l'oeuvre d'Homosexuels qui s'efforcent désespérément de se défendre et de donner un sens à leur vie parfois malheureuse. Regrettablement, comme la majorité des Hétérosexuels non informés sont très susceptibles, il ne peut exister de Who's who dans le monde Homosexuel... Mais, pour ceux qui sont au courant, la liste est très longue. Comme pour tous les groupes de gens, nous pouvons subdiviser les effectifs des homosexuels et les classer en trois groupes principaux. Un groupe est formé par ceux qui sont décrits dans ‘Pour Entretenir la Flamme’ : ceux-là sont devenus ce qu'ils sont par suite d'un accident dont ils furent victimes à leur naissance. Le deuxième groupe est constitué par ceux qui, après leur naissance, ont connu de graves difficultés émotionnelles et qui se sont réfugiés dans l'homosexualité pour résoudre leurs problèmes ou bien pour en diminuer l'acuité. Voilà les deux groupes au sujet desquels écrivent docteurs en médecine et psychiatres. En fait, ces deux groupes sont très petits en comparaison du Troisième qui est le plus important. Il est constitué par des individus qui n'auraient pas pu apprendre tout ce qu'ils doivent connaître s'ils n'étaient pas Homosexuels. En d'autres termes, ils ont choisi de venir sur cette Terre dans cette vie comme Homosexuels.

Avant d'aller plus loin, rendons-nous compte d'abord du fait qu'il y a dans le monde des millions d'Homosexuels... Hommes et Femmes... Certains des personnages les plus brillants ont été des homosexuels... Mais les gens ordinaires ne se doutent absolument pas que tant de leurs amis, de héros, de chefs ont une façon de penser toute différente de la leur. Dans certaines villes de l'Ouest, le pourcentage atteint jusqu'à 10 %. Certaines études donnent même des chiffres plus élevés. Dans les régions rurales, le pourcentage semble plus modeste, parce qu'habituellement le jeune homosexuel, garçon ou fille, doit rencontrer des personnes qui possèdent la même particularité. Or, comme dans une petite collectivité chacun sait à peu près tout concernant chacun, il est très difficile et très pénible pour une personne de rester dans un milieu qui lui est hostile. La plupart des gens ont l'impression qu'il est possible de détecter un homosexuel n'importe quand ou n'importe où ; c'est une erreur ; cela ne se vérifie pas même entre homosexuels. Parmi les gens mariés, hommes et femmes, dont le ménage est très heureux et qui ont de très beaux enfants, il y en a des milliers qui sont homosexuels, soit qu'ils ‘agissent’ ou n'agissent pas comme tels, suivant la formule qu'affectionnent les psychiatres. Il est faux également qu'un homosexuel ne puisse pas faire l'amour avec une personne de l'autre sexe. (Il y a toujours quelques exceptions à n'importe quelle règle). Mais les homosexuels n'ont généralement pas de relations sexuelles avec des personnes de l'autre sexe, parce qu'ils n'en éprouvent pas l'envie : cela ne les intéresse pas, ils se sentent plutôt comme frères et soeurs avec les représentants du sexe opposé... ou simplement amis. On rencontre peu d'homosexuels qui n'ont pas eu de relations sexuelles avec des personnes de l'autre sexe. Pourquoi ? Parce qu'à mesure qu'ils grandissent, ils sont terriblement torturés à la pensée qu'ils ont choisi d'être ce qu'ils sont. Aussi, ressentent-ils la nécessité de se prouver au moins une fois qu'ils pourraient s'ils le désiraient... et, aussi, de se prouver qu'ils ont raison... en cela ; physiquement ce peut être agréable, mais sans cette impression de ‘Rectitude’ émotionnelle, c'est une mauvaise action et une perte de temps ; de même que c'est une perte de temps de jouer au football si l'on n'aime pas le football. Beaucoup d'homosexuels sont des personnes très délicates, ils ont HABITUELLEMENT UN SENTIMENT TRÈS VIF de la moralité et ils ne courrent pas le guilledou (sauf durant leur jeunesse — mais cela s'applique aux hétérosexuels également)... Ils sont éternellement à la recherche d'un amour durable ; une fois qu'ils l'ont trouvé, leur existence ne diffère pas de celle des hétérosexuels.

Pourquoi quelqu'un choisirait-il de naître homosexuel ? Parce que si l'on est différent de n'importe quel autre groupe, on peut apprendre certaines choses qu'on ne connaîtrait pas autrement. Si quelqu'un choisit de naître de race noire dans une collectivité où tout le monde est de race blanche, ou de naître blanc dans une communauté où tous sont de race noire, il peut apprendre ce qu'on ressent lorsqu'on vit dans un groupe minoritaire, il peut apprendre des choses, ressentir des choses, etc. qu'il lui serait impossible d'apprendre ou de ressentir s'il n'était qu'un individu perdu dans la masse de cette communauté. Ainsi en est-il aussi des Homosexuels, sauf que l'homosexuel a toute une série différente de problèmes à résoudre... Par exemple, il peut être emprisonné simplement parce qu'il est lui-même (dans certaines régions), il peut lui arriver de perdre sa situation, d'être expulsé de la localité où il réside et d'être en butte à toute une série d'incidents très désagréables provoqués par un milieu hétérosexuel de gens incultes. Ces derniers ont l'impression d'être justes en agissant ainsi, car, à leur avis, l'homosexuel enfreint les lois de l'homme et de Dieu... Mais, qu'on me permette de déclarer catégoriquement ici que : 1) si c'était la volonté de Dieu que l'homosexuel soit tel qu'il est, comment son état pourrait-il être contraire à Sa volonté ? 2) contrairement à ce que pensent la plupart des gens, PERSONNE ne peut devenir homosexuel s'il ne l'est pas naturellement, pas plus qu'on ne peut devenir hétérosexuel si l'on ne l'est pas de nature. Sans doute n'importe quel homme ou quelle femme peut essayer n'importe quoi... chacun peut même participer pendant un court laps de temps, témoins le souteneur et les prostituées qui feront n'importe quoi pour de l'argent, mais ces gens ne sont pas ceux dont nous parlons. Une mère ou un père ne doit jamais craindre que son fils ou sa fille évolue en autre chose... J'ai longtemps vécu et ma vie est celle d'un homosexuel et j'ai passé une grande partie de cette vie à étudier avec des jeunes ce problème même. Mais, nous y reviendrons plus tard... Toutefois, je n'ai jamais vu quelqu'un d'heureux après être passé d'un état à l'autre, ni quelqu'un dont cette conversion ait été durable. Si l'élément ‘magique’ qui attire un humain vers l'autre n'est pas présent d'avance, il n'est au pouvoir de personne de le faire apparaître. Si on le pouvait, il n'y aurait presque pas d'homosexuels en ce monde, parce que l'enfer qu'ils doivent traverser en grandissant est si affreux qu'ils offriraient n'importe quoi pour qu'apparaisse l'élément magique dont nous parlons. Toutefois, cet état présente un côté beaucoup plus heureux. L'homosexuel a la faculté d'apprendre, d'approfondir et d'accomplir des choses qu'il n'aurait pas la possibilité d'apprendre autrement.

Pour l'homosexuel moyen qui s'accepte une bonne fois sous son vrai jour, le don le plus précieux qu'il reçoit, c'est celui de la Compréhension. Les épreuves qu'il a subies et les expériences qu'il a vécues le rendent très sensible aux sentiments d'autrui ; il a généralement un sens moral très ferme grâce à la longue méditation et à la discipline sévère qu'il a dû s'imposer pour s'accepter lui-même dans l'état qui est le sien. Il est capable de faire beaucoup de bien en ce monde, parce qu'il a appris la nécessité d'être discret, la nécessité d'être sincère, d'avoir l'esprit alerte, l'aptitude à ‘psychanalyser’ rapidement et correctement les gens et à évaluer immédiatement une situation. Après tout, sa vie entière a dépendu de cette capacité. C'est ainsi que de grands chefs, des guerriers, des hommes d'affaires, des médecins et des représentants de toutes les professions sur cette Terre ont tiré grand profit de leurs dons d'homosexuels. Ces derniers sont généralement très doués de sens ou d'aptitudes artistiques et esthétiques ; en ce cas, ils deviennent écrivains, musiciens, artistes. Ils sont habituellement compatissants, animés d'un vif amour du peuple pris dans son ensemble ; ils ont donc le don de réconforter les autres.

En conséquence, étant donné qu'ils possèdent tous ces atouts et qu'en plus, on ne peut les reconnaître (s'ils ne le souhaitent pas) ils peuvent parcourir le monde entier comme n'importe qui, et faire beaucoup, beaucoup de bien, sans aucune entrave, contrairement à ce qui arriverait peut-être à un homme affligé d'un défaut physique ou d'une déficience mentale qui pourrait pousser les gens à l'éviter. Dès lors, si l'homosexuel le veut, il peut contribuer grandement à son propre développement.

Notons-le aussi, la proportion de crimes commis par des homosexuels est très faible. Ils sont tolérants et peu portés à la violence physique ; c'est ainsi qu'il est extrêmement rare d'entendre parler de viol dans les milieux d'homosexuels... de séduction peut-être ; toutefois, même en ce domaine, les délits sont rares en comparaison de ceux qu'on enregistre dans le monde hétérosexuel. D'abord, parce que l'homosexuel éprouve un vif besoin d'aimer et d'être aimé ; or, cela n'existe pas dans le viol ou la séduction non consentie. En somme, l'homosexuel n'est nullement l'infâme débauché que tant d'hétérosexuels ignorants se représentent. Cela, simplement parce qu'ils sont très souvent incapables de comprendre comment quelqu'un peut aimer une personne du même sexe. Mais, considérons la chose de cette façon-ci : dans certaines incarnations, il est nécessaire d'être né femme pour apprendre certaines choses ; la fois suivante, on peut naître garçon. Donc, c'est la personne qui importe, non le corps physique qui est le sien. Il est entendu que tous les sens physiques attirent ordinairement les sexes opposés dans ce monde, cela pour éviter que le chiffre de la population ne subisse une crise aiguë. Mais d'autre part, nous éprouvons généralement de l'attrait pour des gens dont la personnalité complète la nôtre et dont nous sentons qu'ils vont nous aider dans le chemin de la vie et que nous pouvons les aider à notre tour... Il en est de même pour l'homosexuel.

Si je vous parle un peu de moi-même, peut-être vous sera-t-il possible d'apprécier plus facilement cette opinion.

Je suis né dans une petite ville de Californie, issu de parents modèles. Nous étions très pauvres, c'est vrai, mais une mère admirable, résolument chrétienne, ne permit jamais que nous nous croyions ou que nous nous sentions ‘pauvres’. Nous étions riches et très heureux ; après tout, qui d'autre que nous pouvait, quand il pleuvait, naviguer sur un canot à voile sur le plancher de la salle de séjour pendant que la mère lisait de passionnantes histoires de mer ? Qui d'autre que nous avait des parents capables de sortir un soir armés de fusils et de rentrer l'affaire d'une heure plus tard en rapportant un lapin fraîchement tué que nous dégustions au lieu de devoir manger de la viande ordinaire achetée au magasin ? Nous avions de la chance et nous étions trois enfants heureux. Élevée dans une école de missionnaires (mixte), ma mère n'avait pas de plus cher désir que de voir l'un de nous entrer dans un ordre religieux. Vers l'époque de mes cinq ans, je me rendis compte que mon frère et moi avions des idées différentes sur ce que valaient les filles. Au cours des quelques années suivantes, je découvris que rien ne m'attirait et ne me plaisait davantage que d'être en compagnie de garçons ou d'hommes. Je m'émerveillais de la beauté physique du mâle et je me faisais un devoir, même à cet âge, de regarder les garçons et cela signifiait être l'un d'eux (je veux dire participer à leurs activités et me joindre à eux). Mais, je me rendais toujours compte que mes raisons de les aimer différaient de leurs raisons de m'aimer. Pour eux, j'étais simplement un des gamins ; pour moi, ils étaient quelque chose de très spécial, mais je ne savais pas trop pourquoi... Je comprenais que les filles soient en extase devant eux, mais je me sentais désolé pour les filles parce qu'elles ne pourraient jamais en même temps être un garçon comme moi et être l'une d'elles. Jamais, je n'ai désiré être une fille. Naturellement, étant jeunes, nous avons fait des expériences avec nos jouets dès que nous avons appris qu'ils étaient plus que ce que les yeux en voyaient à l'origine. De nouveau, je me rendis compte que j'étais différent à cause de ce que je ‘ressentais’ à ce propos. Toutefois, même alors, j'étais toujours choqué en apprenant que, pour les autres garçons, ces expériences ne signifiaient rien... car, pour moi, c'était aussi religieux que l'église. Cela me tracassait parce que les chères bonnes Soeurs et l'église enseignaient que tout cela était très mal et j'offrais Messes, Prières, Confiseries, Travaux et toutes sortes de choses en suppliant qu'on me fasse devenir tel que tous les autres. Non parce que je le désirais, mais parce que tant de gens m'assuraient que j'étais dans l'erreur... Ils ne le disaient pas aussi explicitement, remarquez, car je SAVAIS que je ne pouvais pas oser leur dire vraiment ce que je ressentais. J'ai toujours été quelqu'un qui écoute ; aussi, je pouvais mieux les comprendre et je savais...

À treize ans, je fus admis dans un monastère où j'espérais faire plaisir à ma mère en devenant moine. Cependant, je savais que je me trompais et je quittai les ordres au bout d'un an et demi. J'étais alors seul, car ma famille me fit savoir qu'elle ne pouvait pas subvenir à mes besoins. C'était l'époque de la Dépression. Cela signifiait que je ne ferais pas d'études sauf si je le désirais, parce que je devais travailler. Et naturellement, étant un garçon normalement bien portant, je n'avais pas envie d'aller à l'école. (Je n'y ai jamais été très brillant, d'ailleurs.) Me voilà parti dans la grande ville pour y faire fortune. Pendant quelque temps, j'allais être marin et bourlinguer sur les sept mers. Je m'embarquai même clandestinement sur un pétrolier, mais le bon sens (ou la peur) me fit descendre à terre avant que le bateau n'appareillât. Puis, pendant un certain temps, il fut question que je parte pour l'Arizona en vue de combattre les Indiens et les bandits. J'aimais les chevaux, et je savais les comprendre, aussi j'aurais réussi dans un détachement, mais la pensée de me livrer à la chasse à l'homme, à des hommes que je pouvais aimer me détourna de cette aventure. Étant aventureux, j'étais constamment en mouvement, cherchant un ami intime et désirant faire de nouvelles découvertes. J'avais seize ans et j'avais appris trois choses importantes. La première, c'est que chacun — homme, femme, enfant — ressentait de l'attirance à mon égard à tout point de vue. En outre, chacun avait confiance en moi et se livrait à moi, et j'étais un poste d'écoute et un réconfort pour la plupart des gens que je rencontrais. Cela me mit en contact avec des représentants de presque toutes les couches sociales ; j'avais (et j'ai encore) pour amis des gens qui étaient riches, pauvres, escrocs et prêtres.

En second lieu, je me rendis compte que j'étais Homosexuel. Je tentai de me forcer à une vie sexuelle d'hétérosexuel, mais cela me semblait toujours impur ; tandis que dans mon propre état, il y avait quelque chose d'aussi moral et d'aussi bon qu'on pouvait l'exiger.

En troisième lieu, j'appris combien j'avais de chance et quelles obligations importantes j'avais vis-à-vis des autres parce que j'étais fort, sûr, normal, aventureux et que l'on avait besoin de moi. Mais cela posait un sérieux problème. Cela m'imposait des obligations auxquelles je n'étais pas préparé, des obligations envers les sentiments des gens. J'appris que, comme chacun de nous, je pouvais froisser gravement les autres si je n'y prenais pas garde. J'appris aussi que beaucoup de garçons d'environ le même âge que moi et qui étaient homosexuels, luttaient violemment au point d'en être en pleine confusion, certains d'entre eux allant jusqu'au crime pour se prouver qu'ils étaient des hommes, certains se résignant et agissant comme des filles, d'autres enfin sombrant dans la dépression. Je savais que je pouvais de quelque façon les aider. La seule manière que je connaissais, c'était de me lier d'amitié avec autant de personnes que je pouvais trouver et de les laisser demander mon aide. Ressentant quelque affinité pour les bas quartiers, je passais une bonne partie de mon temps dans les salles de billard et autres lieux de prédilection. Mais j'avais besoin également de la stabilité des quartiers chics et je passais aussi du temps dans ‘le haut de la ville’. En vue de gagner ma vie, je m'orientais vers la photographie et les arts. Toutefois, n'importe quelle occupation qui se présentait piquait mon intérêt, surtout si je ne l'avais jamais essayé auparavant. Survint la guerre et je rejoignis la Marine ; démobilisé, je travaillai dans des camps de jeunesse et des écoles de rééducation ; mais cela ne présentait pas le même intérêt pour moi que lorsque, par hasard, je rencontrais quelqu'un qui avait réellement besoin de moi... Laissez-moi vous dire aussi que j'ai fréquenté beaucoup plus d'hétérosexuels que d'homosexuels : je ne leur ai jamais laissé deviner mes sentiments, non que j'en fusse honteux, mais parce que beaucoup d'amis auraient perdu confiance en moi car ils n'auraient pas compris.

Au début des années cinquante, j'avais trente ans et depuis longtemps je pensais qu'il était temps pour moi de m'occuper de mes propres affaires... c'est-à-dire faire des études et comme je n'avais pas suivi les leçons de l'école secondaire (le lycée, en France), je décidai d'aller en Europe où je pourrais apprendre ce que je désirais sans passer d'abord par l'enseignement secondaire, puis être forcé de suivre tous les autres cours que nos collèges obligent à suivre et qui n'ont rien à voir avec la profession qu'on a l'intention d'exercer. J'économisai quatre cents dollars et partis pour l'Europe où je passai presque dix années. J'y rencontrai nombre de gens qui avaient besoin de mon amitié, et qui me prirent comme ami, malgré ma piètre maitrise de la langue. À mon retour au début des années soixante, je me retrouvai en plein milieu des hauteurs d'Ashbury, district qui jouit d'une triste notoriété. Je pense que c'est là que j'ai appris le plus de choses et le plus rapidement... De fait, en l'espace de quelques années, ce quartier où les jeunes gens venaient pour trouver la vérité s'est transformé en un endroit où ils venaient pour se cacher de la vie... Mais pendant les premières années, j'appris beaucoup de choses et, vu mon âge et mon expérience, j'eus l'occasion de venir en aide à nombre de personnes. J'avais un grand appartement et j'en fis un logis pour ceux qui n'en avaient pas. Ainsi, je rencontrai toutes sortes de gens durant ces trois années. J'ai maintenant cinquante ans et je travaille dans un monde entièrement différent, mais je pense qu'en fin de compte les résultats sont à peu près les mêmes.

JUSTIN.

 

CHAPITRE QUATRE

 

L'Auteur était assis dans son bureau et son visage s'épanouit en un sourire de grande satisfaction. En fait, ce n'était pas un ‘bureau’ mais un lit en métal qui, dépourvu de ressorts, était extrêmement inconfortable. C'était un de ces machins qui s'élèvent et s'abaissent sur la simple pression d'un bouton et quand le lit était à son degré le plus élevé — l'électricité était coupée quelque part. Mais enfin, c'était le seul bureau que possédât l'Auteur. Ainsi, il était assis à son bureau — tel qu'il était — et il souriait franchement de plaisir.

M. Harold Wilson, l'ancien Premier Ministre d'Angleterre, avait, selon la radio canadienne, ‘dit son fait’ à la Presse. Il ressortait de ses commentaires que si la Presse avait connaissance d'une histoire, elle la déformait et si elle n'arrivait pas à la connaître, elle l'inventait.

EXACTEMENT !

Ce sont là des choses que le présent Auteur a dites pendant des ANNÉES — une voix isolée criant dans le désert. La Presse est POURRIE ! Voilà l'avis de l'Auteur. Celui-ci s'est toujours demandé où l'on avait pris l'idée que les journalistes étaient quelque chose de ‘spécial’. Il y a quelques années, des gens à cancans étaient plongés dans la mare aux canards du village. Maintenant, si quelqu'un a un faible pour les immondices, il s'engage dans la Presse comme reporter. L'Auteur a fait une expérience amère de la Presse. Il croit fermement que ce gang est aujourd'hui la force la plus mauvaise qui existe sur Terre : elle est responsable des guerres et des grèves. Toutefois, les Éditeurs n'aiment guère la vérité à propos de la Presse, et c'est ainsi qu'il n'y a pas d'opposition et que le mal est florissant, car personne ne lui fait obstacle.

L'Auteur était donc assis dans son bureau — le lit mentionné ci-dessus — et contemplait le milieu où il se trouvait. Une table de nuit d'hôpital délabrée, achetée d'occasion après avoir connu une centaine de propriétaires, une vieille machine à écrire japonaise toute bosselée et un vieil Auteur encore plus bosselé, ce dernier se déglinguant aux jointures.

Des lettres, environ soixante-dix, encombraient le lit. Taddy, la grosse Siamoise se vautrait au milieu d'elles, se roulant de temps en temps sur le dos, lançant ses pattes en l'air. "Crevettes, crevettes, marmonnait-elle, pourquoi n'avons-nous pas de crevettes ? Voilà ce que je voudrais savoir !" Sa soeur, la belle Cléopâtre, était assise près de l'Auteur, les pattes croisées, sur sa face un sourire énigmatique. "Patron !", dit-elle soudain en se levant et en donnant une chiquenaude pour faire disparaître de sa queue un imaginaire grain de poussière. "Patron, pourquoi ne pas t'installer dans ton fauteuil roulant : nous sortirons et nous irons regarder les bateaux. On s'ennuie ici !"

Au-dehors, juste devant la fenêtre, le paquebot de ligne polonais, le ‘Stefan Batory’ se préparait à prendre la mer. On venait de hisser le Blue Peter, pavillon de partance bleu avec un carré blanc au centre, et la foule se rassemblait comme c'est toujours le cas quand un paquebot est sur le point d'appareiller. Pendant quelques instants, l'Auteur fut tenté. "Ah ! pourquoi pas ?" pensait-il ; puis, la Vertu l'emporta de nouveau — en outre, il venait de ressentir juste à cet instant un élancement douloureux de plus. Aussi remarqua-t-il : "Non, Cléo, nous avons à travailler, il nous faut coucher quelques mots sur le papier pour payer ces crevettes à propos desquelles Taddy ne cesse de gémir." Mademoiselle Cléo bâilla, sauta légèrement sur le plancher et s'en alla en flânant. Une dernière fois, Mademoiselle Taddy se roula, lança une ruade, puis suivit Cléo.

L'Auteur poussa un soupir qui manqua de faire s'envoler toutes les lettres qui couvraient son lit et il tendit la main pour en saisir une poignée. Une lettre s'ouvrit d'elle-même : "Comment se fait-il, tonnait le correspondant, que vous OSIEZ dire que vous ne répondrez pas aux lettres qui ne contiennent pas de timbre-poste pour la réponse ? Ne savez-vous pas que les gens vous font honneur en dépensant leur argent et en consacrant du temps pour vous écrire ? C'est pour vous un DEVOIR de répondre à toutes les lettres et de donner tous les renseignements qu'on vous demande !"

Ta, ta, ta ! pensa l'Auteur. Il y a une vieille toupie qui va avoir une surprise. La machine à écrire était une vieille chose très lourde, faisant craquer les genoux quand ils l'avaient supportée trop longtemps, mais l'Auteur n'avait nullement une taille de sylphide. Il s'était bien aminci en partant d'un modeste deux cent quatre-vingts et quelques livres (cent trente kilos), mais deux cent quinze livres (quatre-vingt-dix-sept kilos) était la limite la plus basse du poids auquel il se tenait même en observant un régime alimentaire d'un millier de calories par jour. Le problème était cette fenêtre en saillie, trop ‘en saillie’ à moins que les bras de l'Auteur ne fussent trop courts. Une secrétaire ? Non monsieur, non madame. Pas de secrétaire ; seuls les auteurs de balivernes pornographiques gagnent assez pour se payer une secrétaire.

C'est ainsi que notre Auteur saisit d'un air sombre la vieille machine à écrire et attira sur ses genoux ce pitoyable engin. "Chère Mademoiselle Buggsbottom, firent résonner les touches de la machine, j'ai reçu votre aimable lettre, mais je ne l'ai pas BIEN reçue. Puis-je profiter de l'occasion pour ‘vous corriger’ ou ‘vous éclairer’ comme disent les Américains ? Mon courrier augmente, Mademoiselle Buggsbottom, et les frais du courrier aussi. Or, le coût en temps et en matériel se calcule, maintenant, en comptant PLUS de trois dollars pour l'envoi d'une lettre d'une page. Contrairement à ce que vous supposez, je ne reçois PAS un dollar par livre vendu. Je touche de sept à dix pour cent du prix le plus bas en cours dans le pays où l'ouvrage est imprimé."

L'Auteur renifla fortement et s'emporta d'indignation : "De ce livre-ci, je vais devoir payer cinquante pour cent aux premiers éditeurs — ne me demandez pas pourquoi ! Puis, il faut payer d'autres commissions, les pertes sur la conversion des monnaies, et des TAXES. Donc, Mademoiselle Buggsbottom, vous ne connaissez vraiment rien des choses à propos desquelles vous écrivez. Ah oui ! un auteur doit aussi MANGER, vous savez !"

Ra'ab entra : "Le courrier est arrivé, dit-elle, soixante-trois lettres seulement, aujourd'hui. La correspondance doit être arrêtée quelque part !" Ceci rappela à l'Auteur dépenaillé une autre lettre qu'il avait mise de côté. Il pêcha dans la première pile et en sortit une feuille criarde de couleur orange dont tous les coins étaient ornés de fleurs invraisemblables. "Ah ! s'écria-t-il, la voilà !" Il la déplia et lut : "Vous dites que vous êtes moine. Alors comment se fait-il qu'il y ait une ‘Madame’ ? Un moine, dites ? Comment allez-vous expliquer cela ?"

De nouveau, le pauvre Auteur soupira d'exaspération. "Que les gens étaient bizarres !" pensa-t-il ; mais la réponse, dactylographiée, pourrait être utile à l'un ou à l'autre. "Messieurs et Mesdames, n'avez-vous jamais entendu parler d'un couvent où il y avait un prêtre ? N'avez-vous jamais entendu parler d'une communauté où un homme peut vivre avec une femme, avec des femmes ? Ils ne sont pas toujours en train de faire les choses qu'une pensée lascive leur attribue. N'avez-vous jamais entendu parler d'une prison (par exemple) qui a une femme infirmière ? À propos, n'avez-vous jamais entendu parler d'une infirmière de nuit, seule, dans une salle d'hôpital pour hommes ? Allons ! Allons ! Dans les meilleures communautés, hommes et femmes ne sont pas TOUJOURS occupés à coucher ensemble. Oh ! méchants, méchants ! Quelles pensées ont les gens !"

Le même Estimé Correspondant (Estimé, on devrait dire l'inverse) continue : "Et pourquoi portez-vous la barbe ? Pour cacher une drôle de bouche ou quoi ?" Mais le Grand Public serait stupéfait s'il apprenait les imbécillités qu'ont écrites les gens qui font partie de ce Grand Public. Voici un extrait de lettre authentique — non, la lettre tout entière — que j'ai reçue d'une certaine personne. Le texte en est absolument vrai et je le reproduis sans rien y changer. "Cher Monsieur, je dois être LIBRE, libre de vivre ma propre vie sans recevoir d'ordre des autres. Je dois être LIBRE ou bien mon âme mourra. Envoyez-moi un million de dollars par retour du courrier. (signé... ) P.S. Merci d'avance."

Après avoir dactylographié ce texte en copiant l'original, l'Auteur tourna et retourna la lettre dans ses mains. Certaines lettres étaient... BIZARRES. Il soupira de nouveau, probablement par suite du manque d'oxygène dans l'air vicié, pollué de la ville, et jeta la lettre à la poubelle. Pouah ! "Vous pouvez le dire", murmura la grosse Taddy qui rentrait sans se presser. Mais la Vie et les Lettres n'attendent pas. Encore à propos des homosexuels ? Quelle folie furieuse ! Certaines personnes qui leur sont hostiles voudraient gâcher complètement leur plaisir avec leurs couteaux bien aiguisés. Mais voici quelque chose à propos du côté maternel de la question.

Dans les parages les plus mal famés de Soho à Londres, là où TOUT se passe, le Bar clandestin (dont je parle) était presque vide. Un barman au faciès d'assassin s'appuyait contre le mur du fond de son domaine, se curant paresseusement les dents et ne pensant à rien en particulier. A l'extrémité opposée du bar, deux personnes étaient assises sur de hauts tabourets et tenaient à voix basse une conversation sur de vils sujets — des sujets qui ne s'élèvent pas au-dessus de la ceinture.

Lotta Bull était le type même de la femme masculine à qui seuls manquaient certains accessoires essentiels pour en faire un homme complet. Ses cheveux étaient taillés court presque à la manière des militaires, son visage dur aurait parfaitement convenu à un sergent-major en proie à un accès de colère. Ses vêtements étaient les plus unisexes de l'unisexe et sa voix était aussi profonde que celle des sirènes de bateaux dans le Port de Londres. Elle jetait un oeil de propriétaire sur la fille assise devant elle.

Rosie Hipps était toute féminité, froufrou et frivolité, ayant à peine une idée dans sa fade tête blonde. Avec les yeux bleus et les boucles d'une poupée de porcelaine, elle donnait une impression de sage innocence. Rosie Hipps était courbée, aussi courbée que Lotta Bull était droite. Rosie laissait délicatement pendre une cigarette dans un très long porte-cigarettes. Lotta mâchonnait le bout d'un de ces petits cigarillos.

Un client entra dans le bar et s'arrêta un moment, regardant à la ronde. Apercevant Rosie Hipps, il partit vers elle, puis changea brusquement de direction ‘au milieu du courant’ à la vue du regard féroce que lui lançait Lotta Bull. Discrètement, il s'éloigna en direction du barman qui, maintenant, s'était redressé et astiquait des verres. "Laisse cette poupée tranquille, lui murmura le barman, ou bien son hommasse te FERA ton affaire. C'est une SAUVAGE, cette Lotta Bull. Qu'est-ce que je te sers ?"

"Les hommes ! Ils ne pensent qu'à ça !" grogna Lotta. "Je tuerais l'homme qui m'aborderait d'une façon qui ne me convient pas. Les femmes, voilà MON bifteck ; plus propre. Plus propre. As-tu déjà eu un homme, TOI, Rosie ?"

Rosie sourit, puis éclata de rire sous l'empire de ses pensées secrètes. "Allons quelque part, dit-elle, impossible de se parler ici." Rapidement, elles vidèrent leurs verres et gagnèrent la rue. "Prenons un taxi", dit-elle.

Un geste vif de la main et Lotta Bull héla un taxi londonien qui vira sur place dans la rue et vint s'arrêter auprès d'elles. Le chauffeur observa les deux femmes qui montaient dans la voiture, abaissa le drapeau du taximètre et fit un signe de tête entendu lorsque Lotta lui donna son adresse dans une rue obscure de Paddington, juste derrière l'Hôpital. La circulation était peu dense — pour Londres — à ce moment de la soirée. Les employés de bureau étaient rentrés chez eux, les magasins étaient fermés et il était encore trop tôt pour les foules se rendant au cinéma ou au théâtre. Le taxi filait, dépassant les lourds autobus rouges et les véhicules familiers de la Green Line qui se hâtaient eux aussi sur leurs parcours vers la campagne et de la campagne vers la ville.

Le taxi tourna à un coin de rue et s'arrêta doucement. Lotta Bull regarda le taximètre et fouilla dans son porte-monnaie pour payer. "Merci bien, Monsieur", dit le chauffeur, "faites bon voyage." Faisant les gestes familiers d'une longue pratique, il embraya et descendit la rue en quête de la course suivante.

Lotta Bull traversa le trottoir d'un pas énergique. Rosie Hipps la suivait balançant sur des talons si hauts que tout tremblait et rebondissait aux bons endroits. Dans la rue, toutes sortes d'hommes de tout âge tournèrent la tête, l'oeil rond en sifflant d'un air appréciateur, ce qui leur valut d'être regardé d'un air glacial par Lotta.

La clef grinça dans la serrure et la porte s'ouvrit avec un ‘clic’ presque imperceptible. Lotta tâtonna à la recherche de l'interrupteur et le hall d'entrée fut inondé de lumière. Les deux femmes entrèrent et la porte se referma derrière elles. "Ah !" souffla Rosie Hipps en s'affaissant avec reconnaissance sur une chaise basse et en enlevant ses chaussures. "Mes pieds me tuent !" Lotta passa dans la cuisine et brancha la bouilloire électrique. "Une tasse de thé, voilà ce dont j'ai envie, dit-elle. Je suis aussi sèche qu'un os."

Le thé était chaud, les gâteaux agréables. Les deux femmes s'assirent ensemble sur un siège d'amour, une ‘Antiquité de chez Liberty’, une table basse devant elles. "Tu allais me raconter l'histoire de ton premier homme, Rosie", dit Lotta en tendant un pied et repoussant la table. Elle lança ses pieds déchaussés sur le siège d'amour et attira Rosie à côté d'elle.

Rosie rit et dit : "Vraiment la chose la plus dingue ! C'était il y a quelques années. Je ne savais pas alors la différence entre un garçon et une fille. Je ne savais même pas qu'il y AVAIT une différence. Maman était TRÈS stricte. Aussi, j'allais à l'École du Dimanche, en ce temps-là — j'avais environ seize ans, je crois. Le professeur était un jeune homme âgé de vingt ans, peut-être. Il avait l'air chaleureux et j'étais flattée. Il avait également une belle petite voiture Vauxhall, aussi je pensais qu'il avait de quoi." Elle s'arrêta de parler pour allumer une cigarette et souffla en l'air un nuage de fumée.

"Nombre de fois après l'École du Dimanche, il voulut me ramener chez moi, mais je refusai toujours, vu que maman était si stricte. Aussi, suggéra-t-il de me reconduire et de me faire descendre au bout de notre rue. Je dis oui et montai dans sa voiture. Toute verte qu'elle était et vraiment une belle voiture. Bien, il me reconduisit plusieurs fois chez moi et, un jour, il s'arrêta dans le Parc — nous vivions alors à Wandsworth. Il semblait respirer difficilement ou être tourmenté. Je n'avais pas la moindre idée de ce dont il parlait et, comme ses mains étaient si actives, je pensai qu'il voulait que nous luttions ou quelque chose du même genre — pauvre sotte que j'étais. Mais voilà un policier à cheval qui tourne dans la rue : mon compagnon n'eut que le temps de se ruer sur l'embrayage et nous filâmes comme des lapins pris de panique."

Rosie tripota sa cigarette et l'écrasa dans le cendrier. Pendant quelques instants, ce fut le silence rompu finalement par Lotta Bull qui dit : "Et alors ? Que s'est-il passé ?"

Rosie poussa un tel soupir qu'elle faillit faire la culbute et continua : "Maman était TELLEMENT prude ! Il n'y avait jamais d'homme chez nous. Papa était mort dans un accident peu après ma naissance. Je n'avais pas du tout de parents de sexe masculin, pas d'animaux familiers — rien. Je n'avais pas saisi l'histoire des ‘Choux et des Roses’. Sans doute, à l'école, nous batifolions ensemble, comme le veulent les filles. Nous explorions chaque avenue, selon la formule des politiciens, mais des garçons — non. On parlait d'eux, parfois, mais les remarques qu'on faisait dépassaient ma compréhension. Je savais qu'il y avait des Chrétiens, qu'il y avait des Juifs et je pensais que la différence entre garçons et filles était à peu près du même genre : on allait à une église différente ou à une école différente, ou quelque chose comme ça."

Elle s'arrêta pour allumer une nouvelle cigarette, toussant un bon moment pour avoir respiré à contretemps. Lotta Bull se redressa pour se verser une nouvelle tasse de thé et avala d'une puissante gorgée le liquide tiède. Elle s'étendit de nouveau et entoura Rosie de ses bras. "Oui ?" demanda-t-elle en faisant courir ses mains de haut en bas comme si elle jouait du violon.

"Mais comment peux-tu t'attendre à ce que je parle si tu fais ÇA ? demanda Rosie. Attends que j'aie terminé, si tu désires savoir. Tu veux mettre ton gâteau en musique, ou quoi ?"

Lotta entoura de nouveau des bras la taille de Rosie et dit : "Aw, zut, tu as de nouveau une attaque d'innocence ? Parle !"

"Bon, reprit Rosie, je ne le revis plus du tout avant l'École du Dimanche suivant. Il semblait avoir un peu peur de moi et il me chuchota : "L'as-tu dit à ta mère ?" Ainsi je lui répondis que non, naturellement, je ne LUI disais pas tout. Il parut soulagé et il continua alors à nous enseigner la Bonne Parole. Puis, il dit qu'un homme de la Compagnie de l'Espérance désirait nous parler pour nous engager à signer le voeu d'être de bons petits abstinents complets ou quelque chose de pareil. Cela ne signifiait rien pour moi vu que je n'avais jamais goûté de cela."

On entendit dehors un formidable fracas : deux autos étaient entrées en collision dans un grand bruit de ferraille. Lotta Bull bondit si violemment que la pauvre Rosie fut renversée et se retrouva sur le plancher. Lotta courut à la fenêtre pour regarder la scène qui se déroulait dans la rue : des piétons debout bouche bée, deux chauffeurs échangeant à grands cris d'indécentes imprécations, et alors — la Police. "Zut ! les flics dit Lotta d'un ton lugubre. Je n'ai jamais pu supporter les flics, ils gâtent toujours tout. Viens, Rosie, continue ton histoire." Elles reprirent leur place sur le siège d'amour — si bien nommé — et Rosie continua.

"Après l'école du dimanche, je rentrais chez moi quand IL a roulé à ma hauteur et ouvert la portière de sa voiture. J'y suis montée et l'auto s'est remise en route, nous sommes allés à Putney et nous sommes restés dans la voiture au bord la rivière. Naturellement il y avait des tas de gens aux environs et nous n'avons fait que rester assis et bavarder. Il m'a dit une foule de choses que je ne comprenais tout simplement pas... PUIS ! il m'a dit combien j'étais sotte de croire toujours ce que ma mère disait. "Viens avec moi, samedi prochain, à Maidenhead, a-t-il ajouté, dis à ta mère que tu sors avec une amie. Je connais un beau petit endroit où nous aurons du PLAISIR." Je lui ai répondu que j'y réfléchirais ; puis, il m'a reconduite chez moi après avoir convenu de me rencontrer vendredi après la classe.

Pendant toute cette semaine-là, ma mère a été parfaitement rosse avec moi. "Qu'est-ce que tu as, Rosie ?" ne cessait-elle de me répéter. À l'école, tout marchait mal. Mon amie, Molly Coddle, s'est subitement mise à me haïr — tu sais, une de ces lubies de fille — et l'existence était terriblement triste pour moi. J'étais l'une des intendantes et la Directrice beuglait contre moi parce que je ne lui signalais pas diverses choses que je n'avais même pas vues. Puis, quand je lui ai dit que je ne les avais même pas vues, elle m'a répliqué que je n'étais pas apte à être intendante ; oh, ce fut une semaine INFECTE !"

La pauvre Rosie s'arrêta haletante d'indignation sous l'effet des souvenirs qui lui revenaient en masse. "Alors, la Directrice m'a demandé si j'avais des ennuis ou quoi. J'ai répondu que non, que c'était elle seule qui me causait des ennuis. Sur ce, elle a rougi et déclaré qu'elle informerait ma mère de mes impertinences. Oh Seigneur ! ai-je pensé, maintenant j'aurai TOUT supporté. Bref, la semaine se traînait, tu m'entends, SE TRAÎNAIT."

Lotta Bull fit un signe de tête pour marquer sa sympathie. "Prenons un verre, dis, Rosie ? proposa-t-elle en se levant et se dirigeant vers le bar garni qui occupait un coin de la chambre. Que veux-tu boire ? Whisky ? Gin et tonique ? Vodka ?"

"Non, je suis banale aujourd'hui, donne-moi une Watneys, répondit Rosie ; tous mes espoirs sont dans la bière maintenant (‘dans le cercueil’ — NdT), donne-moi une bière." (jeu de mot en anglais entre ‘bier’ = cercueil/bière et ‘beer’ = bière, de même prononciation — NdT).

Elles s'assirent ensemble sur le siège d'amour, Lotta avec un whisky avec glaçons et Rosie avec un verre de Watneys. "Mince alors, tu m'intéresses, s'écria Lotta. Tu veux bien me raconter la suite ?"

— "C'est ainsi que, le vendredi matin avant mon départ pour l'école, reprit Rosie, maman reçut une lettre de la Directrice — la vieille peau — et, en la lisant, maman horrifiée vira au pourpre. "Rosie, hurla-t-elle quand sa lecture fut terminée (ce devait être un peu fort !), attends jusqu'à ton retour de l'école. Je t'enlèverai la peau des fesses, toi... toi... !" Elle suffoquait et bafouillait, incapable de trouver les mots qu'il fallait. Je me suis enfuie. A l'école, ce jour-là, j'ai eu des ennuis du début à la fin ; tout le monde était livide en me regardant." La jeune fille s'arrêta pour boire un verre et rassembler ses idées.

"IL m'attendait juste à la sortie de l'école. MA CHÈRE ! Tu imagines ma joie de le voir ! Je courus à sa voiture et j'y pris place. Il démarra rapidement et nous nous sommes garés plus loin — tu sais, le long du petit square — et là, je lui ai raconté tous mes ennuis. Je lui ai avoué que j'avais peur de rentrer chez moi. "Tu sais quoi ? répondit-il finalement, écris un petit mot pour ta mère, je vais chercher un garçon qui le lui portera. Dis que tu vas passer la nuit chez ton amie Molly Coddle." J'ai arraché une page de mon cahier d'exercices et j'ai griffonné quelques lignes." À ce moment, Lotta fit un signe de tête d'assentiment et de curiosité.

"Dès qu'IL eut chargé un garçon d'aller à bicyclette porter le billet à ma mère, nous nous sommes élancés sur la route qui mène à Maidenhead. Aux approches de cette ville, il y avait un joli petit endroit, tu sais, des cabines. Un petit restaurant aussi. Il a réservé une chambre et puis nous sommes allés manger. Il était grand temps d'ailleurs, car j'étais absolument AFFAMÉE. Maman s'était emportée contre moi à un tel point que, eh bien, j'avais dû renoncer à mon petit déjeuner pour échapper à ce boucan. Je veux dire qu'on ne peut vraiment pas manger quand quelqu'un te crie après. Et puis, tu sais comment c'est, la cantine. Les déjeuners à l'école sont une chose qu'il faut bien vite oublier, pour autant que ce soit possible !" Rosie secoua la tête et plissa le nez au seul souvenir de ces repas.

"Oui, murmura Lotta Bull avec aigreur, mais tu aurais dû voir ce qu'ils nous donnaient à la Maison de correction ! Enfin, continue !"

"Donc, j'étais vraiment affamée, reprit Rosie Hipps. J'ai avalé tout ce que je pouvais, mais LUI, il continuait à bavarder, sans que je l'écoute, car j'étais trop occupée à manger. Il me semblait qu'il cherchait à me cajoler. Oh ! qu'est-ce à dire ? ai-je pensé, la même chose simplement que Molly Coddle et moi faisons ensemble. Que faire s'il est différent de moi en quelque étrange manière ? Un Chrétien ne peut-il pas faire ses dévotions avec un Juif ? Oh ! quelle sotte ignorante j'étais !"

Elle se rassit et rit tristement au souvenir de ce qui s'était passé ; elle but une petite gorgée et reprit son récit : "Bien, j'avais eu quantité de choses à manger et quantité de choses à boire — du thé, tu sais, et je regardai à la ronde pour trouver une ‘toilette’ ; mais il n'y en avait aucune en vue, aussi lui demandai-je de traverser pour aller dans la chambre. Nous avons donc traversé le parking et sommes allés dans la chambre qu'il avait réservée. La porte de la salle de bains était restée ouverte, aussi ai-je dit que je devais y aller. Bien, j'y suis restée pendant un temps plutôt long, à faire l'une ou l'autre chose, mais finalement, j'ai éteint la lumière de la salle de bains et suis entrée dans la chambre à coucher." Elle s'arrêta en éclatant d'un rire bref et violent. Lotta Bull était assise là, la bouche légèrement ouverte. Rosie sirota sa bière, puis elle reprit :

"Je me suis retournée et, voilà, IL était là. Mon Dieu, je n'avais jamais éprouvé un tel choc — il était là, nu comme à sa naissance. Mais ô mon Dieu ! Il était tout poilu et avait une épouvantable protubérance qui dépassait. Il a une tumeur cancéreuse, ai-je pensé à part moi, puis il s'est avancé vers moi et je me suis affaissée sur le plancher, évanouie. J'ai dû donner de la tête contre le bord d'une chaise ou une chose pareille car j'étais RÉELLEMENT assommée." Lotta Bull haletait d'émotion et ses yeux commençaient à briller d'une lueur sauvage.

Rosie Hipps continua : "Après ce qui m'a paru un temps très long, je repris conscience des choses. Il me semblait qu'un poids très lourd m'écrasait. Oh mon Dieu, ai-je pensé à demi endormie, un éléphant est couché sur moi. J'ouvris les yeux et poussai un cri de terreur. Il était étendu sur moi et j'étais moi aussi nue comme au bain. Pristi, il me faisait mal ! Alors tu sais, ce qu'il y a de plus fort, c'est qu'il s'est libéré de moi, s'est jeté à genoux et s'est mis à prier à haute voix. Alors, j'ai entendu un bruit de pas précipités, une clef engagée violemment dans la serrure de la porte et deux hommes ont fait irruption dans la chambre. Et je n'étais couverte que de la rougeur de la honte !"

Lotta Bull se renversa sur son siège, les yeux mi-clos, probablement en train de se représenter la scène. Mais Rosie continua : "Un des hommes m'a regardée fixement, de haut en bas, et m'a dit : "Je vous ai entendue pousser des cris perçants, Mademoiselle, est-ce qu'il vous violait ?" Sans un mot de plus, les deux hommes se sont jetés sur le professeur de l'École du Dimanche et l'ont bourré de coups de pied à toutes sortes d'endroits. Quant à lui, il beuglait simplement des prières. "Vous feriez mieux de vous rhabiller, Mademoiselle, a dit l'un des hommes, nous allons appeler la police." Oh mon Dieu, ai-je pensé, que va-t-il se passer maintenant ? Je me suis précipitée sur mes vêtements et j'ai été effrayée de voir que j'avais les jambes tout ensanglantées, mais il fallait que je m'habille."

"Qu'est-il arrivé alors ? Ont-ils fait venir la police ?" demanda Lotta Bull.

"Bien sûr qu'ils l'on fait, répondit Rosie, mieux que n'importe quoi à la télé ! Un car de police est arrivé à toute allure, et immédiatement à sa suite un crétin de la Presse. Il m'a lorgnée, s'est pourléché les babines et a sorti son carnet de notes. Un des policiers l'a arrêté : "Laisse-la partir, a-t-il dit, elle est peut-être mineure." Le crétin de la Presse a tourné les yeux vers le professeur de l'École du Dimanche qui restait là, debout, comme une banane pelée. Les hommes n'avaient pas voulu qu'il se rhabille avant l'arrivée de la police. Je comprenais maintenant la différence entre un homme et une femme !"

Dehors, un vendeur de journaux criait : "Spéciââl ! Le crime du siècle. Spéciââl !"

"Voilà ce qu'ils font, remarqua Lotta Bull, la Presse se saisit d'un quelconque petit incident et elle en fait une grande affaire. Mais qu'est-il arrivé après cela ?"

"Eh bien, dit Rosie Hipps, les agents de police m'ont posé un tas de questions. Sapristi ! Quel brouhaha cela a été ! Ils m'ont posé quantité de questions, demandé si j'étais entrée volontairement dans la chambre avec lui. J'ai dit oui, mais qu'à ce moment-là je ne savais pas encore ce qu'il désirait. J'ai dit que je ne savais pas la différence qu'il y avait entre un homme et une femme. Là-dessus, ils se sont ESCLAFFÉS et le journaliste s'est mis à griffonner furieusement. "Je le sais maintenant", ai-je ajouté, et le journaliste a de nouveau griffonné. Soudain, le professeur de l'École du Dimanche s'est libéré, est tombé à genoux et s'est mis à débiter des prières à foison. Alors, bonté divine, il s'est remis sur pied et m'a accusée, MOI, de l'avoir entraîné ! Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée de ma vie !"

"Est-ce qu'on t'a conduite au poste de police ?" demanda Lotta.

"Oui, ils l'ont fait. On m'a fait monter dans la voiture de police à côté du chauffeur ; l'autre agent de police et le professeur de l'École du Dimanche se sont installés à l'arrière et nous avons gagné le poste de police de Maidenhead. La Presse traînait derrière nous. À ce moment, les journalistes étaient au nombre de sept. Au poste de police, j'ai été poussée dans une chambre ; un médecin et un officier de police féminin m'ont fait enlever tous mes vêtements. M'écartant les jambes — sapristi ai-je jamais été aussi gênée ? — ils m'ont examinée. Le docteur a relevé des marques, des bleus, et tout ça, tandis que la femme officier notait chaque détail. Alors, le docteur m'a enfoncé une sorte de tube en me disant qu'il prélevait un échantillon pour voir si j'avais été violée. Dieu ! Que pensait-il donc qui me fût arrivé d'autre ?"

Rosie s'arrêta et prit le verre que Lotta venait de remplir. Après avoir bu une longue rasade comme pour effacer les mauvais souvenirs, elle continua : "Après ce qui m'a semblé être des heures et des heures, un homme et une femme de la police m'ont reconduite à la maison chez maman. J'ai trouvé celle-ci blanche et bégayant de rage. Elle agitait un journal portant de grandes en-têtes qui disaient : "Une écolière séduit un éminent professeur de l'École du Dimanche." Maman était LIVIDE, ce qui s'appelle LIVIDE. Elle a dit au policier de m'emmener n'importe où, mais qu'elle en avait fini avec moi — et la porte claqua avec fracas. Le flic et la femme policière se sont regardés. La femme m'a ramenée à la voiture de police tandis que l'homme demeurait sur place et frappait à la porte."

Rosie s'arrêta pour allumer une cigarette, puis continua : "À la fin, le policier reparut et dit que maman m'avait fermé sa porte pour toujours. Il me regarda avec un peu de sympathie et me dit qu'ils devaient me conduire à l'Armée du Salut dans un Refuge pour Filles Rebelles — moi ! Bref, c'est ainsi que je fus logée pour la nuit dans ce vieil immeuble affreux que TU connais si bien."

Lotta Bull renifla : "Sûr que je le connais ! fit-elle remarquer d'un ton aigre, c'est là que j'ai été renseignée sur les Choux et les Roses et découvert que le Pot (la marijuana — NdT), ça n'était pas un pot pour s'assoir ; mais dis-moi le reste de ton aventure."

Rosie Hipps sembla plutôt enchantée de l'intérêt soutenu témoigné par Lotta et elle continua son histoire. "Cette nuit-là, j'ai tout appris sur la Vie. Tout appris à propos du sexe. Ma vieille ! Certaines de ces filles étaient folles, ce qu'on peut appeler FOLLES ! Les choses qu'elles se faisaient entre elles. Mais n'importe, même cette interminable nuit d'Enfer passa, et le matin, on me donna un petit déjeuner — que je n'ai pas pu manger. Ensuite, j'ai été emmenée à la Cour et je ne veux PAS dire Buckingham Palace !" Elle resta quelques instants silencieuse, rassemblant ses amères pensées, puis, allumant une nouvelle cigarette, elle reprit son récit.

"La femme agent de police qui vint me chercher m'a traitée comme si j'étais une dangereuse criminelle. Elle était vraiment brutale avec moi. Je lui ai dit que j'étais la victime. "Tu parles !" a-t-elle répliqué. Bien, après une très longue attente, on m'a poussée dans la salle d'audience — oh ! ce fut AFFREUX ! Les journalistes étaient là, maman me regardait d'un air menaçant. On a fait entrer le professeur de l'École du Dimanche et il a pris place au banc des accusés. J'ai dû tout raconter. Parmi les hommes, certains m'écoutaient haletants. Puis, on m'a demandé si j'étais allée volontairement avec lui. J'ai dit que oui, mais que je ne savais pas ce qu'il désirait. Là-dessus, tout le monde a pouffé de rire. Oh ! je peux à peine supporter d'y penser, même maintenant !" Rosie s'arrêta de parler pour se tamponner les yeux avec un petit bout de dentelle.

"Mais n'importe, continua-t-elle, ils dirent que j'avais l'Âge du Consentement, juste passé seize ans. Et un journaliste, qui avait relaté en première page de sa gazette l'histoire de notre école, se précipita pour déclarer qu'il m'avait vue courir à la voiture et y prendre place. Je n'avais subi aucune pression, ajoutait-il. C'est ainsi qu'ils relâchèrent le professeur de l'École du Dimanche en l'avertissant de bien se conduire à l'avenir. Sapristi ! Il a sûrement décampé de ce Tribunal sans se faire prier !" Rosie s'arrêta, éteignit sa cigarette en l'écrasant dans un cendrier, puis but un verre.

"Alors, ils ont commencé à me chapitrer, dit-elle. J'étais une mauvaise fille, ingrate, perverse. Et ma pauvre veuve de mère qui avait longtemps souffert et qui, pour moi, s'était usé les doigts jusqu'à l'os pendant seize ans... Même elle, était dégoûtée de moi, elle m'avait flanquée à la porte, elle m'avait rejetée et ne voulait plus rien avoir à faire avec moi. Aussi, le Tribunal devait-il se charger de moi et du salut de mon âme. À ce moment, une Agente de Probation ou d'une organisation de ce genre fit claquer ses talons en se dressant sur ses pattes de derrière et débita son boniment. Le vieux type qui jugeait les cas d'infractions jouait avec ses lunettes ; il consulta un livre ou deux, puis déclara que je devais aller, pendant deux ans, dans une École pour Filles Rebelles."

Lotta Bull fit un signe de tête pour manifester sa sympathie. Rosie continua : "Eh bien, ça m'a complètement démolie. Je veux dire, je n'avais absolument RIEN fait. Aussi leur ai-je dit ce qui était arrivé aussi calmement que possible, car je voulais que le dossier soit clair. Le vieux type déclara que j'étais une fille très impolie et très ingrate. "L'affaire suivante", cria-t-il, et je fus vivement emmenée dans une cellule. Un vieux schnock fourra un sandwich dans ma main tremblante et quelqu'un d'autre me poussa une grande tasse épaisse de thé froid. Naturellement, j'étais incapable d'y toucher."

"Tout juste comme quand ils m'ont prise", remarqua Lotta Bull, mais continue."

Rosie poussa un profond soupir et dit : "Alors, une femme est venue m'annoncer que je ne pouvais pas aller à l'école ce jour-là, et que je devais passer la nuit à la prison Holloway. Imagine-toi cela : moi à Holloway, et je n'avais vraiment rien fait ! Mais, ils m'ont conduite là-bas en panier à salade. C'était AFFREUX. Je ne me suis jamais sentie aussi seule de ma vie."

Elle s'arrêta et frissonna, puis elle dit simplement : "Voilà ce qui m'est arrivé."

Lotta Bull déplaça un coussin et un livre tomba sur le plancher avec un plouf mou. Elle tendit un long bras pour le ramasser. Rosie regarda la couverture et sourit d'un air intéressé. "Un bon livre, vraiment, déclara Lotta. Attends un moment." Elle tripotait maladroitement les pages. "Lis ceci, il écrit pas mal de pages sur les homos et les lesbiennes. Tu devrais livre cela. Je suis d'accord avec chacun des mots qu'il écrit."

Rosie Hipps rit avec beaucoup de tendresse. "Lire ce livre ? dit-elle. Mais je possède tous les livres qu'il a publiés et je sais que tous disent la vérité. Je lui écris, tu sais."

Lotta Bull se mit à rire. "Allons, tu blagues ! dit-elle. Il est le plus ermite des ermites. Comment as-tu pu, TOI, le connaître ?"

Rosie sourit d'un air énigmatique et déclara : "Il m'a beaucoup aidée. Il m'a secourue quand je croyais devenir folle. Voilà comment il se fait que je le connais !" Elle farfouilla dans son sac à main et finit par exhiber une lettre : "C'est de lui", dit-elle en la tendant à Lotta.

Celle-ci lut en faisant des signes d'approbation. "À quoi ressemble-t-il réellement ?" demanda-t-elle.

"Oh ! il est un peu vieux jeu, répondit Rosie. Ainsi, il ne boit pas et ne fume pas. Pour lui, les femmes ne sont que des concepts abstraits. Heureusement, ajouta-t-elle, parce qu'il a autant de sex-appeal qu'un pudding froid au riz de la semaine précédente ! Non, il pense que si les femmes restaient à la maison pour s'occuper de leurs enfants, le monde serait meilleur qu'il n'est. Tu sais, pas de drogués, pas de punks !"

Lotta Bull, se concentrant, fronça les sourcils. "Pas de femmes, hé ? Est-il... UN DE NOUS — homo ?"

Rosie Hipps se renversa sur son siège et rit au point d'en avoir les larmes aux yeux. "Juste ciel, NON ! s'écria-t-elle. Tu te le représentes absolument de travers. En tout cas, ajouta-t-elle tristement, le pauvre type est maintenant immobilisé entre son lit et son fauteuil roulant."

"Mince alors, je voudrais le rencontrer !" souffla Lotta.

"Pas d'espoir ! répliqua Rosie, il ne reçoit plus les gens désormais. Il y a des crapules de lèche-cul de la Presse qui ont mijoté à son sujet une tonne de mensonges et dénaturé tout ce qu'il a fait ou dit. Maintenant, il pense que la Presse est la force la plus pernicieuse qui existe au monde. Je sais que c'est à cause de la Presse que j'ai dû, MOI, aller en Maison de Correction", ajouta Rosie d'un air réfléchi.

"Eh bien, dit alors Lotta Bull en se levant, je crois que nous devrions maintenant passer à l'Expresso."

 

CHAPITRE CINQ

 

Dérivant vers le sol comme si elle était apportée sur la Terre par une Divinité de Miséricorde pleine de compassion, la gentille pluie est venue, apportant la renaissance d'une vie nouvelle à une région aride. La pluie tombe doucement, aussi ténue que la brume, elle hésite et vacille comme incertaine de sa destination ; puis, quand elle touche le sol desséché, il se produit un léger chuintement et l'humidité disparaît, aspirée par les profondeurs de la terre. Dans le sol, de petites radicelles s'éveillent à une faible perception au contact du liquide, s'éveillent à la conscience et absorbent ardemment l'eau vivifiante. Comme d'un coup de baguette magique, les premières petites mouchetures de verdure surgissent à la surface de la terre. Un faible saupoudrage de verdure qui croît et s'épaissit à mesure que la pluie augmente d'intensité.

Mais voici que maintenant la pluie s'est transformée en une averse torrentielle. D'énormes gouttes s'abattent sur le sol et soulèvent de petits caillots de terre, souillant de boue pâteuse les plantes qui viennent de reverdir. Ici et là apparaissent les premiers petits bourgeons. Dans cette région désolée, la Nature est préparée à évoluer rapidement, à produire de la végétation au premier signe d'humidité. De petits insectes se hâtent déjà, affairés, sautant de plante en plante et de caillou en caillou.

Dans une dépression du sol toute proche, un chuintement faible, étrange se fait entendre, suivi d'un gargouillis et du tintement de cailloux qui roulent. Et bientôt se produisent les premiers remous d'un ruisseau en crue dont les eaux entraînent une mousse de parcelles de sol non détrempé, d'insectes noyés et les débris encore secs d'un territoire resté longtemps sans eau.

Et les nuages s'abaissent encore davantage. La dépression de la mousson de l'Inde a buté contre l'Himalaya et les nuages lourdement chargés de pluie en sont bouleversés et ce sont des torrents d'eau qui se déversent sur la plaine. Les éclairs jaillissent, le tonnerre gronde et ses roulements se répercutent, renvoyés par les contreforts de la montagne. Par-ci, par-là, la foudre frappe méchamment une cime dominante : la roche vole en éclats, explose dans un nuage de poussière et de rocs qui dévalent le long des flancs escarpés de la montagne et vont s'écraser violemment avec un bruit sourd sur le sol détrempé de la vallée. Un gros quartier de roche vacille et tombe dans une mare en provoquant un éclaboussement pâteux : des plantes sont broyées et les rochers maculés de boue.

La rivière en pleine crue déborde de ses berges et renverse le courant de ses affluents. Les saules qui la longent voient les eaux monter de plus en plus haut autour de leurs troncs. Les oiseaux se blottissent désespérés sur les branches les plus élevées ; ils sont trop mouillés pour pouvoir voler et craignent la fin du monde. La pluie tombe. Les marais se transforment en lacs. Les lacs deviennent des mers intérieures. Le tonnerre éclate et rugit autour des vallées et ses roulements se répercutent en échos incessants, insensés, mille fois répétés, qui créent un assourdissant mélange de sons.

Le jour s'est assombri : il fait aussi obscur que par une nuit sans lune. La pluie s'abat, dirait-on, en nappes massives. Impossible désormais de distinguer le cours de la rivière, le pays tout entier est maintenant couvert d'eaux tumultueuses. Et voilà que se déchaîne une tempête rugissante qui fouette la surface des terres inondées et les couvre d'une écume blanche. Les hurlements du vent s'élèvent de plus en plus et se transforment en un sifflement strident qui tord les nerfs et fait penser aux âmes torturées. Puis soudain, un éclair aveuglant comme si le soleil explosait ; on entend un coup de tonnerre fracassant, et brusquement la pluie cesse, comme si l'on venait de fermer un robinet. Un rayon de soleil perce les ténèbres, subit une éclipse momentanée, puis la lumière vient percer des nuages qui reculent en dérive et laissent le soleil briller sur le monde inondé.

Éparpillées sur les hauteurs, là où subsiste quelque apparence de sol encore ferme, des masses gris sombre d'une taille semblable à de gros rochers se soulèvent tout à coup sur leurs pieds vigoureux : ce sont des yaks monolithiques dont les longs poils sont détrempés et dont le vaste dos ruisselle de filets d'eau. Les animaux se secouent paresseusement, répandant autour d'eux des giclées d'eau. Contents d'être débarrassés de toute cette eau, ils fouillent le sol plus sec et reprennent leur incessante quête de nourriture.

Mais voici qu'on entend un bavardage animé qui s'élève de dessous l'abri précaire formé par un puissant affleurement du rocher. Peu à peu émergent de ce refuge des personnages qui grommellent des imprécations contre la température inclémente. En gémissant, ils se dépouillent de leurs vêtements trempés, en tordent l'humidité puis les endossent de nouveau. Bientôt s'élève des humains et des animaux une légère brume de vapeur à mesure qu'ils se sèchent à la faveur de la chaleur croissante du jour.

Un jeune homme s'est détaché du groupe et il s'en va courant à travers la plaine, sautant comme il le peut de places sèches en places sèches. Sur ses talons, un formidable mastiff gambade en aboyant. À force de cris et d'aboiements, le garçon et le chien rabattent les yaks autour de ceux qui se sont déjà rassemblés ; puis, cela terminé, ils s'en vont, tous deux, à la recherche des poneys qui se sont réfugiés contre une lointaine paroi de roches.

Un sentier raboteux courant à travers des rocs tombés conduisait à un espace qui avait été déblayé au pied de la montagne. De là, ce chemin déviait, serpentait en montée jusqu'à trois cents pieds (91 m 50), et s'arrêtait là à une corniche de rocher où poussaient un buisson épars haut d'environ six pieds (1 m 83). Au-delà du buisson, la paroi du rocher présentait une ouverture : l'entrée d'une grotte d'assez grandes dimensions qui conduisait finalement à des tunnels formés par un volcan éteint depuis longtemps.

Une tache colorée, non, deux taches de couleur apparaissaient aux yeux d'un observateur attentif. À l'entrée de la grotte, un Lama était assis avec son acolyte, tous deux au sec et à l'aise, tous deux contemplant la vaste Plaine de Lhassa, observant le rapide écoulement des eaux qui venaient d'inonder le pays. Après la trombe d'eau inattendue, l'air était plus limpide que d'habitude et tous deux enveloppaient d'un regard le paysage familier.

Au loin, les sommets dorés des toits du Potala lançaient des lueurs aveuglantes, en réfléchissant le soleil de leurs multiples facettes et angles. La façade récemment peinte du bâtiment luisait de tons d'ocre, et les Drapeaux de Prières claquaient et s'entrelaçaient dans la forte brise. Les constructions de l'École de Médecine sur la Montagne de Fer paraissaient étrangement fraîches et propres et les bâtiments du Village de Shö étincelaient avec éclat.

On pouvait apercevoir distinctement le Temple du Serpent et le Lac, et les saules, dans l'eau, inclinaient la tête comme pour marquer leur accord tacite. De loin, on distinguait de vagues points de couleur : moines et lamas allant à leurs tâches quotidiennes. On apercevait aussi une mince file de pèlerins qui cheminaient sur la Route Intérieure du Circuit des Pèlerins, accomplissant leur voyage de l'Acte de Foi depuis la Cathédrale de Lhassa jusqu'au Potala et retour. La Porte de l'Ouest brillait au soleil et une cohue de marchands passait entre le Pargo Kaling et le petit couvent qui lui fait vis-à-vis.

En dessous, au pied de la montagne, les marchands avaient réussi à charger leurs yaks et à monter leurs poneys. Maintenant, avec force cris et plaisanteries, ils avançaient lentement vers la passe qui allait les mener tout en bas, tout en bas, dans les terres basses du Tibet et de la Chine.

Peu à peu, les meuglements des yaks, les aboiements des chiens et les cris des humains furent hors de portée et, de nouveau, la paix et le silence descendirent sur le paysage.

Le Lama et son acolyte contemplent le décor qui s'ouvre devant eux. Au loin, à gauche de Chakpori, ils peuvent voir le passeur dans son bateau de peau de yack gonflée. L'homme donne vers le bas des coups frénétiques avec sa longue perche, essayant d'atteindre le fond de la rivière afin d'éviter d'être emporté sur la crête gonflée du cours d'eau sorti de son lit. Le malchanceux passeur a beau tendre désespérément les bras et sonder les profondeurs du courant, son embarcation chavire sous lui, flotte de côté et s'en va à la dérive laissant le batelier lutter et se noyer dans les eaux de l'inondation. Le bateau, maintenant plus léger, fonce, porté qu'il est par un courant rapide et poussé par la brise. La longue perche vogue, inutile, dans les hauts-fonds qui étaient si proches, tandis que le corps du passeur flotte derrière eux, le visage dans l'eau.

Haut dans le ciel, les vautours foncent et tournoient à la recherche de nourriture, écarquillant des yeux perçants vers tout humain, toute créature en détresse. L'un des rapaces pique, à titre d'essai, sur le batelier noyé et se dérobe au dernier moment, tout en observant de tout près. Voyant que sa proie ne bouge pas, l'oiseau fonce de nouveau et atterrit sur le dos du mort. Il se lisse un instant les plumes, regarde à la ronde d'un air de défi, puis se met à l'oeuvre sur l'arrière de la tête du noyé.

"Demain, dit le Lama à son acolyte, nous irons en voyage dans la vallée et nous rendrons visite à nos amis. Aujourd'hui, nous allons nous reposer et nous détendre et ce sera une occasion de sauvegarder nos énergies. Le voyage sera long et pénible. Je vois là-bas quelques morceaux de bois lavés près du pied de ces rochers." Il se lève et désigne l'endroit du bout du doigt. "Allons, va-y, ramasse-les et nous préparerons le thé et la tsampa." Il sourit légèrement et remarque : "Après cela, je te vais te donner quelques indications de base sur la relaxation et la respiration : deux domaines dont tu ne connais visiblement pas grand-chose. Pour le moment, va ramasser le bois à brûler." Il se tourne et entre dans la grotte.

Le petit acolyte se dresse et tend la main vers une longueur de corde accrochée par un bout. Il l'enroule autour de sa taille et par-dessus son épaule. Alors, bien que se trouvant ainsi en danger de se pendre, il descend le sentier en traînant les pieds et arrive au fond de la vallée. Sur le point de contourner un gros morceau de roche, il s'arrête soudain. Il voit LÀ un grand oiseau en train de lisser et de sécher ses plumes détrempées par le récent déluge.

Le petit acolyte s'arrête et réfléchit sur la façon dont il va s'y prendre. S'il attend jusqu'à ce que l'oiseau enfonce sa tête sous une aile, il pourra avancer furtivement et lui donner un coup sur le derrière — à la grande stupeur de l'oiseau ! Mais, s'il avance en se tortillant sur le ventre, il pourra saisir l'oiseau par la patte. La première idée est évidemment la bonne. Voilà notre acolyte qui se faufile en retenant son souffle — il avance petit à petit jusqu'à ce qu'il se trouve serré à plat contre le flanc du bloc rocheux.

L'oiseau griffe, lisse ses plumes et bat des ailes. Puis, satisfait de ne pas pouvoir être plus propre, il s'installe confortablement sur la roche et se cache la tête sous l'aile. Enchanté, le petit garçon se précipite en avant, bute contre une pierre et tombe, la tête la première. Réveillé en sursaut et irrité par la frayeur ressentie, l'oiseau réagit comme le veulent les oiseaux : il expulse un ‘cadeau’ délétère au visage du petit acolyte et s'élève lourdement dans les airs. Le jeune garçon tripote désespérément ses yeux qu'une sorte de colle a subitement fermés. Au-dessus de lui, un rire étouffé monte de l'entrée de la grotte.

Finalement, après avoir réussi à racler de son visage et de ses yeux la matière gluante et malodorante que l'oiseau y a déposée, le jeune acolyte se dirige vers une petite mare qui s'est formée dans le creux du rocher. Là, bien à contrecoeur, il se plonge la tête dans l'eau glacée et finit par se nettoyer tant bien que mal. De là-haut lui arrive alors l'exhortation : "N'oublie pas le bois !" Le garçon bondit : il avait tout oublié à ce sujet. Tournant les talons, il s'engage sur le sentier rocailleux, mais il y a toujours une tentation qui guette les jeunes garçons.

Sur une grande roche plate, oscille un immense morceau de roche. Par un caprice de la nature, il est tombé dans une position telle qu'il se balance parfaitement. Maintenant, il ballotte en avant et en arrière. En le voyant, le jeune acolyte rayonne de satisfaction. Il pose les mains sur la surface de la pierre et appuie de toutes ses forces, pour lâcher prise quand la roche repart en arrière, pousse de nouveau avec vigueur et provoque petit à petit un balancement de plus en plus accentué. Finalement, la roche bascule bien au-delà de son centre de gravité et s'écroule avec un fracas qui fait trembler le sol. Le gamin sourit, satisfait, et retourne vers la grotte.

Mais, arrivé à mi-chemin, il sursaute de peur en recevant un sévère message télépathique qui manque de lui casser la tête. "Du bois ! ordonne le message, du BOIS, du BOIS !" Faisant demi-tour, le jeune acolyte dévale de nouveau le sentier, tandis que les mots : "BOIS ! BOIS !" bourdonnent dans sa tête.

À la fin, voilà un gros tas de bois rassemblé. Le garçon en fait un fagot autour duquel il passe un bout de sa corde. L'autre extrémité, il l'enroule autour de sa taille puis, traînant sa charge et s'éreintant, il parvient à amener tout son fagot jusqu'à l'entrée de la grotte. Là, le Lama l'attend avec impatience ; puis, l'un aidant l'autre, ils découpent le bois en morceaux de longueur appropriée au feu qui bientôt s'enflamme.

"Ton attitude est déplorable, dit le Lama, il nous faudra faire quelque chose à ce sujet, sinon tu finiras par ressembler à ces Occidentaux que j'ai vus en visitant l'Inde. Avant de commencer nos exercices de respiration, laisse-moi t'apprendre un exercice qui est tout à fait d'application dans les circonstances actuelles." Le Lama sourit et dit au jeune garçon de se mettre debout.

"L'exercice que nous allons faire est très fortifiant pour ceux qui sont souvent assis, et toi, tu es assis la plupart du temps, ajoute le Lama. Cet exercice est excellent pour réduire la graisse du ventre. Il porte le nom intéressant ‘d'exercice du coupeur de bois’ parce que ses mouvements simulent le bien que l'on retire en coupant du bois. Maintenant, lève-toi !" Le Lama s'assure que le gamin se tient bien droit. "Imagine que tu es en train de couper du bois ; imagine que tu as en main une cognée très lourde, une de ces très, très bonnes haches que les marchands viennent d'apporter de Darjeeling. Maintenant, tiens-toi bien ferme, tiens-toi très ferme en écartant largement les pieds. Puis, tu dois serrer tes deux mains l'une contre l'autre, exactement comme si tu tenais le manche d'une lourde cognée. Imagine que la tête de la cognée est sur le sol ; aussi, inspire profondément et lève les mains avec la hache imaginaire très haut au-dessus de la tête jusqu'à ce que ton corps ait atteint l'autre extrême en fléchissant, non en avant, mais en arrière.

"Tu dois garder à l'esprit que tu soulèves une cognée très lourde ; aussi, laisse tes muscles simuler l'effort — tu lèves une hache très pesante. Puis, en tenant cette lourde cognée très haut au-dessus de ta tête, retiens un moment ta respiration, puis expire vigoureusement par la bouche et pivote avec la hache imaginaire en un mouvement très puissant, comme si tu coupais un gros tronc d'arbre. Naturellement, tu ne t'arrêteras pas à l'instant de l'impact de la hache sur le bois. Laisse donc tes bras s'abattre tout droit entre tes jambes, jusqu'à ce qu'ils soient alignés avec tes pieds. Il faut garder tes bras bien droits et garder ta colonne vertébrale bien droite aussi. Il y a lieu de répéter cet exercice plusieurs fois. Maintenant, vas-y, mon garçon, fais cet exercice et avec vigueur, au moins aussi vigoureusement que lorsque tu as fait basculer, tout à l'heure, la roche."

Le jeune garçon effectue cet exercice jusqu'à finalement se trouver là, pantelant et grognant de l'effort. "Oh ! Saint Lama ! dit-il, hors d'haleine, de pareils exercices tueraient certainement celui qui les exécute, à moins qu'il ne soit en bonne santé. Je me sens moi-même sur le point de défaillir !"

"Mon cher garçon, dit le Lama laissant percer son agacement, un exercice comme celui-ci ne peut faire que du bien, sauf dans le cas d'une personne qui a le coeur faible ou pour des femmes qui ont une certaine indisposition particulière à leur sexe. Je doute que ton coeur ait le moindre défaut, mais vu la manière dont tu grognes et te plains, tu pourrais bien être une vieille femme et avoir ainsi passé l'âge des misères féminines auxquelles je fais allusion. Donc, essaie à nouveau de faire cet exercice !"

Le jeune garçon tombe comme une masse et s'installe sur le sol, accroupi, le menton sur les genoux, il palpe ses pieds. Le Lama qui se tient debout au bord de la paroi rocheuse et regarde au-delà de la Vallée de Lhassa, se retourne brusquement et dit : "Pourquoi es-tu accroupi comme cela ? Es-tu malade ? As-tu mal quelque part ?"

Pendant quelques instants, le jeune acolyte le regarde, déconcerté, puis répond : "Malade ? Qui ? Moi malade ? Moi ?"

Le Lama renifle et s'approche du garçon en répliquant : "Oui, malade ! Toi ! Tu es assis là comme une vieille bique qui souffre d'oignons ou de cors au pied. Tu es assis là comme une vieille bique qui écoute les commérages des marchands sur la place du marché. Ce sont tes pieds qui te font souffrir ?" Le Lama se laisse tomber à genoux et examine les pieds du garçon. Puis, satisfait de voir que rien ne cloche, il se redresse de nouveau. "Debout, mon garçon, ordonne-t-il, voici comment on détend ses pieds. Je suppose que tu les as fatigués en effrayant ce pauvre oiseau, puis en culbutant ce rocher qui ne te faisait certainement aucun mal. Voilà comment tu t'es fatigué les pieds. Je vais te montrer comment on peut les relaxer."

Il prend le garçon par les épaules et voit à ce qu'il se tienne bien droit. "Maintenant, dit-il, voici qui te donnera une meilleure circulation du sang. Tiens-toi debout sur un pied, sur ton pied gauche d'abord. Puis, lève ton pied droit et secoue-le à partir de la cheville : ne secoue pas toute la jambe, rappelle-toi, c'est de tes pieds que nous nous occupons. Secoue-le. Ne remue pas la jambe, mais agite fortement ton pied à partir de la cheville. Secoue-le pendant trois minutes jusqu'à ce que tu commences à sentir des fourmillements. Alors, remets ce pied sur le sol, puis lève l'autre jambe et secoue ce pied pendant trois minutes. Répète cet exercice-là trois fois. Cela t'aidera quand tu auras froid aux pieds. Cela t'aidera quand tu auras fait une longue marche ou quand tu seras resté trop longtemps debout. Cela t'aidera quand tu auras fait s'écrouler des roches qui vacillent." Le Lama sourit un moment, puis il ajoute : "Fais toujours tes exercices physiques pieds nus. Ne les fais jamais en gardant tes sandales. Il est toujours très profitable d'avoir les pieds effectivement en contact avec le sol."

Le pauvre garçon gémit et s'exclame : "Oh ! Saint Lama, je me sens bien plus fatigué maintenant en restant debout comme ceci. Après tous ces exercices que j'ai faits, j'ai mal dans tout le corps à cause de la fatigue. Ne puis-je pas me reposer quelques instants ?"

Le Lama sourit intérieurement et dit : "Tu tombes effectivement dans de petits pièges, n'est-ce pas ? Tu t'es fatigué en faisant les choses que tu ne devrais pas faire. Donc, si je te montre les choses que tu devrais faire, tu peux éviter de te fatiguer en faisant ce que tu ne devrais pas faire. Allons, faisons disparaître la fatigue de la partie supérieure de ton corps, en exécutant l'exercice très élémentaire que nos amis Chinois appellent ‘Relaxation du Tronc.’"

"Mais, Saint Lama, dit le jeune acolyte, quelque peu consterné, je pensais que nous allions faire des exercices respiratoires, pas cette affreuse affaire."

Le Lama secoue la tête d'un air réprobateur et dit : "Mon garçon, ces mouvements ne sont que le prélude aux exercices respiratoires. Maintenant, regarde-moi très attentivement car cet exercice particulier devrait plutôt être connu comme étant une série de quatre exercices. Il est conçu pour aider ton cou, puis tes épaules, puis le centre de ton dos, et finalement l'ensemble de ton corps depuis l'endroit où tes jambes joignent ton corps jusqu'à celui où ta tête joint ton cou.

"D'abord, tiens-toi debout comme ceci — il se penche et écarte les pieds du garçon d'environ vingt-quatre pouces (60 centimètres). Tiens-toi debout, les pieds toujours quelque peu écartés, et laisse ta tête tomber en avant comme si tu n'étais plus capable de commander à tes muscles. Maintenant que ta tête pend, relâchée, fais-la tourner lentement, une fois seulement, dans le sens des aiguilles d'une montre. Tes bras pendent, détendus. Après cela, tu laisses de nouveau pendre mollement la tête en avant, mais cette fois, ce sont les épaules que tu laisses s'affaisser comme si tu n'avais pas de muscles. À ce moment, ta tête pend branlante, tes épaules sont affaissées et tes bras pendent, eux aussi, ballants. Alors, impose à tes épaules un mouvement de rotation dans le sens des aiguilles d'une montre, mais la tête et les bras restent mous, sans mouvement. Cet exercice terminé, effectue le même mouvement, mais dans le sens contraire de celui des aiguilles d'une montre."

Le malheureux garçon effectue les exercices, le visage empreint de désolation. Au moment où il en a fini, il se sent vraiment sans vigueur, mais le Lama a tôt fait de ranimer son attention, en disant : "Maintenant, laisse ta poitrine s'affaisser en avant et exécute avec la partie supérieure de ton corps tout entière, le mouvement de rotation déjà effectué tantôt. Il faut faire tourner tout le haut du corps, tout ce qui est plus haut que la ceinture. Fais ce mouvement de rotation dans un sens, puis dans le sens opposé."

Le garçon est là, debout, les pieds légèrement écartés. Il paraît si mou qu'on pourrait le croire en danger de tomber face en avant. Sa tête et ses épaules effectuent d'abord le mouvement de rotation dans un sens, puis lentement, dans le sens contraire.

"Maintenant, dit le Lama, il faut écarter un peu plus les pieds de façon à avoir la position la plus ferme possible. Puis, tu relâches absolument toute la partie du corps située au-dessus de la ceinture. Alors, en te cambrant à partir de la ceinture, tu effectues un large mouvement de rotation circulaire, un mouvement aussi large que tu le peux, sans tomber à la renverse. Tu effectues cette large rotation dans le sens des aiguilles d'une montre jusqu'à ce que tu sois sur le point de perdre l'équilibre. Continue ces mouvements de rotation, en les faisant de plus en plus petits jusqu'à ce que tu t'immobilises pendant un moment. Puis, recommence ces mouvements, mais dans le sens opposé, et exécute des rotations de plus en plus grandes jusqu'à ce que, de nouveau, tu sois en danger de perdre l'équilibre. Quand tu auras fait cela, reprend une fois de plus, et fais ensuite ce mouvement de rotation et de contre-rotation avec les épaules seulement. Quand tu as fait cela une fois, fais ce mouvement de rotation et de contre-rotation avec la tête. Maintenant ! dit-il, est-ce que vraiment tu ne te sens pas beaucoup mieux ?"

Le jeune acolyte regarde prudemment le Lama et répond : "Saint Lama, oui, je dois admettre que je me sens beaucoup mieux grâce à cela, mais je suis sûr que je me sentirais mieux encore si je pouvais me reposer après ces exercices ; car, comme vous l'avez dit, nous avons un long et fatigant voyage à faire demain, et je crains que ces exercices ne me fatiguent outre mesure."

Le Lama éclate de rire et dit : "Eh bien, nous n'en ferons pas davantage aujourd'hui ; mais au cours de notre voyage, là dans les basses terres, il faudra que tu apprennes d'autres exercices, il faudra apprendre à respirer car nos voyages n'ont pas pour unique but de parcourir le pays ; il nous faut aussi parcourir le savoir. Plus tu apprends de choses maintenant, moins tu auras à en apprendre plus tard, jusqu'à ce que tu en arrives au point de savoir que plus tu connais de choses, plus il en est qu'il te reste à apprendre. Mais, en voilà assez pour le moment."

C'est ainsi que le jeune acolyte a soudain recouvré toute son énergie : il se hâte de descendre le sentier à la recherche de quelque aventure qui pourrait se présenter. Le Lama reprend sa place au bord de la falaise et contemple sa chère Vallée de Lhassa où, à l'instant même, le soleil commence à se coucher et où les ombres qui s'allongent avancent lentement à travers la plaine ceinte de rochers.

Les ombres se teintent peu à peu de pourpre plus foncé et se déplacent toujours plus rapidement sur l'aire assombrie de la Vallée. La muraille occidentale de la chaîne de montagnes est déjà noire avec, de-ci, de-là, un vague point de lumière brillant comme le plus faible papillotement. La lumière jaillit en fragments dorés du Potala, Demeure du Très Profond. Derrière la Montagne de Fer, la Rivière Heureuse étincelle comme une voie plus luisante dans un sombre abîme.

Mais voici que brusquement, le soleil disparaît derrière les montagnes et que les ténèbres nocturnes se lèvent comme montent les eaux en temps d'inondation. La muraille orientale de la montagne plonge de plus en plus profondément dans la nuit qui approche. Bientôt, il n'y a plus que la nuit violette et la douce brise qui transporte même à cette distance de faibles relents d'encens et de beurre rance.

À des milliers de pieds en hauteur, les cimes montagneuses accueillent encore une dernière vision du soleil. Un trait doré semblable à une bannière flamboyante court le long de l'arête la plus élevée, s'attardant plus longtemps sur les crêtes, jusqu'à ce que ces sommets eux-mêmes s'éteignent dans l'obscurité universelle. Le temps s'écoule lentement. Le monde nocturne se met à la besogne. Un oiseau de nuit appelle et, à la longue, on lui répond de loin. Une souris solitaire fait un couic suivi d'une bagarre et le cri déchirant cesse brusquement.

La nuit s'écoule lentement. Les étoiles se mettent à luire de tout leur dur éclat dans l'air clair et froid. Elles brillent de couleurs qu'on ne voit jamais dans les terres basses, elles semblent cligner de l'oeil et scintillent comme si elles étaient engagées dans quelque entreprise mystérieuse dépassant les connaissances des mortels. Lentement, un rayonnement argenté d'apparence spectrale couvre de brume l'horizon lointain et voilà que, majestueusement, s'élève en pleine vue la lune convexe avec ses montagnes et ses cratères que l'on peut voir même à l'oeil nu.

L'illumination se répand mollement dans la Vallée ; elle luit sur les pics que blanchit le givre ; elle suscite de brillantes averses de lumière qui semblent provenir des sommets du Potala. La Rivière Heureuse est maintenant une coulée d'argent en fusion et les eaux du lac des saules forment un miroir parfait. La lumière de la lune s'intensifie, mettant en plein relief l'ombre du Lama assis immobile près du buisson au bord de la falaise. La lumière promène un doigt explorateur dans l'entrée de la grotte et révèle le corps étendu du jeune acolyte qui dort de ce sommeil dont jouissent seuls les petits garçons.

De très loin éclate le grondement précipité d'une soudaine avalanche de pierres, suivi après un intervalle par un bruit sourd et violent au moment où les puissants blocs de pierre heurtent le sol après être restés des dizaines de milliers d'années accrochés au même endroit. On entend aussi le cri rauque d'un oiseau qui trouve dans ce tremblement de terre une raison de s'alarmer.

La nuit s'écoule lentement. La lune vogue, majestueuse, à travers le ciel, puis se retire avec modestie derrière la chaîne de montagnes qui va l'abriter. Timides, les étoiles s'évanouissent dans la lumière du jour nouveau qui approche. Le ciel se colore d'un bout à l'autre. Des bandes de lumière courent d'un horizon à l'autre, de plus en plus brillantes. Les oiseaux de nuit croassent d'un air endormi et gagnent leurs repaires diurnes dans la sécurité des crevasses aux flancs de la montagne. Les créatures de la nuit se préparent à dormir pendant une nouvelle journée.

Le vent nocturne s'apaise ; pendant quelque temps s'établit un calme de mort, puis une légère brise s'élève dans la direction opposée et les créatures diurnes commencent à s'éveiller. Le petit acolyte, lui, s'est soudainement dressé sur son séant : il se frotte les yeux et s'élance au-dehors. Une journée nouvelle a commencé.

Maintenant, il s'agit simplement de rompre le jeûne de la nuit. Déjeuner, lunch, thé, dîner, appelez les repas comme vous voulez ; tous sont pareils chez les prêtres du Tibet. Le menu est toujours le même : thé et tsampa. Le thé le plus grossier, le plus rudimentaire de tous, élaboré spécialement en briques ; il provient de Chine. Et la tsampa — eh bien, il n'y a pas d'autre nourriture. Ces aliments, le thé et la tsampa, fournissent tout ce qui est nécessaire pour vivre et pour rester en bonne santé.

Le petit déjeuner est bientôt terminé. Le Lama se tourne vers l'acolyte et dit : "Et maintenant, quelle est notre prochaine tâche ?"

Le jeune garçon regarde avec confiance les ailes de son nez et répond : "Ne devrions-nous pas nous reposer, Honorable Lama ? Je sais où il y a un nid de vautours contenant des oeufs. Si nous allions les observer ?"

Le Lama soupire et répond : "Non, il faut penser à ceux qui viendront ici après nous. Il faut nettoyer la grotte, veiller à répandre du sable propre sur le sol, veiller à ce qu'elle soit bien approvisionnée en bois à brûler pour les prochains voyageurs qui pourraient avoir terriblement besoin de feu, de chaleur. Il faut nous rappeler combien nous aurions été heureux de trouver ici du petit bois à brûler ; alors, faisons pour les autres ce qui nous aurait fait tant plaisir."

Le garçon sort et emprunte le sentier qui descend en pente raide. Tout en allant son petit bonhomme de chemin, il donne paresseusement des coups de pied dans les cailloux — cela jusqu'au moment où il lance un coup de pied sur une pierre qui n'était pas détachée, mais encore profondément enfoncée dans le sol. Pendant quelques minutes, il saute à cloche-pied en poussant des cris étranges et en massant des deux mains le pied blessé. Mais quelque chose attire son attention : une plume dégringole du ciel en voletant. Dans son excitation à la vue de cette grande plume de vautour, le garçon oublie sa douleur et se lance à la poursuite de cette penne qui tombe. En fait, ce n'est qu'une vieille chose sale que le vent a emportée ; aussi, le jeune acolyte la jette et, après cette interruption, il continue sa route à la recherche de bois.

Finalement, la grotte a été balayée avec des baguettes sèches et la voilà propre ; d'autre part, on a entassé, le long du mur intérieur, du bois à brûler prêt pour le prochain voyageur. Puis, assis avec son acolyte sur l'arête de la roche le Lama déclare : "Il faut que tu apprennes à respirer. Ta respiration est aussi bruyante que le grincement des ailes du vautour dans la brise. Maintenant, quelle position vas-tu prendre pour tes exercices respiratoires ?"

Le jeune acolyte a immédiatement un sursaut d'attention et prend rapidement la Position du Lotus, mais très exagérée. Il pose les paumes des mains sur les genoux et son visage prend une expression absolument de bois et figée, tandis que ses yeux font un mouvement particulier comme s'il s'efforçait de fixer un point imaginaire situé à quelques pouces (centimètres) au-dessus et devant lui.

Le Lama se met à rire franchement et dit : "Non, non, ne t'assieds pas du tout comme ça. Respirer est une chose naturelle. Assieds-toi ou tiens-toi debout, comme il te plaît et confortablement. Trop de gens souffrent d'une sorte de démence quand ils se représentent les exercices respiratoires. Ils se figurent devoir adopter les positions les plus extraordinaires et les plus anormales, ils pensent que pour être bienfaisante, la respiration doit être une épreuve pénible. Mon garçon, dit le Lama, assieds-toi ou tiens-toi debout de façon à te sentir à l'aise. Tu peux t'assoir tout droit, mais — et voici la seule chose importante — il faut que tu maintiennes ta colonne vertébrale aussi droite qu'il est possible de le faire confortablement. Le procédé le plus simple consiste à t'imaginer que ta colonne vertébrale est un poteau planté dans le sol et que le reste de ton corps est simplement drapé, sans serrer, autour de ce poteau. Garde ta colonne vertébrale bien droite et tu ne seras pas fatigué."

Le Lama est déjà assis tout droit, les mains serrées sur les genoux. Surveillant le jeune accolyte, il lui dit : "Détends-toi, détends-toi, tu dois te détendre. Tu n'es pas en train de subir une torture, tu n'es pas un modèle pour une de nos statues de beurre. Tu es en train d'apprendre à respirer. Détends-toi tout simplement, assieds-toi de manière naturelle, en maintenant droite ta colonne vertébrale."

Le Lama fait un signe de tête approbateur en voyant que le garçon est assis d'une façon plus commode. Puis il dit : "Ah ! C'est mieux, c'est beaucoup mieux. Maintenant, inspire lentement. Laisse l'air remplir la partie inférieure de tes poumons tout juste comme l'obscurité de la nuit tombante s'étend d'abord sur la partie inférieure de notre Vallée. Puis, laisse monter l'air pour qu'il remplisse le milieu et la partie supérieure de tes poumons. Tu peux véritablement le sentir. Mais fais cela sans secousse." Le Lama observe une pause, sourit, avant de continuer :

"Quand les ombres de la nuit annoncent la fin du jour, l'obscurité rampe d'abord sur le sol, puis elle s'élève progressivement, doucement, régulièrement, sans changer d'allure, sans secousse. C'est ainsi que tu dois respirer. De même que les ombres s'élèvent et que l'obscurité remplit notre Vallée la nuit, ainsi l'air doit s'élever et remplir tes poumons. Mais comme l'air entre dans tes poumons, fais sortir de force tes côtes, fais semblant qu'il fait chaud ce jour-là et que tes vêtements te collent au corps. Écarte les vêtements de tes flancs. Bien ; fais saillir tes côtes comme cela et tu t'apercevras que tu peux inhaler de plus en plus d'air."

Le Lama regarde attentivement pour s'assurer que le garçon suit ponctuellement les instructions données et, satisfait de voir qu'il en est ainsi, il continue : "Tu peux sentir ton coeur battre très fort ; aussi, dans le cas présent, laisse entrer l'air en toi le temps de quatre bons battements de coeur. Tu te rendras compte que ton corps augmente de volume pendant la période d'inspiration et qu'il se tasse lorsque tu expires. Tu devrais accentuer légèrement l'expansion et la contraction naturelles."

Soudain, le Lama s'exclame sévèrement : "Non, non, mon garçon ! Franchement non ! Tu dois garder la bouche fermée pendant que tu exécutes cette respiration. Essaies-tu d'attraper une mouche, ou quoi ?"

Le garçon ferme la bouche avec un claquement sonore et le Lama reprend : "Cet exercice n'a d'autre but que d'aspirer de l'air par les narines, de le faire circuler dans les voies aériennes de ton corps, puis de l'exhaler aussi par les narines. Quand je désirerai que tu respires par la bouche, je te le dirai. Mais, avant toute chose, et en attendant que tu le réussisses mieux, tu dois pratiquer cet exercice pendant environ quinze minutes pour arriver plus tard à le faire pendant trente minutes."

Le jeune garçon s'assied et respire et le Lama lève doucement la main pour indiquer à son élève le rythme correct de la respiration.

Finalement, il déclare : "Bien, en voilà assez pour le moment. Nous devons nous mettre à notre affaire."

Il se lève et époussette sa robe pour en faire tomber les grains de sable. Le garçon se lève également et il imite les gestes du Lama. Ensemble, ils jettent un coup d'oeil dans la grotte pour s'assurer qu'ils n'ont rien oublié. Ensemble, ils descendent le sentier jusqu'au fond de la Vallée. Arrivé en bas, le Lama dispose certaines pierres pour indiquer la direction à suivre en vue d'arriver à la grotte située plus haut. Puis, se tournant vers le garçon, il dit : "Va chercher les poneys."

L'acolyte s'en va, l'air sombre, et cherche à découvrir quelque trace des petits chevaux. À la fin, il grimpe sur un gros rocher et découvre les bêtes à une distance d'environ un quart de mille (400 m). Il s'en approche ensuite avec circonspection, allant de rocher en rocher jusqu'à ce qu'il soit à quelques pieds (mètres) de distance des poneys.

Les chevaux se regardent puis ils regardent le jeune acolyte. Quand il s'avance vers eux, ceux-ci s'éloignent de lui exactement à la même allure. Le garçon change alors de direction et tente de leur couper le passage par-devant. Les deux chevaux, imperturbables, accélèrent légèrement leur course et maintiennent la même distance avec le garçon. Entretemps, celui-ci a plutôt chaud et il halète. Quant aux chevaux, ils ont tous deux — le garçon en est sûr — l'air de ricaner cyniquement.

À la fin, le jeune acolyte en a assez. Il retourne à l'endroit où le Lama se tient toujours. "Oh, Honorable Lama, dit-il d'un ton irrité parce qu'il se sent frustré, ces chevaux ne veulent pas se laisser prendre par moi, ils se moquent de moi."

Le Lama jette un coup d'oeil sur le pauvre garçon et un sourire amusé erre aux commissures de ses lèvres. "Est-ce vrai ? demande-t-il avec douceur. Eh bien, alors, allons voir s'ils viendront pour moi."

Il s'avance à leur vue et frappe des mains. Les deux poneys avaient recommencé à brouter, mais ils relèvent la tête en pointant les oreilles. Le Lama frappe de nouveau des mains et appelle les chevaux. Ceux-ci se regardent, et regardent de nouveau le Lama. Puis ils se regardent une nouvelle fois, et tous deux prennent le trot pour aller rejoindre le Lama. Celui-ci s'approche d'eux, les flatte de la main, puis place son bagage sur le dos du plus grand des deux poneys.

Le plus petit poney regarde le jeune acolyte et s'éloigne au moment où celui-ci approche. À la fin, celui-ci doit se mettre à courir pour attraper le cheval qui précisément tourne en rond. Le Lama, fatigué de ce sport, commande sèchement au poney qui s'arrête immédiatement et devient docile. Le garçon s'avance, faisant très, très attention à rester hors de portée de l'extrémité du sabot de l'animal, et jette son baluchon sur le dos du cheval.

Le Lama lui fait un signe de tête, monte à cheval et attend tranquillement. Le garçon bondit avec un élan fantastique pour prendre le cheval au dépourvu, mais ce dernier se déplace légèrement et le garçon plane au-dessus du dos de l'animal pour finalement atterrir brutalement dans le sable.

Le Lama s'approche en poussant un soupir de résignation et dit : "Oh là là ! Notre divertissement journalier ! — mais nous sommes pressés." Il se penche, ramasse le petit garçon et l'installe sans cérémonie sur le dos du petit poney. "Allez ! commande-t-il. Nous avons gaspillé assez de temps. Il nous faut partir ou bien nous aurons perdu encore une journée."

Ensemble les chevaux se mettent en marche sur le sol de terre, en évitant les roches. Le Lama ouvre le chemin et le garçon, derrière lui, s'efforce de conserver la même allure. Il n'a jamais été bon cavalier et ne le sera jamais ; toutefois il fait de son mieux.

Les deux voyageurs continuent leur route, le Lama chevauchant tranquillement, cambrant la taille, frais et paisible. Sur le petit poney, le garçon est affaissé comme un sac d'orge, mais à la différence de ce sac, il se sent plus endolori de minute en minute. Enfin, après trois ou quatre heures de route, le Lama arrête sa monture et dit : "Nous allons nous reposer un moment ici. Tu peux mettre pied à terre."

Le petit acolyte cesse simplement de se cramponner à la crinière du cheval, il glisse et roule sur le sol avec un manque complet de dignité. Du coup, le poney s'écarte à plusieurs pieds (mètres) de distance.

 

CHAPITRE SIX

 

Le Lama et le petit acolyte étaient maintenant arrivés au bord de la Vallée de Lhassa, là où le chemin battu plonge profondément pour atteindre les terres basses où règne une chaleur accablante et, au-delà de ces terres, aboutir finalement en Chine. Et les deux voyageurs se reposaient sur le sol de terre battue. À quelques yards (mètres) de distance, les chevaux boitillants erraient à la recherche d'une herbe clairsemée. Très haut en l'air, un grand oiseau tournoyait paresseusement en rond. Le petit garçon le regardait à demi intéressé ; mais ce qui l'intéressait VÉRITABLEMENT, c'étaient les maux et les douleurs qu'il endurait chaque fois qu'il montait à cheval. Maintenant, il était étendu, tête baissée, tournant de temps en temps ses regards vers l'oiseau qui montait dans les airs. Bientôt, le garçon s'assoupit, puis s'endormit.

Les gens se reposaient aussi dans d'autres parties du monde. Dans une fabrique de radios située dans la partie occidentale du monde, les ouvriers profitaient d'une de leurs innombrables ‘pauses’ dans la monotonie de leur vie en usine. Rusty Nales, le menuisier de l'atelier, éclata de rire soudain et, d'un air méprisant, lança par terre un livre broché à couverture bleue. "Le type doit être DINGUE ! cria-t-il. Bon Dieu ! quel tas de sottises les gens font avaler dans leurs livres."

"Qu'est-ce que vous avez, mon Vieux ?" demanda doucement Isadore Shutt, un petit juif basané qui s'était penché pour ramasser le livre incriminé. Rusty Nales cracha son mépris, puis s'essuya la bouche avec le dos de la main. "Ahhh ! s'exclama-t-il, toute cette affaire est parfaitement ridicule !"

Ivan Austin, le conducteur de camion, saisit le livre des mains d'Isadore Shutt et regarda le titre : ‘Pour entretenir la Flamme’ par Lobsang Rampa. "Oh ! CELUI-LÀ ! s'exclama-t-il d'un air de dégoût. Vous ne LE croyez pas, n'est-ce pas ? demanda-t-il à la ronde ; puis il continua : Ce type est CINGLÉ, voilà ce qu'il est — un CINGLÉ !"

Shirley May, la téléphoniste, se hérissa de colère : "C'est ce que TU penses ! dit-elle avec emportement. Tu n'es pas assez intelligent pour savoir à quoi t'en tenir, Grande-gueule !" Elle haussa les épaules et lança un regard furibond au pauvre Ivan Austin.

"Sapristi, sotte poule ! cria-t-il exaspéré. Même toi, tu ne crois tout de même pas ce, cette — il cherchait un mot — ces CONNERIES, voyons, le type est un... !"

La porte s'ouvrit et une des dactylos, Candy Hayter, entra en se tortillant. "Dites, ce que vous pouvez crier, vous autres ! fit-elle remarquer, mais je sais la vérité à propos de ces livres. L'auteur a été accusé, jugé et condamné par une Presse corrompue, sans avoir eu la MOINDRE chance de se défendre. Voilà ce qu'est la Presse pour vous et pour des nigauds comme vous — elle regardait le malheureux Rusty Nales et le pauvre Ivan Austin — vous êtes assez bêtes pour gober tout ce que les journalistes écrivent. Pouah !"

"Ouais, madame, c'est OK, intervint Bill, encaisseur du Département de la Comptabilité, mais écoutez donc ce que ce farfelu écrit." Il prit le livre, astiqua ses lunettes puis jeta un regard circulaire sur ses auditeurs avant de lire "‘Pour entretenir la Flamme’ par Lobsang Rampa, page 22. Dernier paragraphe (du livre au format A4 — NdT). Il est absolument possible de créer un dispositif permettant de téléphoner au monde astral. Cette invention a été effectivement réalisée..." La voix de celui qui lisait devint inaudible et il y eut un moment de silence rompu par Ivan Austin qui déclara : "Vous voyez ce que je veux dire ? C'est IDIOT — le type doit avoir été joliment drogué quand il a écrit cela."

Ernest Truman, chef du Département des Recherches, faisait la moue. Puis, il se leva, alla dans son bureau. Il en revint quelques secondes plus tard, brandissant un magazine qu'il ouvrit à une certaine page. "Je vais maintenant me mêler à la discussion, dit-il. Écoutez pendant que je vous lis des extraits d'un des magazines britanniques les plus influents." Il s'arrêta et parcourut rapidement des yeux la page ouverte devant lui. Mais la porte s'ouvrit à nouveau et, cette fois, c'est le Directeur des Travaux, R.U. Crisp qui entra.

"Que se passe-t-il ? demande-t-il brusquement, vous croyez que je vous paye pour tenir un Meeting de Mères de Famille ? Allez, grouillez-vous ; au travail ! Vite — filez ! EN VITESSE !"

"Monsieur Crisp, Monsieur !" dit Ernest Truman. "Une minute, Monsieur, dans l'intérêt de l'avancement des connaissances techniques auxquelles nous serons peut-être impliqués plus tard, je voudrais lire à ces gens et à VOUS-MÊME quelques paragraphes d'un article."

R.U. Crisp réfléchit une seconde, puis conclut d'un ton tranchant. "D'accord, dit-il, je sais combien est sérieux votre désir de vous instruire tous ; aussi, appelez ma secrétaire, Alice May Cling, qui établira un compte rendu sténographique." Alice Cling arriva en toute hâte avec l'employée de la cantine Sherry Wines. L'assemblée écoutait avec attention quand Ernest Truman commença à parler. Après tout, ils étaient tous PAYÉS pour écouter ces paroles et c'était beaucoup plus facile que d'assembler des radios.

"On a dénigré l'écrivain Rampa et on a émis des doutes à propos de ses assertions selon lesquelles il a l'audace de suggérer ce qui est, en fait, une possibilité scientifique, pontifia Ernest Truman. Il a été l'objet de maintes railleries à cause de ses suggestions et de ses déclarations précises. Maintenant — il froissa les pages de son magazine — maintenant, le plus remarquable magazine anglais de radio, le ‘Wireless World’, daté de juin 1971, contient un article, page 312, sous le titre de : ‘Communication Électronique avec les Morts ?’ Je vais vous en lire des extraits, mais vous pouvez vous reporter à cette publication si vous désirez lire l'article complet." Il se tut, regarda par-dessus ses lunettes, se moucha et s'éclaircit la voix. Puis il lut :

 

"Les commentaires de Free Grid sur les ondes ψ métamorphosées (voir numéro d'avril, page 212) m'ont remis en mémoire un curieux incident qui m'est arrivé il y a quelques années et pour lequel je n'ai jamais été capable de trouver une explication rationnelle. J'avais environ quatorze ans lorsque je découvris dans un grenier, un vieil appareil de radio du type qui, dans les années 1920, était connu je crois sous l'appellation ‘det-2 l.f.’

J'ai remis à neuf cette pièce de musée et, curieux de connaître ses possibilités DX, j'ai pris l'habitude, durant les vacances, de faire sonner mon réveil à deux heures du matin et de chercher, en utilisant des écouteurs, à atteindre les postes américains.

Mais nous arrivons maintenant à la partie bizarre. À deux ou trois reprises, sur une période de plusieurs semaines, au moment où j'avais enlevé la bobine aérienne de branchement afin de changer de longueur d'onde (ce qui signifie que l'antenne était virtuellement à circuit ouvert), une voix rauque a rompu le silence et a prononcé quelques mots. C'était évidemment du langage parlé, mais si déformé que son contenu en était inintelligible. Quelques mots seulement arrivaient à un moment donné, et bien que je me rappelle avoir attendu parfois une heure dans l'espoir d'en entendre davantage, je n'y ai jamais réussi. À cette heure de la nuit, la plupart des postes européens avaient suspendu leurs émissions ; d'autre part, je résidais loin de n'importe quel émetteur commercial à grande puissance et enfin, il n'y avait pas d'amateur au travail dans la région où j'habitais.

J'avais tout oublié à ce sujet jusqu'au jour où l'hypothèse de Free Grid m'a rappelé cet incident. Puis, pour vous dire de quelle curieuse façon les choses se passent, j'ai par hasard mis la main sur un livre récemment publié sous le titre ‘Breakthrough’ (Percée) que je signale avec insistance à votre attention. L'auteur prétend qu'un magnétophone ordinaire qui est allumé et laissé à lui-même peut, après que l'on aurait repassé la bande, reproduire des voix provenant des morts.

Maintenant, il y a peu de mots qui suscitent plus d'émotion que celui de ‘spiritualisme’ : il suffit de le prononcer pour que surgissent aussitôt de violentes polémiques entre partisans et adversaires de ce concept. Donc, si vous êtes contre et si, pour le moment, vous êtes en train de grommeler : "Encore du baratin à propos de vibrations et d'ectoplasmes !", s'il vous plaît, prenez patience et supportez-moi pendant quelques minutes encore.

Personnellement, je ne suis nullement engagé pour le moment. Je sais seulement ce que j'ai lu. L'auteur, le Dr Raudive, n'est pas un électronicien, mais il a apparemment enregistré quelque 72 000 de ces voix et une sélection de celles-ci en a été enregistrée sur un disque de phonographe qui est en vente dans le commerce. Chose plus importante de notre point de vue, il a sollicité une foule d'opinions indépendantes, entre autres celles de physiciens et d'ingénieurs électroniciens hautement qualifiés. Tous ces experts confirment l'assertion suivant laquelle le magnétophone a réellement enregistré des voix ; néanmoins, tous ne sont pas convaincus que ces voix soient celles de personnes décédées. Aucun n'avance de théorie qui concilierait les phénomènes en question avec les lois naturelles connues. Les ingénieurs électroniciens ont employé leurs propres appareils pour se livrer à des expériences sur cette mystérieuse production de voix et ont analysé le phénomène avec divers circuits qu'ils ont personnellement élaborés (ce livre donne les diagrammes réalisés) et qui constituent un perfectionnement de l'appareil original de Raudive. Incidemment, on a émis l'idée que la bande vidéo pourrait constituer un moyen à mettre en oeuvre en vue de pousser plus loin l'expérience.

... En ce qui concerne le résultat final, les paroles enregistrées sont décrites comme étant des ‘voix qui déclinent leur identité, prononcent nos noms, nous disent des choses que nous comprenons (ou parfois qui nous intriguent). Ces voix n'ont pas une origine acoustique et les noms qu'elles mentionnent sont ceux de personnes dont nous savons qu'elles ont quitté cette terre. Les voix sont enregistrées sur bande magnétique et chacun peut les écouter. Les physiciens sont incapables d'expliquer le phénomène en question, et les psychologues ne le peuvent pas non plus. Des expériences scientifiques (dans une cage de Faraday par exemple) ont démontré que ces voix ont une origine extérieure à l'expérimentateur et qu'elles ne sont nullement tributaires de l'autosuggestion ou de la télépathie. Des philologues ont aussi examiné le phénomène et ils affirment que, bien qu'audibles et compréhensibles, les voix ne proviennent pas d'éléments acoustiques ; elles ont deux fois la vitesse du langage humain et elles s'expriment suivant un rythme particulier qui est identique dans les 72 000 exemples examinés jusqu'ici.’ (Les italiques sont de moi.)

Il semble aussi que les phrases sont de caractère télégraphique, et quand l'expérimentateur est multilingue, les paroles peuvent être polyglottes — un mot peut être en suédois, le suivant en allemand, un autre en anglais et ainsi de suite. De même que dans les messages prétendant émaner de sources psychiques conventionnelles, ces voix semblent chercher à se faire reconnaître comme provenant d'amis ou de parents décédés.

La sincérité du livre dont nous parlons semble ne pouvoir être mise en doute : en appendice, une centaine de pages fournissent de nombreux détails techniques sur les appareils utilisés aussi bien que sur les hypothèses touchant la cause du phénomène.

... Les théories impliquant la relativité et l'anti-matière sont parmi celles présentées.

... Une chose est sûre, c'est que le problème de l'origine de ces ‘voix’ demande, de façon pressante, que des recherches soient entreprises pour en trouver la solution. Je sais aussi bien que vous que toute l'affaire paraît impossible. Comment des mots peuvent-ils sortir d'un microphone silencieux ? Mais il ne faut pas oublier qu'en 1901, on estimait impossible que des ondes radio traversent l'Atlantique, car on ignorait alors l'existence de l'ionosphère. De même, il y a sans aucun doute beaucoup de choses dans le domaine de l'électronique au sujet desquelles nous ne savons encore rien à l'heure actuelle."

 

Ernest Truman était arrivé au bout de sa lecture. Il ferma lentement le magazine, enleva ses lunettes et s'essuya le front avec un grand mouchoir blanc. Cela fait, il remit ses lunettes sur son nez et regarda autour de lui pour voir l'effet de sa lecture.

Pendant plusieurs instants, l'assistance demeura interdite. Ivan Austin là, était bouche bée, Alice May Cling se cramponnait au bras de son amie. Rusty Nales poussa un profond soupir et exprima son sentiment intime : "Bon Dieu ! Qui pourrait croire ?" Eva Brick, la jeune fille qui emballait les tubes en verre, sourit d'un air entendu et, se tournant vers son amie Ivy Covrd, elle déclara : "Bien, bien ! Voilà que Lobsang Rampa a, une fois de plus, eu raison. Ce que j'en suis contente !"

Toutefois, c'est R.U. Crisp qui eut le dernier mot : "Au travail, les amis, vous avez eu votre distraction. Au travail ! Cette interruption est COÛTEUSE !" C'est ainsi que un par un, deux par deux, le personnel retourna au travail aussi lentement que possible tout en discutant le plus rapidement possible sur la question.

Le repos était terminé, également, au bord de la Vallée de Lhassa, là où la piste s'enfonce dans les terres basses et où le Lama et son acolyte se levaient pour continuer leur voyage sur les poneys récalcitrants.

Une fois de plus, ceux-ci s'écartèrent du garçon et, comme pour s'en moquer vraiment, ils s'éloignèrent juste assez et seulement assez pour se mettre hors d'atteinte. Ils réussirent ainsi à lui échapper, même quand le garçon fonçait énergiquement dans l'intention de les arrêter. Finalement, le Lama s'avança de nouveau et les poneys vinrent vers lui, aussi dociles que possible. Une fois encore, le Lama et l'acolyte empoignèrent leur baluchon, enfourchèrent leur monture et reprirent le sentier en direction de la plaine.

Le Lama chevauchait en tête. L'acolyte le suivait à environ cinquante yards (45 m) ; un hasard heureux voulait que son poney cherchait à suivre son compagnon, car le jeune garçon n'avait guère l'animal en main. Mais le voyage continuait entre les rocs qui dominaient le chemin, au-dessous des bords d'immenses précipices. Progressivement, les deux voyageurs approchaient de la Rivière Heureuse. On l'appelait ici la Rivière Yaluzangbujiang, mais après avoir quitté le Tibet et effectué un brusque virage en épingle à cheveux à travers les montagnes, elle deviendrait le puissant Brahmapoutre qui, croissant en volume et en force, dévalerait jusqu'à la baie du Bengale et deviendrait l'un des fleuves les plus importants de l'Inde. Présentement, c'était une rivière heureuse qui avait quelque trois sources au Tibet, ces trois cours d'eau se réunissant à Lhassa, dans la Vallée de Lhassa où la rivière était progressivement grossie par beaucoup, beaucoup d'affulents. D'innombrables sources jaillissaient au pied de la Montagne de Fer et au pied du Potala, formant le Lac du Temple du Serpent, l'Étang du Saule et les marais ; toutes ces eaux s'écoulaient lentement pour finir par se jeter dans la Rivière Heureuse. Maintenant, sur les pentes descendantes situées au-delà de la Vallée de Lhassa, la rivière s'élargissait et devenait plus imposante.

Le Lama et l'acolyte continuèrent leur voyage pendant trois, peut-être quatre jours — on néglige de compter les jours dans un pays où le temps n'a pas d'importance, où il n'y a ni horloges, ni montres, rien que le passage du soleil et les phases de la lune pour marquer les jours et les mois.

Les voyageurs descendirent des hauts plateaux montagneux jusque dans les terres basses. Là, les rhododendrons atteignent une taille immense et leurs fleurs forment un massif de couleurs flamboyantes, chaque fleur ayant les dimensions d'un chou de bonne taille. Dans cette région aussi, les arbres de rhododendron atteignent peut-être vingt-cinq à trente pieds (7 à 9 m) de hauteur. Dans le même pays, on trouve beaucoup de plantes et d'arbres différents. L'atmosphère y est humide, brumeuse, chaude parce que l'air est bloqué dans un défilé rocheux, dans une profonde crevasse. D'un côté des voyageurs, la paroi du rocher, et de l'autre, c'est-à-dire du côté droit, la rivière précipite ses eaux, gronde et mugit lorsqu'elle s'étrangle dans les gorges, puis retombe en une cataracte d'une centaine de pieds (30 m) de hauteur par-dessus le bord du rocher pour se jeter en faisant plouf ! dans les profonds bassins qui l'accueillent en bas.

Maintes et maintes fois, le Lama et l'acolyte durent traverser, puis retraverser, puis traverser de nouveau la rivière sur des ponts jetés de façon précaire, ponts faits de perches suspendues à des lianes ou bien à de longues bandes de plantes grimpantes, bandes de plantes aussi flexibles qu'un câble et aussi solides que le bois de la même famille. Chaque fois, il fallait bander les yeux des poneys et les conduire avec prudence pour traverser le pont, car jamais aucun poney ou cheval n'aurait voulu risquer de traverser sur une construction aussi dangereuse que ces ponts provisoires.

Le jeune acolyte traversant un pont en se dandinant se massait lugubrement le derrière. "Oh ! Honorable Lama, s'écria-t-il, après ce voyage à cheval, je comprends parfaitement pourquoi les marchands qui vont en Inde ou qui en reviennent ont une démarche si particulière !"

Enfin, trois ou quatre jours plus tard, leur provision d'orge était épuisée et les deux voyageurs entendaient leur estomac gargouiller quand, par bonheur, ils aperçurent une petite lamaserie nichée tout en bas au fond d'une vallée. Derrière, une cascade dégringolait du haut d'une falaise et coulait à côté de la petite lamaserie dans sa hâte de commencer son interminable voyage jusqu'à la baie du Bengale.

Devant la lamaserie, quelque cinquante ou soixante moines étaient réunis, regardant en l'air et mettant la main en abat-jour pour se protéger du soleil. Finalement, quand le grand Lama apparut à portée de vue, les moines arborèrent des sourires de bienvenue et l'Abbé de la lamaserie s'avança à la rencontre des deux voyageurs en poussant des cris de joie. Des moines arrêtèrent les poneys et aidèrent le Lama et l'acolyte à mettre pied à terre.

Le jeune acolyte prenait ici des airs avantageux — n'était-il pas un des acolytes du Potala dans la Sainte Lhassa ? N'appartenait-il pas à l'élite de l'élite ? N'accompagnait-il pas le Grand Vénérable Lama venu donner des instructions à la lamaserie ? Dès lors, il était NATURELLEMENT digne du plus grand respect, digne du respect dû à un lama en second, tout au moins. Aussi prenait-il des airs importants et se pavanait-il ; puis soudain, il se rappela qu'il avait faim.

L'Abbé parlait avec animation au Lama, le Lama venu du haut lieu de la science lamaïste. Puis, soudain, d'un seul mouvement, tout le monde entra dans la lamaserie où il y avait du thé chaud et de la tsampa. Le jeune acolyte but une grande gorgée de thé et crut, tout de suite, que la fin du monde venait d'arriver. Il toussait, postillonnait et régurgitait du thé dans toute la pièce. "Oh, Saint Lama ! s'écria-t-il, terrifié. Au secours, vite !"

Le Lama s'approcha promptement de lui et dit : "Ne crains rien ; il ne t'est rien arrivé. Rappelle-toi, nous sommes beaucoup plus bas ici et c'est pourquoi le thé est plus chaud. Comme j'ai essayé de te l'apprendre, le point d'ébullition de l'eau à Lhassa est très bas comparativement à ce qu'il est ici. Ici, il faut attendre un peu et ne pas boire trop vite. Maintenant, bois encore une fois, car la température du thé sera plus basse maintenant." Ayant ainsi répondu, il sourit et reprit sa discussion avec l'Abbé et certains lamas de l'endroit. L'acolyte, qui se sentait plutôt penaud, prit délicatement son bol et, cette fois, se mit à siroter prudemment son thé. Ce thé était certainement chaud, plus chaud que tout ce qu'il avait goûté jusqu'alors, mais il était très agréable à boire ainsi. Puis, le garçon porta son attention sur la tsampa qui était chaude également ; c'était la première tsampa chaude qu'il mangeait de sa vie.

Mais déjà sonnaient les trompettes ; déjà on entendait le son des conques. Des nuages d'encens s'échappèrent par bouffées quand s'ouvrit la porte du temple et l'on entendit, toutes proches, les voix graves des moines et des lamas qui commençaient leur service du soir, service auquel le Grand Lama et son acolyte se disposaient à assister.

Ce soir-là, on parla beaucoup dans la lamaserie, on parla de ce qui se passait à Lhassa, des on-dit rapportés de l'Inde par des marchands et transmis aux moines qui les racontaient aux lamas. Puis, en contrepoint, il y eut la conversation avec les lamas et les acolytes résidant dans cette petite lamaserie. On entendit aussi les récits des planteurs de thé en Assam, les récits des marchands arrivant du Bhoutan et, naturellement, les inévitables histoires à propos des Chinois, à propos de leur scélératesse, de leur perfidie, à propos aussi de leur intention d'envahir tout ce pays au cours des prochaines années. La conversation continua ainsi, intarissable. Le soleil se couche de bonne heure ici, et bientôt d'épaisses ténèbres couvrirent cette sombre crevasse de la vallée.

Pendant la nuit, il y eut ici beaucoup de bruit. Il y avait beaucoup plus d'oiseaux, beaucoup plus d'animaux que dans le voisinage de Lhassa. On était ici dans les basses terres et le jeune acolyte éprouvait de grandes difficultés à respirer ; il trouvait l'air trop humide, trop dense. Il avait l'impression de se noyer dans l'air ; il se tournait et retournait anxieusement, car il n'arrivait pas à s'endormir dans l'atmosphère confinée d'un dortoir commun de moines.

Au-dehors, en plein air, il y avait l'agréable senteur des fleurs apportée par la fraîche brise nocturne. Les animaux lançaient des appels, des oiseaux de nuit planaient, battant des ailes, ombres noires se détachant sur un ciel sombre. À la gauche du garçon, la Rivière Heureuse plongeait par-dessus une arête rocheuse et se précipitait dans un éclaboussement d'écume et de mousse blanches, déplaçant rocs et galets dans sa hâte d'arriver en bas à la mer. Le jeune garçon s'était assis sur un rocher à côté de la cascade, et réfléchissait à tout ce qui lui était arrivé ; il se rappelait sa vie à Chakpori, il songeait à son existence au Potala, et maintenant, le lendemain, pensait-il, il devrait suivre les leçons sur la respiration que donnerait son cher Lama.

Soudain, la nuit s'assombrit encore davantage, le vent devint glacé et, comme il était humide, on avait l'impression qu'il vous perçait les os. Le jeune garçon se leva en frissonnant et se hâta de regagner la lamaserie pour aller y dormir.

La lumière du jour nouveau parvint beaucoup plus lentement à atteindre la petite lamaserie cachée dans la vallée abritée, entourée de tous côtés par des rochers imposants, lourdement recouverts d'une végétation sub-tropicale, car dans cette vallée où l'atmosphère était confinée, les températures s'élevaient rapidement, les rayons du soleil étaient interceptés à peu près jusqu'au milieu de la matinée ; il y avait donc, ce matin, un assombrissement, un assombrissement humide de l'atmosphère.

Très haut en l'air, le ciel était d'une luminosité transparente, la lumière du jour qui vient de naître. Les étoiles ne brillaient plus d'un vif éclat ; la lune à son couchant avait cessé de luire. Tout était clair et pourtant, dans cette vallée, le jeune homme se sentait oppressé et il suffoquait, il avait l'impression d'étouffer dans l'air. Il se leva et sortit du dortoir pour aller en plein air, dans ce qui pour lui était la lueur grise du jour. Grisaille filtrant à travers la brume et le brouillard. Grisaille accentuée par les embruns jaillissant de la cascade au travers desquels, à cause de la faible luminosité, ne scintillait nul arc-en-ciel.

Le jeune acolyte se sentait isolé dans un monde en sommeil. Comme on était paresseux songeait-il, là dans ce coin perdu de la religion. Aussi s'éloigna-t-il pour aller s'assoir au bord de la cascade. Là, il se prit à réfléchir à certaines choses qu'il avait apprises au Potala et à Chakpori, il songea à ce qu'on lui avait enseigné à propos de la respiration. Il pensa aussi que, ce jour, il en apprendrait davantage encore et, tout de go, il décida de faire quelques exercices respiratoires.

Il s'assit bien droit, la colonne vertébrale bien cambrée et fit une profonde inspiration suivie d'une profonde expiration. Ensuite, il inspira de nouveau profondément et expira profondément. Il le fit au prix d'un gros effort ; vraiment, il fit un gros effort. Soudain, il constata qu'il était hors de son corps ; il éprouva une sensation toute particulière. Quand il revint à lui, la première chose dont il se rendit compte, c'est qu'il était étendu sur le sol, le Grand Lama penché sur lui.

"Mon garçon, disait la voix du Lama, as-tu oublié tout ce que je t'ai enseigné ? Ici, rappelle-toi, l'air est plus dense que celui auquel tu es habitué. Ne sais-tu pas que tu faisais un gros effort en effectuant cet exercice et que tu t'es saoulé en inhalant trop d'oxygène ?"

Le Lama aspergea d'eau froide le visage et la tête rasée du jeune acolyte qui frissonna d'horreur. Maintenant, il devait se sécher ! "Je t'avais averti, dit le Lama, on ne doit pas, au début, se surmener en inspirant trop profondément. Même si cela te paraît réellement salutaire, n'exagère pas. Tu as fait l'exercice dans un air plus dense et vraiment tu faisais de gros efforts — je t'ai vu de ma fenêtre ! Tes poumons inhalaient et expiraient comme des soufflets de forge. Eh bien, je suis arrivé juste à temps ou bien tu aurais fait la culbute dans le défilé et je n'aurais plus eu personne avec moi pour amuser les poneys. Mais, viens, lève-toi et rentrons à la lamaserie." Le Lama tendit le bras et aida le garçon à se mettre debout. Ils regagnèrent ensemble la lamaserie. Là, le garçon se sentit infiniment mieux à la vue du thé et de la tsampa qui étaient déjà préparés. Il fut même encore plus ragaillardi à la vue de certaines autres choses, une sorte de fruits qui lui étaient inconnus.

"Oh ! dit-il à un autre garçon, son voisin de table. Nous n'avons rien de pareil à Lhassa. Nous n'avons que du thé et de la tsampa, rien du tout de plus."

Le garçon sourit et répondit : "Oh ! les choses ne vont pas si mal pour nous ici." Puis, parlant d'un air suffisant : "Les paysans nous apportent ici ce qu'il faut pour nos services. Nous leur balançons une ou deux bénédictions et nous recevons des fruits et des légumes. Cela nous change de l'éternelle tsampa. Personnellement, je préfère être ici qu'à Lhassa : les conditions de vie sont beaucoup moins sévères ici."

Ils s'assirent, jambes croisées, sur le plancher, devant les petites tables et, prenant leurs bols, y versèrent du thé et de la tsampa. Pendant quelque temps, tout fut silencieux, à part la voix du Lecteur qui, juché sur une estrade d'où il dominait le réfectoire, lisait des textes des Livres Sacrés pendant les repas. On estimait en effet qu'il ne convenait pas que les moines fassent trop attention à leur nourriture.

"Prends garde à la manière dont tu manges ces fruits, murmura le garçon à qui le jeune acolyte avait précédemment parlé. Si tu en manges trop, tu te demanderas ce qui se passe à l'intérieur de ton ventre. Ce n'est pas de les avaler qui cause des ennuis, ce sont les suites."

"Oh ! s'écria le jeune acolyte, affolé. Oh, vraiment, j'en ai déjà mangé cinq ! Maintenant que j'y pense, je sens quelque chose d'un peu anormal, à l'intérieur."

Le garçon qui l'avait mis en garde se mit à rire et tendit la main pour prendre lui-même un autre de ces fruits.

Enfin, tous eurent terminé leur repas et le Lecteur en eut fini avec sa Leçon. L'Abbé se leva et annonça qu'en la circonstance présente, le Grand Honorable Lama était venu de Lhassa, du Saint des Saints, le Potala, spécialement pour donner un cours sur la respiration et sur la santé. Après quoi, si quelqu'un avait quelque ennui de santé, il était invité à en discuter avec le Lama de Lhassa. Tous les assistants sortirent en file indienne de la salle à manger et entrèrent dans le Temple proprement dit où il y avait plus de place.

Le Lama les invita tous à s'assoir à l'aise. Les petits garçons étaient devant, les jeunes moines derrière eux et, à l'arrière, les lamas. Tous étaient assis en rangs bien ordonnés.

D'abord, et pendant quelque temps, le Lama exposa des notions de base, puis il dit : "Je dois insister encore sur le fait qu'il n'est pas du tout nécessaire que vous soyez assis dans la position du lotus ou dans n'importe quelle position qui serait inconfortable. Il faut à tout moment vous installer dans une position où vous êtes à l'aise, une position où la colonne vertébrale est bien droite, parce que c'est ainsi seulement que vous retirerez un maximum de bienfaits de ces exercices. Souvenez-vous, aussi, que pendant la journée vous vous asseyez les paumes des mains tournées vers le haut, de façon à pouvoir absorber les influences bénéfiques du soleil pendant toute la journée. Mais, si vous faites ces exercices après le coucher du soleil, vous tiendrez les paumes des mains tournées vers le bas, parce qu'alors vous êtes soumis à l'influence de la lune.

"Mais maintenant, répétons qu'il vous faut trouver votre pouls. Vous placez les doigts sur votre poignet gauche afin de déterminer le compte de votre pouls et savoir ainsi pendant combien de temps vous pouvez inhaler ou exhaler. La moyenne sera : un, deux, trois, quatre (aspirez), un, deux, trois, quatre (expirez). Répétez-vous cela à haute voix six ou sept fois, puis gravez fermement dans votre esprit le rythme réel de votre pouls pour que, même quand vous ne le sentez pas, vous soyez parfaitement à même de vous rendre compte de ce qu'est le rythme de votre pouls. Cela vous demandera quelques journées de pratique ; mais après avoir fait cette expérience pendant quelques jours, vous vous apercevrez que vous êtes capable de savoir le rythme de votre pouls d'après une vibration ressentie dans votre corps, et vous n'aurez plus besoin de sentir votre pouls.

"Avant tout, donc, il faut inhaler, toujours avec la bouche fermée naturellement. Vous inspirez profondément en comptant jusqu'à quatre. Il est d'importance vitale que vous inspiriez d'une façon absolument douce et régulière, sans secousse d'aucune sorte. Les débutants ont tendance à aspirer le souffle jusqu'à ce qu'ils aient compté jusqu'à quatre, et cela est nuisible. Il faut inspirer de façon régulière jusqu'au compte, au compte mental, de quatre. Alors, lorsque vous avez compté jusqu'à quatre, vous devez avoir les poumons emplis d'air, et donc, vous expirez jusqu'au compte de quatre pulsations. Faites cet exercice pendant un certain temps et, après quelques jours, vous serez capable d'inspirer pendant plus de quatre pulsations ; vous pourrez aller jusqu'à six ou huit pulsations. Mais il ne faut jamais vous forcer ; faites toujours en sorte de rester dans la limite de vos possibilités."

Le Lama jeta un coup d'oeil sur l'assistance et il étudia les petits garçons, les moines et les lamas, tous assis devant lui, les paumes des mains tournées vers le haut, tous respirant suivant leur propre rythme particulier. Le Lama fit un signe de tête exprimant sa satisfaction, et leva la main pour ordonner à tous de cesser l'exercice.

"Maintenant, dit-il, nous allons passer à la deuxième étape de cet exercice. Nous allons répéter exactement la même chose que ce que vous avez fait, mais après avoir inhalé, vous retiendrez votre respiration. Avant tout donc, inspirez pendant le temps de quatre battements de coeur. Cela fait, vous retiendrez cette respiration pendant deux battements de coeur, puis vous exhalerez pendant quatre autres battements de coeur. Le but de cet exercice particulier, de ce mode de respiration particulier, est de purifier le sang. L'exercice contribue aussi à accroître le bon état de l'estomac et du foie. S'il est exécuté convenablement, il fortifie le système nerveux. Rappelez-vous, aussi, que notre base est de quatre, deux, quatre. Ceci est simplement une moyenne, il ne faut pas vous y soumettre inconditionnellement. Votre moyenne pourrait facilement être six, trois, six ou bien cinq, trois, cinq. Elle doit être exactement ce qui vous convient le mieux et ce qui vous impose le moins de tension."

Le Lama s'arrêta pour observer les assistants qui inspiraient, retenaient leur souffle, et expiraient. Il les regarda faire cet exercice dix fois, vingt, vingt-cinq fois. Puis, de nouveau, marquant d'un signe de tête sa satisfaction, il leva la main.

"Nous allons maintenant faire un pas de plus. J'ai remarqué, surtout chez les jeunes, des exemples de mauvaises postures. Vous, jeunes gens et garçons, êtes tout affalés. Or, cela est mauvais pour la santé. Quand vous marchez, il faut marcher selon le rythme de votre coeur et de votre respiration. Exerçons-nous de la façon suivante : d'abord vous tenir debout bien droit — ne pas pencher vers l'avant, ne pas basculer vers l'arrière — bien droit, les pieds joints et la colonne vertébrale toute droite. Premièrement, expirez le plus possible, chassez hors de vos poumons jusqu'à la dernière trace d'air. Puis, mettez-vous à marcher et, au même instant, inhalez vraiment profondément. Que vous partiez du pied gauche ou du pied droit, cela n'a aucune importance ; mais veillez à faire une inhalation réellement profonde. En même temps, prenez un pas lentement rythmé. Marchez au rythme des battements de votre coeur. Vous allez inhaler pendant quatre battements de coeur. Pendant ce temps, vous faites quatre pas. Mais après cela, il faudra faire les quatre pas suivants pendant les quatre battements de coeur que vous prendrez pour expirer. Faites cela pendant six séries consécutives de quatre pas, mais rappelez-vous avec un soin particulier que votre respiration doit être absolument régulière ; elle ne doit pas s'effectuer sur le modèle de vos pas ; c'est-à-dire, vous n'inhalez pas l'air au rythme de vos quatre pas comme vous marchez, vous devez inhalez aussi doucement que vous le pouvez."

Le Grand Lama de Lhassa contint un sourire de plaisir secret en observant garçons, moines et lamas s'efforcer d'exécuter les exercices respiratoires. Puis, satisfait de voir ses élèves exécuter convenablement les exercices, il dit : "Maintenant, rappelons-nous qu'il y a beaucoup de systèmes de respiration et que nous devons respirer d'une manière qui nous rende capables d'accomplir une certaine tâche ; car, respirer, c'est plus que bourrer d'air nos poumons. Une respiration correcte nous rafraîchit et tonifie efficacement nos organes. Le système de respiration que je vous ai enseigné porte le nom de système de ‘respiration complète’. C'est un système qui purifie le sang et vient en aide à l'estomac et aux autres organes. Il aide aussi à surmonter les rhumes." Il s'arrêta et regarda autour de lui, observant certains des assistants qui reniflaient et il reprit : "Ici, dans cette région, dans ces terres basses du Tibet, les rhumes sévissent, et il semble qu'on n'ait rien fait pour les enrayer. Appliquez le système de respiration correcte que je vous ai enseigné et vous arriverez à triompher des rhumes. Maintenant, voici un autre système lors duquel vous retiendrez votre respiration plus longtemps qu'il n'est normal. Asseyez-vous, je vous prie, la colonne vertébrale bien droite, mais le reste du corps détendu."

Le Lama s'arrêta pour attendre que les assistants prennent de nouveau la position, arrangent leur robe autour de leur corps et s'installent, la paume des mains tournée vers le haut. Puis, il reprit :

"Avant tout, vous ferez une respiration complète, c'est-à-dire ce que nous avons exécuté jusqu'ici. Puis, vous retiendrez votre respiration aussi longtemps que vous le pourrez sans aucune contrainte. Après quoi, vous exhalerez par la bouche ouverte, de façon plutôt vigoureuse, comme si l'air vous dégoûtait, comme si vous tentiez de l'expulser de vous aussi violemment que possible. Alors, essayons à nouveau : d'abord, vous inhalez pendant quatre battements de coeur. Puis, cet air que vous venez d'inspirer, retenez-le aussi longtemps que vous le pouvez sans éprouver d'inconfort. Après quoi, vous expulsez cet air par la bouche ouverte aussi vigoureusement que vous le pouvez. Si vous faites ceci à plusieurs reprises, vous vous apercevrez que votre santé s'améliorera incontestablement."

Le Lama s'arrêta pour surveiller ses élèves et s'assurer qu'ils faisaient correctement les mouvements. Apercevant, parmi eux, un homme d'un certain âge dont le visage bleuissait, il se hâta d'aller le trouver et lui dit : "Voyons, mon frère, vous avez fait un effort trop violent. Tous ces exercices doivent être effectués d'une manière naturelle, d'une manière facile. Il ne faut pas vous contraindre, il ne faut pas fournir d'effort pour les exécuter. Respirer est une chose naturelle et si cela exige un effort ou de la contrainte, cette respiration ne vous sera pas profitable. Vous, mon frère, vous appliquez un rythme qui n'est pas le bon. Vous vous forcez à inhaler plus d'air que n'en peuvent prendre les poumons d'un homme d'un certain âge. Soyez prudent, faites tout cela facilement, sans effort, et vous vous sentirez mieux !"

Ainsi, durant la matinée, les garçons, les moines et les lamas firent leurs exercices respiratoires. Enfin, au grand soulagement du jeune acolyte, la leçon s'acheva. Comme les autres assistants, le garçon se trouva de nouveau libre d'aller au grand air où le soleil de midi, dardant ses rayons dans la vallée, illuminait les coins sombres et, malheureusement, faisait monter la chaleur. Les insectes bourdonnaient vigoureusement aux alentours, et le pauvre acolyte bondissait encore et encore quand ces insectes auxquels il n'était pas habitué l'attaquaient dans les parties les plus vulnérables de son anatomie.

 

CHAPITRE SEPT

 

Madame St John de Tawfe-Nause, de Hellzapoppin Hall, présidait, dans sa solitaire grandeur, l'immense table de sa salle à manger. Elle jouait dédaigneusement avec la mince tranche de pain de seigle grillé déposée devant elle. Elle porta délicatement une tasse de thé à ses lèvres bien formées, puis, cédant à une impulsion soudaine, déposa la tasse dans sa soucoupe et courut s'installer à son secrétaire richement orné. Elle choisit une feuille de papier à écrire qui portait les armoiries de son ancêtre, un Normand célèbre (en fait, il s'appelait Guillaume !), armoiries représentant un coucou chauve rampant (il était en effet quelque peu ‘coucou’ [‘dérangé’ — NdT] et fonçait en tout tête baissée [‘bald-headed’ qui signifie ‘chauve’ et aussi ‘précipitamment’ — NdT] ). La dame se mit à écrire avec un porte-plume qui avait été chapardé à l'un des laquais du Duc de Wellington, laquais qui l'avait lui-même chipé dans une taverne de Fleet Street.

"Ainsi, vous êtes l'auteur du ‘Troisième Oeil’, écrivit-elle. Je désire vous voir. Venez me trouver à mon Club et veillez à porter des vêtements civilisés d'Occidental. Je dois tenir compte de ma position..."

Bertie E. Cutzem, un des premiers chirurgiens d'Angleterre, membre de la plupart des Sociétés Savantes, Membre Associé de CECI et de CELA, bon vivant, clubman et Défenseur des Privilèges des Classes Privilégiées, était assis à son bureau, le menton dans la main. Enfin, après de profondes cogitations, il saisit une feuille de son papier discrètement orné de son monogramme et commença à écrire :

"Je viens de lire ‘Le Troisième Oeil’ et je sais que tout ce que vous écrivez est vrai. Mon fils a de notables pouvoirs occultes et il sait par d'autres sources que vous écrivez la vérité. Je voudrais vous rencontrer, mais, S'IL VOUS PLAÎT, retournez-moi cette lettre, car mes collègues riraient de moi..."

Le riche cinéaste californien était installé dans son magnifique bureau, au milieu de son harem presque nu. Sylva Skreen était maintenant un nom célèbre. Des années auparavant, il était arrivé aux États-Unis, venant de Grèce, et comme de la graisse chaude, il avait pris la fuite car cela aurait chauffer pour lui s'il était resté dans son pays. La Police désirait le mettre en ‘taule’. Aussi, il fila en Amérique et débarqua donc à Frisco (San Francisco — NdT) avec un trou dans son pantalon et les semelles percées. Son âme n'était pas non plus en trop bon état.

Maintenant, Sylva Skreen, le Grand Homme, était assis à son bureau, essayant de rédiger une lettre sans que sa secrétaire la dactylographie. Il était là, oisif, faisant tournoyer son gros stylo en or — celui qui était clouté de diamants et orné d'un colossal rubis au bout opposé à la plume. Le visage tourmenté, il cherchait ses mots dans son anglais haché, non : APPROXIMATIF. À la fin, quand la tension devint douloureuse, il tendit la main et saisit une feuille de papier de teinte criarde et commença à écrire.

En fait, la lettre demandait que l'Auteur du ‘Troisième Oeil’ vînt chez lui pour que le Grand Dieu Grec du Silver Screen pût se faire dire la bonne aventure et, peut-être, accroître sa fortune. Dans sa lettre, il inséra le prix du billet de retour par avion. Il eut un mal infini à écrire le chèque qu'il glissa dans l'enveloppe. Un laquais courut poster la lettre.

Sylva Skreen était en train de réfléchir dans son bureau. La douleur l'assaillait, localisée dans son portefeuille. "Qu'est-ce que j'ai fait ? s'écriait-il. Mon argent, il est dépensé. Je fais l'idiot. Peu importe, maintenant, je suis malin." Il souleva son gros ventre de façon à l'appuyer sur son coûteux bureau et vite, il appela sa secrétaire. "À l'Auteur du ‘Troisième Oeil’, dicta-t-il. Vous avez mon argent. Vous, je n'ai pas besoin. Mon argent, ça j'ai besoin. Et si vous ne renvoyez pas vite mon argent, je dis la Presse vous avez pris mon argent. Donc, vous envoyez mon argent, vite, hein ?"

Un fonctionnaire ‘fonctionna’ à la vitesse maximum pour hâter l'expédition de la Missive à l'Auteur. Finalement, quand les temps furent accomplis — car le courrier est très lent — Sylva Skreen, le Grec, put frotter ses mains huileuses sur son argent récupéré.

Étant dans le lointain Uruguay, l'Auteur de nombreux livres reçut un jour une lettre expédiée de Seattle aux États-Unis. "Il paraît que vous désirez rentrer en Amérique du Nord, disait cette lettre écrite par un homme très riche, mais que vous n'avez pas l'argent nécessaire pour payer le prix du voyage. Eh bien, je vais vous faire une très bonne proposition. Je vais vous payer le voyage jusqu'à Seattle et je vous garderai chez moi jusqu'à la fin de votre vie. Vous aurez le gîte et le couvert. Vous ne devriez pas avoir besoin de beaucoup de vêtements. En retour, il faudra me transférer tous vos biens et me céder légalement les droits d'auteur de tous vos livres. Alors, c'est moi qui en réglerai la vente et qui garderai les droits d'auteur en échange de la pension que je vous ferai." À la lecture de cette lettre, l'Auteur a proféré un innommable mot d'une manière innommable à propos de cet innommable individu.

On frappa à la porte d'un coup qui résonna comme le tonnerre. Un deuxième coup retentit parce qu'on n'avait pas ouvert instantanément. Le bruit de pas précipités, le grincement de la porte qui s'ouvre : "Chuste cheter un coup d'oeil, non ? dit une épaisse voix gutturale. Du Lama, je fiens pour foir. Fous me laissez entrer, oui ?" Le son des voix et le volume de l'une d'elles s'amplifia : "Mon amie, elle dit ‘fous allez’ elle dit. Fous dire fous foulez foir du Lama, elle dit. Sur le seuil, je feux fivre toute seule et je feux déjà rester encore. Fous — dire lui Wilhemina Cherman, elle est ici, d'accord ?"

Minuit à Montréal. De l'autre côté du fleuve, les lumières des gratte-ciel du Rêve de Drapeau se reflètent dans les eaux calmes du Port. Immobiles à l'ancre, les navires attendent placidement l'arrivée d'un autre jour. Sur la gauche, là où le Bassin du Moulin à Vent offre le mouillage aux remorqueurs, l'eau est soudain agitée car un petit bateau se met en marche pour aller à la rencontre d'un cargo qui arrive en retard. Du sommet du plus haut immeuble, un phare tournant envoie des doigts fouilleurs dans le ciel nocturne. Le sifflement d'un avion à réaction retentit à travers la ville en s'échappant des confins de l'Aéroport International.

Minuit à Montréal. La famille est plongée dans le sommeil. Soudain, ce sommeil est troublé par l'appel insistant de la sonnette. On se vêt rapidement et on ouvre la porte. Seule une urgence terrible pourrait inciter à carillonner aussi longuement à une heure pareille, évidemment ? "Rampa ? questionne la rude voix d'un Canadien francophone. Le Dr Rampa habite ici ?" Deux hommes de forte taille font irruption et s'arrêtent en regardant autour d'eux. "Police. Brigade de la fraude", déclare finalement l'un des intrus.

"Qui est ce Dr Rampa ? Que fait-il ? Où est-il ?" demande l'autre homme. Questions — questions — questions. Mais alors une contre-enquête. "Que désirez-vous ? Pourquoi êtes-vous venus ici ?" Les deux policiers se regardent, décontenancés. Le plus âgé des deux se dirige vers le téléphone, sans même demander la permission, et forme un numéro. S'ensuit alors une conversation à tir rapide en version canadienne-française de la langue française. Finalement, le policier remet en place le récepteur téléphonique et dit : "Euh, on nous a dit de venir ici, on nous a appelés dans notre voiture de police. On ne nous a pas dit pourquoi. Le Commissaire de Police vient de m'apprendre qu'un homme l'a appelé de l'Alabama et lui a demandé de dire au Dr Rampa de lui téléphoner RAPIDEMENT. C'est urgent. Faites-le MAINTENANT !"

Les deux policiers se regardent, mal à l'aise. Ils se balancent d'un pied sur l'autre. Finalement, le plus âgé dit : "Nous partons ; vous téléphonez immédiatement, oui ?" Ils font volte-face et s'en vont, clopin clopant. Peu après, on entend leur voiture démarrer et filer en trombe à une allure bien supérieure à la limite de vitesse légale. À ce moment, le téléphone sonne. "Ici le Commissaire de Police. AVEZ-VOUS TÉLÉPHONÉ ??? L'homme a dit que c'était urgent, une question de vie ou de mort." On entend un déclic et la communication est coupée.

La lettre tomba dans la boîte en même temps que quelque soixante-dix autres. L'enveloppe était de nuance mauve vif avec d'invraisemblables fleurs de l'avant à l'arrière. Le papier à lettres, une fois déplié, avait la même horrible couleur aggravée encore par des guirlandes de fleurs s'entrelaçant sur les bords. "Dieu est Amour !" proclamait une banderole qui se déroulait au haut de la feuille. L'Auteur fronça les narines en reniflant l'odeur qui se dégageait de la lettre. Le ‘parfum’ pensa-t-il, devait provenir d'une mouffette malade morte après avoir mangé.

La lettre disait : "Je suis Auntie Macassar, je dis la bonne aventure et Fais Beaucoup de Bien. (Cinq dollars la question ou une Offrande d'Amour plus importante). Après avoir lu vos livres, je désire que vous soyez mon Guide. Cela me fera une publicité FORMIDABLE. Envoyez-moi vite votre lettre marquant votre accord, car je désire en faire de la réclame."

"Rampa est commercialisé ! ironisait la lettre. Je sais que vous êtes un truqueur car vous vous occupez d'affaires et vous gagnez de l'argent." Le pauvre malheureux Auteur se recoucha dans son lit et essaya de résoudre CE problème-LÀ. Cela signifiait-il que tous ceux qui sont dans les affaires sont des truqueurs ? "Ah oui, pensa-t-il, je vais mettre cela au point dans mon prochain livre."

"Mesdames, messieurs, enfants et chats de tout pelage. Écoutez cet exposé, cette proclamation, cette déclaration. Moi, Tuesday Lobsang Rampa, me réclamant de mon nom personnel et légal et mon seul nom, déclare ce qui suit : — Je n'ai AUCUN intérêts commerciaux. Je ne m'occupe d'aucune affaire d'aucune sorte, sauf de celle d'Écrivain. Je n'endosse AUCUNE sorte d'encens, d'entreprise de commandes postales, ou qui ou quoi que ce soit. Certaines gens font usage de noms comme ‘Le Troisième Oeil’ ; mais, pour ma part, si j'ai écrit un LIVRE portant ce titre, je n'ai pas créé une firme de vente par correspondance. Une firme de vente que je n'avalise PAS.

"Mesdames et messieurs, mes enfants, chats de tout pelage. Je n'ai ni disciples, ni étudiants, ni représentants, ni sectateurs, ni élèves, ni intérêts commerciaux, ni agents autres que mes agents LITTÉRAIRES. Je n'ai jamais écrit non plus de livres ‘refusés par les éditeurs à cause de notions interdites’ que j'y aurais consignées. Certains peuvent essayer de vous faire débourser l'argent que vous avez péniblement gagné ; (je voudrais POUVOIR le faire !) donc, vous voilà avertis... par moi."

L'Auteur se recoucha et médita sur les difficultés qu'on affronte quand on est un auteur. "N'employez pas le mot ‘minable’, demande un lecteur. C'est Grossier." "N'utilisez pas le mot ‘Je’, écrit un autre. Cela pousse vos lecteurs à s'identifier trop étroitement avec vous. C'est MAL !" "Il ne faut pas dire que vous êtes le ‘Vieil Homme’, se plaint un autre. Je n'aime pas lire ce mot." Et ainsi de suite. Aussi, l'Auteur (qui d'autre ?) était-il couché, méditant sur le passé et préoccupé sans raison peut-être au sujet de l'avenir. Santé défaillante, défaillance de ceci et défaillance de cela !...

La porte s'ouvrit d'une poussée et une belle forme enveloppée de fourrure sauta légèrement sur le lit où l'Auteur était couché, pensant au passé. "Hé, Guv ! (de l'anglais ‘Guvnor’ qui veut dire Le Chef, Le Paternel — NdT) dit-elle de sa meilleure Voix Télépathique de Chatte Siamoise, quelle nouvelle à propos du livre que vous êtes censé écrire ? Sapristi, vous n'en viendrez jamais à bout si vous pensez à ces sots geignards, les Amis des Bons Jours. Oubliez-les !" ordonna-t-elle sévèrement.

Grosse Taddy entra en flânant et s'assit dans une tache errante de lumière. "Manger, demanda-t-elle, quelqu'un a-t-il parlé de MANGER ?" L'Auteur sourit aux deux chattes et dit : "Eh bien, mes chattes, il nous faut terminer ce livre et nous avons à répondre à certaines de ces questions qui arrivent en foule. Questions, questions, QUESTIONS ! Eh bien, commençons !" Il tendit le bras pour atteindre la machine à écrire avec le ‘i’ bloqué et l'attira à lui. Bon, quelle était donc la première question ?

L'ennui, c'est le fait que les réponses engendrent les questions tout juste comme les gens engendrent les gens. Plus nombreuses sont les questions auxquelles on répond, plus nombreuses semblent être celles qui se posent. Maintenant, voici une question qui paraît avoir préoccupé beaucoup de personnes. Cette question, la voici : "Qu'est-ce que le Sur-Moi ? Pourquoi le Sur-Moi me fait-il tant souffrir ? Comment est-ce POSSIBLE que ce soit juste que je doive tant souffrir alors que je ne sais même pas pourquoi je dois souffrir ? Cela n'a pas de sens ; cela détruit ma croyance dans la religion. Cela détruit ma foi en Dieu. Pouvez-vous m'expliquer cela ?"

L'Auteur se coucha et contempla un navire qui passait. Une fois encore, un navire entrait dans le port, apportant toutes sortes de produits du Japon ; mais, le regarder ne faisait pas progresser la rédaction du livre, n'est-ce pas ? L'Auteur se détourna à contrecoeur de la fenêtre et se remit à la besogne.

Oui, bien sûr, on peut répondre à cette question, mais avant tout il faut nous mettre d'accord sur certains termes de référence, car imaginez que vous essayez de discuter avec un poisson qui vit dans les profondeurs de l'océan, de discuter, dis-je, des idées et des réactions des cosmonautes lorsqu'ils sont en orbite autour de la lune. Comment pourrions-nous faire comprendre à un poisson qui a toujours vécu au fond de l'océan, ce qu'est la vie à la surface de l'océan ? Comment lui expliquerions-nous la vie qu'on mène à Londres, à Montréal, à Tokyo ou à New York où il y a déjà tant d'étranges poissons ? Mais, par-dessus tout, comment expliquerions-nous à un poisson demeurant au fond de la mer ce qui arrive à un vaisseau spatial qui évolue autour de la lune ? Ce serait là chose impossible, n'est-ce pas ? Faisons donc une hypothèse, imaginons donc quelque chose de différent.

Imaginons que le Sur-Moi n'est plus le Sur-Moi, mais simplement un cerveau. Ainsi, nous avons une quantité de cerveaux planant quelque part et puis, un cerveau décide qu'il a besoin de connaître quelque chose, il a besoin d'expérimenter quelque chose d'autre que la pensée pure. Par pensée ‘pure’, on entend que la pensée est une chose non substantielle ; cela ne concerne aucunement le pur ou l'impur au sens moral de ces mots.

Ce cerveau particulier a donc les stimulants de l'ambition. Il désire connaître des choses, il désire savoir à quoi les choses ressemblent sur Terre, se rendre compte si la treizième chandelle est plus chaude que la douzième. Savoir de toute façon ce que c'est que ‘chaud’ et, ensuite, ce qu'est une chandelle. Le cerveau décide de découvrir ces notions et c'est ainsi qu'il trouve un corps. Oubliez pour le moment que le cerveau doit être né d'abord, mais ce cerveau s'installe à l'intérieur d'un crâne, une épaisse boîte osseuse dans laquelle il flotte au milieu d'un liquide spécial qui le protège des chocs mécaniques, qui le conserve humide et aide à l'alimenter. Voilà donc que nous avons ce cerveau dans sa boîte osseuse. Maintenant, un cerveau n'éprouve absolument aucune sensation, c'est-à-dire que, pour faire une opération sur le cerveau, le chirurgien injecte simplement un anesthésique local dans la peau et la chair à l'extérieur du crâne, puis il pratique une incision presque tout autour de la tête. Puis, il emploie une scie pour scier à travers le sommet du crâne qu'on peut détacher comme on enlève la pointe d'un oeuf dur. Il importe de se rappeler que l'on n'éprouve de douleur que dans la peau, la chair et l'os. Le cerveau n'est pas sensible à la douleur. Aussi, lorsque le chirurgien a enlevé la calotte crânienne — si l'on peut ainsi l'appeler — il peut fouiller, sonder et couper dans le cerveau, sans qu'il soit nécessaire d'anesthésier.

Notre cerveau est pareil au Sur-Moi. Il n'a pas de sensation par lui-même. Aussi, retournons au cerveau dans sa boîte crânienne qui désire obtenir de l'expérience. Tenons compte, cependant, du fait que nous employons le cerveau comme une image utilisée à la place du Sur-Moi qui est évidemment plus difficile de se représenter puisqu'il s'agit de quelque chose à plusieurs dimensions.

Le cerveau désire connaître des sensations. Or, il est aveugle, il est sourd, il est incapable de percevoir une odeur, il n'a pas de sensation de toucher. Aussi, nous créons une quantité de marionnettes. Une paire de marionnettes se développe sous la forme d'yeux, les yeux s'ouvrent et le cerveau reçoit les impressions des yeux. Comme nous le savons tous, un nouveau-né ne peut pas comprendre ce que signifient les impressions. Un nouveau-né tâtonne et, manifestement, il ne saisit pas ce qu'il voit, mais avec l'expérience, les impressions reçues des yeux signifient quelque chose pour le cerveau.

Mais cela peut être amélioré. Nous désirons plus qu'une image. Nous pouvons voir une chose, mais quelle sensation produit-elle ? A-t-elle une odeur, produit-elle un son ? D'autres marionnettes interviennent et elles s'appellent oreilles. Elles perçoivent des vibrations d'une fréquence moindre que celles que les yeux peuvent percevoir. Ce sont cependant des vibrations exactement comme la vue enregistre des vibrations. Mais, les oreilles perçoivent des vibrations et, la pratique aidant, le cerveau peut comprendre que ces vibrations signifient quelque chose : elles peuvent signifier musique agréable, elles peuvent signifier musique désagréable, elles peuvent signifier la parole, une forme de communication.

Bien. Après avoir vu et entendu une chose, nous nous demandons si elle a une odeur. Le meilleur moyen pour le savoir est de mobiliser des marionnettes pour former un organe olfactif. Alors le pauvre malheureux Sur-Moi, que nous appelons ici le cerveau, peut parfois souhaiter qu'il n'y ait pas d'odorat : cela dépend du genre de parfum que porte une femme !

Pour aller plus loin — quelle sorte de sensation produit une chose ? Nous ne connaissons pas le sens de termes tels que ‘dur’ et ‘mou’ à moins que nous ne les sentions, aussi le Sur-Moi, ou, dans ce cas, le cerveau met en action des marionnettes plus nombreuses : bras, mains, doigts. Nous avons un index et un pouce afin de pouvoir saisir un objet de petites dimensions. Nous avons des doigts que nous pouvons mouvoir sur un objet afin de savoir s'il est facilement comprimable ou non, afin de savoir s'il est mou ou s'il est dur. Nous savons s'il est arrondi ou s'il est pointu grâce à nos doigts.

Parfois, une chose nous blessera. Nous touchons un objet et cela nous donne une sensation extrêmement désagréable. L'objet pourrait être chaud ou froid, il pourrait être tranchant ou rugueux. Ces sensations créent de la douleur et la douleur nous avertit de faire dorénavant attention à ces choses. Mais pourquoi les doigts s'insulteraient-ils eux-mêmes ou injurieraient-ils Dieu puisqu'ils accomplissent simplement la tâche qui leur est dévolue, la fonction de sentir ?

Un maçon peut avoir les doigts endurcis à force de manier des briques. Un chirurgien aura les doigts très sensibles à cause de la délicatesse de toucher qui lui est nécessaire pour exécuter son travail. Exercer le métier de maçon nuirait aux doigts du chirurgien, mais faire une opération chirurgicale serait chose difficile pour le maçon parce que ses doigts auraient été rendus plus rudes par son métier de maçon.

Chaque organe doit faire des expériences, doit supporter des désagréments. Les oreilles peuvent être blessées par un très grand bruit, le nez offensé par une odeur particulièrement déplaisante ; mais ces organes sont créés pour supporter pareilles mésaventures. Vous vous brûlez le doigt — eh bien, le doigt guérit et désormais vous serez plus prudent à l'avenir.

Nos cerveaux enregistrent toutes les informations qui leur parviennent. Celles-ci sont, pour les neuf dixièmes, enfermées dans le sub-conscient. Réagissant sur l'information fournie par le sub-conscient, notre système nerveux involontaire nous prémunira contre n'importe quel grand mal. Par exemple, si vous essayez de marcher au haut d'un immeuble de plusieurs étages, vous aurez peur ; or, cette peur est le moyen par lequel le sub-conscient fait savoir au système nerveux involontaire qu'il doit injecter une sécrétion dans le sang et provoquer un saut en arrière.

Voilà comment agissent ordinairement les sens physiques. Mais, pensez à une dimension bien supérieure, songez comme le Sur-Moi est incapable de recevoir quelque connaissance que ce soit de la Terre sans mettre des marionnettes sur Terre. Ces marionnettes, ce sont les humains, les humains qui peuvent être atteints de brûlures, de coupures, de chocs, de toutes sortes de choses qui peuvent arriver à l'homme sur Terre. Et toutes les sensations et impressions sont envoyées au Sur-Moi par l'intermédiaire de la Corde d'Argent à peu près de la même façon que les impressions reçues par le doigt et le pouce du corps humain sont relayées au cerveau au moyen des nerfs, les nerfs sensoriels.

En ce qui nous concerne, nous avons le droit de nous considérer comme des extensions d'un Sur-Moi qui est si hautement raréfié, si hautement isolé, si hautement évolué qu'il doit dépendre de nous pour recueillir des impressions de ce qui se passe sur cette Terre. Si nous faisons quelque chose de mal, nous recevons alors un coup de pied métaphorique au derrière. Ce n'est pas un Dieu diabolique qui nous afflige, nous persécute et nous tente. C'est notre grossière stupidité. Ou bien, peut-être que certaines personnes touchent un objet et s'aperçoivent qu'il fait mal ; alors, elles le tâtent afin de comprendre pourquoi il les a blessées, puis elles recommencent l'attouchement une fois encore pour se rendre compte de la façon dont le mal peut être guéri ou surmonté. Et même, il arrive qu'elles touchent encore une fois l'objet afin de s'assurer que le mal a été vraiment surmonté.

Il se peut qu'une très bonne personne soit accablée de nombreux maux, et vous — qui en êtes témoin — pensez peut-être qu'il est injuste qu'une telle personne doive subir tant de souffrances. Ou bien, vous pouvez considérer que la personne ainsi éprouvée expie un Karma extrêmement dur, qu'elle a dû être un monstre au cours d'une existence précédente. Mais vous auriez tort. Comment savez-vous si cette personne n'endure pas douleur et souffrance en vue d'apprendre comment douleur et souffrance peuvent être éliminées pour ceux qui viendront ultérieurement. Ne vous figurez pas que c'est toujours pour expier le Karma. L'existence actuelle de cette personne est, peut-être, en train de lui gagner un bon Karma.

Il y a un Dieu, un bon Dieu, un Dieu juste. Mais, évidemment, Dieu n'est pas pareil à un homme et il est inutile d'essayer de comprendre ce que Dieu EST alors que la plupart des gens ne sont même pas capables de comprendre leur propre Sur-Moi. De même qu'il vous est impossible de vous rendre compte de ce qu'est votre Sur-Moi, vous ne pouvez pas non plus vous rendre compte de ce qu'est le Dieu de votre Sur-Moi.

Voici maintenant une question à laquelle j'ai déjà répondu dans des livres précédents ; mais, on me la pose quand même couramment, avec une régularité monotone, en fait.

Les gens désirent être renseignés sur leur Guide, leur Maître, leur Gardien, leur Ange Gardien, etc. Une personne m'écrit ceci : "Oh ! j'ai comme Guide un vieil Indien Peau-Rouge. Je voudrais le voir. Je sais que c'est un Indien Peau-Rouge parce qu'il est si sage. Comment puis-je le voir ?"

Maintenant, je vais le dire clairement une fois pour toutes : les gens n'ont pas comme Guides des Indiens Rouges, Noirs, Blancs ou Tibétains vivants ou morts. En fait, il n'y aurait pas assez de Tibétains, par exemple, pour suffire à la tâche. C'est comme si tout un chacun disait : "Oh ! j'étais Cléopâtre dans ma vie passée !" Il n'y a pas un mot de vrai dans tout cela. En réalité, le prétendu Guide, c'est simplement le Sur-Moi qui est effectivement notre Guide. C'est comme lorsque vous conduisez une voiture ; VOUS êtes le Sur-Moi de la voiture. Vous appuyez du pied sur une pédale, et si vous avez de la chance et si votre voiture n'est pas américaine, elle se mettra en marche. Vous appuyez du pied sur une autre pédale et la voiture s'arrête. Et si vous tirez une certaine chose et si vous faites attention à ce que vous faites, vous n'irez pas vous jeter sur quoi que ce soit. Mais nul autre que vous ne conduit la voiture. De même, vous vous dirigez vous-même, vous et votre Sur-Moi.

Beaucoup de gens s'imaginent que ceux qui ont quitté cette Terre sont débordants d'enthousiasme à l'idée de s'occuper de quelqu'un, de le guider chaque jour de sa vie, de l'empêcher de tomber dans le fossé, de lui dire ce qu'il doit faire et tout le reste. Mais, pensez à votre cas personnel : vous avez des voisins, peut-être vous entendez-vous bien avec eux, peut-être n'êtes-vous pas en accord avec eux ; mais, quoi qu'il en soit, le moment est venu, vous déménagez pour vous installer de l'autre côté du monde. Si vous êtes en Angleterre, vous allez vous fixer en Australie. Si vous êtes en Amérique du Nord, vous allez déménager pour allez vivre, disons en Sibérie. Bien, vous déménagez, vous êtes occupé à votre déménagement, vous êtes en train de vous installer à votre nouvelle adresse, vous êtes en plein travail dans votre nouvel emplacement, vous êtes occupé à vous faire de nouvelles relations. Est-ce que, vraiment, vous interrompez votre besogne pour téléphoner à Tom, à Dick, à Henry, et à Marie, à Marthe, à Mathilde, je ne sais qui ? Non, il n'en est pas question, n'est-ce pas ? Vous les avez complètement oubliés. Eh bien, c'est ce que font les gens de l'Autre Côté.

Les gens qui ont quitté cette Terre ne sont pas du tout installés sur des nuages et occupés à jouer de la harpe ou à cueillir des plumes de leurs ailes, etc., etc. Ils ont du travail à faire ; ils quittent cette Terre, il y a pour eux une période de récupération, puis ils s'occupent d'autre chose. Bien franchement, ils n'ont pas le temps d'être des Esprits Guides et de se livrer aux niaiseries dont les gens parlent.

Souvent, très souvent, des entités qui ne sont pas des humains seront capables d'intercepter les pensées d'un humain et, dans certaines circonstances, ces entités donneront l'impression d'être des Esprits Guides.

Considérons le cas des séances de spiritisme. Il y a là un groupe de personnes qui espèrent communiquer avec ceux qui sont morts. Ces gens forment un groupe dont chacun des membres a le même mode de pensée. Il ne s'agit pas simplement d'une personne qui pense oisivement ; ces gens se réunissent dans un local bien particulier, en vue d'un but bien précis et tous, dans leur sub-conscient, veulent qu'un message leur soit communiqué. Or, dans le monde astral, il y a des formes à la dérive qui peuvent être des formes-pensées, ou bien ce sont simplement des entités qui n'ont pas été humaines et qui ne seront jamais humaines. Ce ne sont que des masses d'énergie qui réagissent à certains stimuli.

Ces entités, quelle que soit leur origine — mais elles ne sont certainement pas humaines — flottent aux alentours et gravitent aussitôt autour de n'importe quelle source qui les attire. Si les gens pensent fortement à un message envoyé par les morts, ces entités seront irrésistiblement attirées vers ce groupe ; là, elles étendront leurs pseudopodes qui, naturellement, sont des mains et des doigts constitués d'énergie, et elles toucheront un cerveau ou une partie d'un cerveau, ou bien elles toucheront une joue, et la personne qui sentira ce contact aura la conviction d'avoir été touchée par un esprit ; en effet, les pseudopodes de ces entités sont pareils aux pseudopodes issus d'un ectoplasme.

Ces entités sont souvent malfaisantes, et elles sont très, très alertes, de la même façon que les singes sont alertes. Ces entités planent tout autour, on dirait qu'elles rebondissent de cerveau en cerveau, et quand elles apprennent un fait divers appétissant émis par un cerveau, elles peuvent arriver à faire parler un Médium sensible, c'est-à-dire un authentique Médium. Elles communiquent ainsi un message, qu'une personne au moins sait être véridique parce que la chose réside dans la conscience de cette personne, mais, aucun des assistants à cette séance ne paraît penser à la forme-pensée qui ne fait que choisir dans les cerveaux. Il faut le dire très, très clairement, ces manifestations ne sont pas toutes authentiques.

Nous savons tous comment les choses se passent à l'Halloween, quand les enfants circulent costumés et masqués, incarnant un personnage qu'ils ne sont pas. Voilà comment se comportent ces formes-pensées, ces entités. Ce sont réellement des choses qui n'ont qu'une intelligence limitée, et qui sont de véritables parasites. Elles se nourrissent de tout ce qui croit en elles.

Dans certaines circonstances, une personne peut avoir ce qu'elle croit être des apparitions. Elle peut se dire certaine que c'est l'esprit de la vieille tante Fanny qui a dégringolé de trois volées d'escaliers, s'est fracturé la jambe et est morte par la suite, qui revient la conseiller parce qu'elle est prise de remords de ne pas s'être souciée d'elle quand elle était sur Terre. Eh bien, en fait, il ne se passe rien de pareil. La personne assistant à la séance pourrait avoir inconsciemment envoyé des photos de tante Fanny et de sa jambe fracturée, se disant quelle vieille grincheuse était cette rombière, et donc l'entité malfaisante va se régler sur cela, modifier quelque peu les données tout en s'assurant qu'elles sont entièrement plausibles, et alors tante Fanny passera pour une personne qui regrette d'avoir été si odieuse envers sa brillante nièce ou son distingué neveu et qui désormais souhaite rester avec eux pour toujours et plus longtemps encore, et les protéger de tout.

C'est chose vraiment stupéfiante que des humains sur Terre méprisent plutôt l'Homme Rouge, se moquent plutôt de l'Indien de l'Inde, et parfois ont tendance à mettre en doute l'authenticité des Lamas Tibétains, mais dès que ces gens meurent le moqueur cesse immédiatement ses railleries et pense que ceux qui ont été si maltraités vont se hâter de revenir, de se mettre sur les épaules des vivants pour les guider à travers l'existence et les préserver de toutes les vicissitudes de la vie. Eh bien, ils sont complètement à côté de la plaque. Tout ce qu'ils obtiennent, comme déjà exposé, ce sont certains esprits malins qui traînent dans les parages et feignent d'être quelque chose de tout différent.

Vos amis de l'autre côté du monde, combien de fois êtes-vous en relation avec eux ? Combien de fois est-ce que VOUS LES aidez ? Combien de fois leur êtes-vous venu en aide quand ils étaient vos voisins ? Maintenant, réfléchissez — voilà une personne qui quitte cette vie et vous ne vous doutiez même pas de son existence quand elle était sur cette Terre ; alors, bien franchement, pourquoi pensez-vous qu'elle va subitement éprouver un immense intérêt à votre égard ? Pourquoi vous imaginer que quelque Lama Tibétain ou quelque Chef Indien Peau-Rouge va abandonner tout ce qu'il est en train de faire de l'Autre Côté et se précipiter pour venir auprès de vous pendant le restant de vos jours ? Quelqu'un que vous avez probablement méprisé quand il était sur Terre, ou plus probablement dont vous ne soupçonniez même pas l'existence.

Il faut être logique à ce propos. Beaucoup de gens croient avoir un Esprit Guide parce qu'ils se sentent peu sûrs d'eux-mêmes, parce qu'ils se sentent seuls, parce qu'ils sont persuadés de ne pouvoir s'en sortir sans être aidés. Et c'est en partie pour cela, qu'ils imaginent un père ou une mère qui est toujours avec eux, les protège de leur propre sottise et de la malveillance d'autrui.

Une autre raison de croire à des Esprits Guides, c'est que parfois les gens entendent ou croient entendre une voix mystérieuse qui leur parle. Ce qu'ils entendent effectivement, c'est une forme de conversation téléphonique avec leur propre Sur-Moi. Cette conversation leur parvient par l'intermédiaire de la Corde d'Argent. Elle est amplifiée par l'éthérique, et parfois reproduite sous forme de vibrations par l'aura. Parfois aussi, une personne ressentira une pulsation au front, exactement entre les deux yeux, mais un peu au-dessus des yeux. Ce phénomène est provoqué par une conversation qui se déroule entre le sub-conscient de l'humain sur Terre et le Sur-Moi ; le dixième conscient essaie d'écouter, mais n'y parvient pas. À la place, une pulsation se produit qui peut être assimilée à l'information de la téléphoniste déclarant que le numéro est occupé.

Nous devons nous débrouiller par nos propres moyens, tous et chacun de nous. C'est une erreur de joindre cultes et groupes et cancans. Quand nous quittons cette Terre, nous devons nous rendre seuls dans la Salle des Souvenirs. Inutile pour nous d'aller là où nous nous jugeons nous-mêmes et de déclarer à nos Sur-Moi : "Oh ! le secrétaire de la Société pour des Hot Dogs Plus Chauds m'a dit que je devais faire ceci, ou que je ne devais pas faire cela !" Nous devons être autonomes ; pour évoluer l'Homme doit être seul. Si nous nous mêlons à des groupes, des bandes et des cultes — eh bien, nous faisons plusieurs pas en arrière, car lorsque nous nous affilions à un groupe, à un culte ou à une société, nous sommes contraints de progresser à l'allure de la personne la plus lente qui en fait partie. L'individualiste, celui qui veut progresser, celui qui est évolué, avance seul — toujours.

Soit dit en passant, j'ai reçu il y a deux jours une lettre intéressante qui disait : "J'ai pendant quarante-quatre ans été membre de... — et j'avoue avoir moins appris durant tout ce temps qu'en lisant un seul de vos livres."

 

CHAPITRE HUIT

 

Le Vieil Auteur reposait sur son lit à côté de la fenêtre donnant sur le Port de Montréal presque désert. Les navires n'arrivaient plus aussi fréquemment en ce moment. Il y avait eu tant de grèves, de vols et autres événements désagréables que maintes lignes de navigation évitaient le Port de Montréal.

Le Vieil Auteur était couché regardant le maigre trafic sur le fleuve, mais observant aussi la circulation intense dans la rue menant à l'Homme et à son Univers, un univers qu'il n'avait aucune envie de visiter. Le soleil brillait dans la chambre et la jeune Chatte, Mademoiselle Cléopâtre, se reposait les pattes de devant repliées sur les jambes du Vieil Homme.

Elle se tourna vers lui et souriant comme le chat proverbial du Cheshire, elle dit : "Guv, pourquoi est-ce que les humains refusent-ils de croire que les animaux savent parler ?"

"Eh bien, Cléo, répondit l'Auteur, les humains doivent avoir la preuve de tout, il faut qu'ils tiennent les choses dans leurs chaudes petites mains et les mettent en pièces afin de pouvoir dire : ‘Eh bien, il est possible que cela ait fonctionné une fois, mais cela ne marche certainement pas maintenant’. Mais toi et moi, nous savons que les chats parlent, alors quelle importance ce qu'en pensent les autres ?"

Pendant quelques instants, Mademoiselle Cléopâtre tourna et retourna cette réponse dans son esprit, ses oreilles se contractèrent et elle se lava délicatement une patte, avant de demander : "Guv, pourquoi les humains ne se rendent-ils pas compte que ce sont EUX les muets ? Tous les animaux parlent par télépathie. Pourquoi pas les humains ?"

Eh bien, la réponse à cette question est assez difficile et l'Auteur était plutôt réticent à la donner. Mais — "Écoute, Cléo, les hommes sont différents en ceci qu'ils n'acceptent jamais rien sur parole. Tu sais que la télépathie existe et je le sais aussi, mais si les autres l'ignorent pour quelque étrange raison, alors il n'y a rien que nous puissions faire pour les en convaincre. Ne crois-tu pas ?"

L'Auteur s'adossa et sourit affectueusement à la petite Chatte, sa compagne si fidèle.

Mademoiselle Cléopâtre le regarda droit dans les yeux et lui envoya la pensée : "Mais si, il y a un moyen, il y a un moyen. Tu viens précisément de lire quelque chose à ce sujet."

L'Auteur haussa les sourcils à tel point que peu s'en fallut qu'il ait un peu de cheveux au sommet de la tête après tout — ce qui l'aurait bien notablement changé après tant d'années de calvitie. Puis, il pensa à un livre qu'il avait lu et qui relatait certaines expériences.

Il semble qu'il y ait eu deux chercheurs appelés R. Allen et Béatrice Gardner, travaillant tous deux à l'Université du Nevada. Cette équipe — mari et femme — étudiait tous les problèmes concernant l'enseignement du langage aux animaux et les deux chercheurs se demandaient pourquoi il était apparemment impossible d'apprendre à parler aux animaux. Plus ils creusaient ce problème, plus la question leur paraissait déroutante.

Naturellement, il semble qu'ils négligeaient la raison la plus évidente de cette incapacité des animaux à parler, c'est qu'ils ne possèdent pas le mécanisme nécessaire pour parler en anglais, en espagnol ou en français. Sans doute leur est-il possible de grogner comme le font certains Allemands quand ils sont de mauvaise humeur, mais nous ne nous occupons pas ici d'Allemands de bonne ou de mauvaise humeur.

Les Gardner — mari et femme comme nous l'avons dit — s'attaquèrent d'une autre manière au problème qui les tourmentait. Ils s'étaient rendu compte que les chimpanzés se débrouillent bien pour se faire comprendre entre eux et c'est ainsi qu'ils observèrent pendant quelque temps ces animaux-là. Les deux chercheurs arrivèrent ainsi à la conclusion que beaucoup de chimpanzés conversent par signes d'une manière semblable à celle qu'emploient ceux qui sont sourds de naissance.

Les Gardner se procurèrent un chimpanzé auquel ils donnèrent toute liberté dans leur maison et qu'ils traitèrent à peu près comme un être humain eût été traité, ou peut-être même un peu mieux, car les êtres humains ne traitent pas trop bien leurs semblables, n'est-ce pas ? Mais ceci est en dehors du sujet. Le couple de chercheurs traita le chimpanzé comme un membre de la famille. Il avait des jouets, on lui témoignait de l'affection et il recevait une chose importante en plus.

Devant l'animal, on ne conversait que par signes. Au bout de quelques mois, le chimpanzé (en fait, c'était un chimpanzé femelle) était à même de se faire comprendre sans difficulté particulière.

On l'instruisit pendant deux ans et il apprit des signes qui voulaient dire : ‘chapeau’, ‘soulier’, toutes sortes d'autres articles d'habillement et beaucoup, beaucoup d'autres mots. Le chimpanzé était également capable de faire comprendre qu'il désirait quelque chose de sucré ou qu'il désirait avoir à boire. L'expérience paraît avoir été un succès. Elle n'est pas encore terminée actuellement, loin de là, mais il manque aux animaux le dispositif de cordes vocales qui leur permettrait de produire des sons à la manière des humains. Les bêtes éprouveraient probablement des difficultés à faire de l'analyse grammaticale et à décider du temps à employer ; mais si les humains sont trop sots pour pouvoir s'exprimer par télépathie, il est hors de doute que l'animal doive converser au moyen de signes. C'est un fait, un fait qu'on peut démontrer, que Mademoiselle Cléopâtre et Mademoiselle Tadalinka réussissent à faire connaître leurs besoins et leurs désirs même à des gens qui ne sont pas télépathes. Avec l'Auteur, l'entente est évidemment parfaite : l'Auteur et les chattes siamoises sont capables de converser avec une facilité peut-être plus grande encore qu'entre deux personnes non télépathes.

Mademoiselle Tadalinka entra en flânant et dit : "Vous parlez de nourriture, vous deux ?"

"Non, Tads, répondit Mademoiselle Cléopâtre, nous parlons de la communication avec les humains et nous pensons que nous avons beaucoup de chance que le Guv dise ce que nous désirons et qu'il nous dispense de l'ennui d'avoir à employer le langage par signes."

Mademoiselle Cléo regarda l'Auteur et lui fit remarquer : "Vous devriez être dehors, vous savez, vous n'êtes plus sorti depuis des semaines. Pourquoi ne pas vous installer dans votre fauteuil et descendre dans le parc ? C'est une journée calme, aujourd'hui, et il n'y a pas beaucoup de monde dans les environs."

L'Auteur regarda par la fenêtre. Le soleil brillait, il n'y avait pas beaucoup de vent ; mais alors, il jeta un coup d'oeil sur sa machine à écrire et les feuilles de papier blanc. Il grommela une imprécation de circonstance à propos du papier et de la machine à écrire, puis sortit péniblement de son lit et se hissa à grand-peine dans son fauteuil roulant électrique.

Il est plutôt difficile de parcourir un corridor, de franchir une porte et d'entrer dans un ascenseur quand on a besoin de ses mains pour diriger un fauteuil roulant électrique, mais enfin, c'est une chose faisable. L'Auteur descendit de son neuvième étage au rez-de-chaussée. Arrivé en bas, il décida de traverser le parc et d'aller s'assoir pendant quelque temps au bord du fleuve.

Le voilà donc qui s'avance dans la rue bétonnée et qui descend la rampe, là au bout, où l'on arrive au parc de stationnement des voitures. Il traverse le parking et par une autre petite rampe, il remonte sur le trottoir, un trottoir qui est tout à fait, tout à fait désert. L'Auteur actionne délicatement le levier de l'avant et le fauteuil se met en marche à l'allure d'un pas de promenade.

Soudain, on entend le vrombissement du moteur d'une voiture de course, puis le coup de vent d'une grosse voiture roulant en sens interdit de la rue, enfin une voix rude qui crie : "Halte !"

Quelque peu surpris, l'Auteur regarde autour de lui et voilà qu'un sergent et un inspecteur de police sautent d'une voiture de police dont le chauffeur est à demi penché hors de la fenêtre du conducteur.

"Oh ! Bonté divine !" pense l'Auteur. "Qu'est-ce qui ne va pas, maintenant ?"

Le sergent de police et l'inspecteur se sont rués en avant et s'arrêtent devant le fauteuil roulant maintenant immobilisé. Le sergent, mains aux hanches, fulmine.

"C'est vous, l'Auteur ?"

"Oui", répond l'interpellé.

Le sergent se tourne vers l'inspecteur et celui-ci déclare brusquement : "Vous ne devriez pas être seul. Vous avez l'air de quelqu'un qui va mourir d'une minute à l'autre."

L'Auteur, c'est compréhensible, se montre quelque peu surpris d'être salué de pareille façon et il répond d'une voix douce : "Mourir ? Nous mourrons tous, un jour ou l'autre. Mais je me porte très bien. Je suis dans un parc privé et je ne gêne personne."

Le sergent de police prend un air encore plus menaçant et réplique, furieux : "Je me fiche de la façon dont vous vous portez. Je dis que vous ne pouvez plus rouler seul. Vous ne pouvez pas risquer de sortir seul. On m'a dit là-haut, ajoute-t-il en montrant l'immeuble, que vous n'en avez plus pour longtemps à vivre. Je n'ai pas envie que vous mouriez en pleine rue ici, quand je suis de service !"

L'Auteur était réellement abasourdi de se voir traité de la sorte et n'arrivait pas à comprendre. Sans doute était-il malade ; sinon, il n'aurait pas été dans ce fauteuil roulant ; mais s'attendre à ce qu'on l'accompagne à chacune de ses sorties, cela frisait le fantastique. Il y avait le ménage à faire, toutes sortes de choses à faire et l'Auteur entendait être indépendant. Aussi répondit-il : "Mais je suis dans une propriété privée."

Ce fut à l'inspecteur d'intervenir cette fois : "On s'en fiche, nous, que vous soyez ou non dans une propriété privée. Vous avez l'air de quelqu'un qui va mourir d'un instant à l'autre. Nous ne nous inquiétons pas pour vous, mais pour les autres gens. Maintenant, rentrez chez vous et je vous raccompagne." Il saisit le guidon du fauteuil roulant et fit pivoter celui-ci avec une extrême brutalité, avec une telle violence que le pauvre malheureux Auteur faillit basculer hors de son siège. Puis, poussant le fauteuil d'un geste furieux, il commanda : "En route".

Les voitures qui roulaient freinèrent et les passagers sourirent en voyant un homme aux prises avec la police — un homme en fauteuil roulant — mais, naturellement, il s'agissait de touristes et quand les gens font du tourisme, N'IMPORTE QUOI crée une sensation. Mais c'était toujours une cause d'étonnement pour l'Auteur de voir que chaque fois qu'il sortait dans un fauteuil roulant électrique, il y avait toujours une bande de singes qui souriaient en passant dans de grosses voitures américaines et qui klaxonnaient comme s'il s'agissait d'un spectacle des plus comiques. L'Auteur se demandait ce qu'il y avait de si amusant dans le spectacle d'un vieux bonhomme infirme qui essayait de vivre sans causer trop d'ennuis aux autres gens.

Mais, une violente secousse ébranla de nouveau le fauteuil roulant et un ordre lancé d'une voix rude : "En avant" obligea l'Auteur à remettre le moteur en marche, à retourner via le parc de stationnement des voitures, puis sur la rampe et jusqu'à la rue privée de son immeuble. Tout cela sous les yeux de l'inspecteur qui le regardait d'un air menaçant. À l'entrée, au pied de l'ascenseur, l'inspecteur s'arrêta et dit : "Maintenant, si vous sortez encore seul, nous vous poursuivrons en justice !" Là-dessus, il s'en alla rejoindre la voiture de police qui avait suivi, tout en grommelant : "Espèce de vieux fou, faire cela alors qu'il a certainement quatre-vingts ans !"

C'est ainsi que le Vieil Auteur reprit l'ascenseur, monta au neuvième étage et fit rouler son fauteuil jusqu'à son appartement. On venait de lui fermer une porte de plus. Maintenant, il lui était apparemment interdit de sortir seul. Il aurait dû être comme un singe attaché à une chaîne ou comme un chien à une laisse ou quelque chose de ce genre-là. Mademoiselle Cléopâtre s'avança et, sautant sur les genoux du vieillard, elle s'écria : "Innommables imbéciles que ces gens-là, n'est-ce pas ?"

Mais il y avait du travail à exécuter ; il y avait un livre à écrire, des lettres auxquelles il fallait répondre. Aussi l'Auteur joua-t-il à pile ou face pour savoir ce qu'il ferait en premier lieu. Ce furent les lettres qui gagnèrent et la première d'entre elles au sommet de la pile venait d'un jeune homme vivant au Brésil, un jeune homme d'un rare bon sens et qui posait des questions très, très judicieuses. Voici la lettre qu'il écrivait, puis celle que je lui envoyai en réponse à la sienne.

 

"Rio de Janeiro,

Cher Monsieur le Docteur T. Lobsang Rampa,

J'ai déjà lu tous vos livres et je m'intéresse beaucoup à l'étude de tout ce que vous nous avez dit. Mais, de même que chaque étudiant a des questions à poser, j'aimerais que vous répondiez aux questions que je vais formuler ici.

Je m'excuse de ne pas bien écrire (ni parler) l'anglais parce que je suis encore en train de l'étudier à l'école et j'ai dû chercher beaucoup de mots dans le dictionnaire. Voici mes questions :

1.      Si je meurs, je retrouverai beaucoup de personnes que j'ai connues. Je les verrai comme je les voyais sur Terre. Mais quelle sera mon apparence réelle puisque j'ai déjà été tant de différentes personnes dans mon cycle d'existence ? Comment une personne que j'ai connue dans un cycle précédent pourrait me voir ?

2.      Pourquoi est-ce précisément maintenant qu'un ancien du Tibet comme vous est venu nous dire tout (chaque chose) de la sagesse Orientale ? Pourquoi justement maintenant ?

3.      Comment pourrai-je voir le Registre Akashique dans le monde astral ?

4.      Quelle est la meilleure position pour méditer ? Je ne sais pas prendre la Position du Lotus et je ne sais pas m'assoir la colonne vertébrale droite.

Si vous pensez qu'il ne faut pas répondre à certaines questions, n'y répondez pas. Je trouverai la réponse dans la méditation (du moins je l'espère) comme j'ai déjà trouvé la plupart des réponses, simplement en y pensant moi-même.

Vous êtes vraiment une lumière dans les ténèbres et je vous remercie pour tout.

Merci beaucoup, Dr Rampa.

FABIO SERRA"

 

"Cher Fabio Serra,

Oh ! c'est magnifique ! Vous m'avez envoyé certaines questions qui méritent de recevoir une réponse dans un livre que je suis en train d'écrire et qui sera intitulé ‘La Treizième Chandelle’.

Comme je me propose d'utiliser vos questions dans ce livre, je vais les répéter ; puis, y répondre. Voici donc ces questions :

1.      "Si je meurs, je retrouverai beaucoup de personnes que j'ai connues sur Terre. Je vais les voir comme je les ai vues sur Terre. Mais quelle est mon apparence véritable ; différente de celle que j'ai sur Terre ? Comment une personne qui m'a connu auparavant me reconnaîtrait-elle ?"

Eh bien, la réponse à cette question est que quand vous mourez, vous quittez cette Terre — cela, avant tout — et vous allez dans un lieu que beaucoup de religions appellent ‘Purgatoire’. Le ‘Purgatoire’ est simplement un endroit où l'on se purifie de certaines choses. Supposez que vous ayez travaillé dans votre jardin et que vous ayez peut-être des taches de boue au visage et dans les cheveux (si vous avez des cheveux !). Puis, vous vous dites que vous désirez rentrer dîner et peut-être écouter la radio. Eh bien, à ce moment-là, que faites-vous avant toute autre chose ? — vous vous rendez au ‘Purgatoire’. En d'autres termes, vous vous rendez dans un endroit où vous pouvez vous laver les mains, vous laver le visage, et — eh bien — vous purifier de la boue ou des choses qui ne devraient pas être sur vous.

Beaucoup de religions font du ‘Purgatoire’ un tableau effrayant. Je préfère le considérer comme une salle de bains céleste où vous lavez votre astral, pour ainsi dire, de façon à pouvoir vous présenter devant vos compagnons avec votre intégrité territoriale intacte. Voyez-vous, quand vous serez dans l'astral, vous montrerez votre aura, et si vous avez trop de souillures sur votre aura, tous ceux qui vous regarderont les verront. Le Purgatoire est, donc, un lieu dans l'astral où vous êtes accueilli par vos amis et jamais par vos ennemis, parce que quand vous arrivez de l'Autre Côté vous ne pouvez rencontrer que ceux avec qui vous êtes compatibles. Quand vous quittez cette Terre, alors évidemment vous pensez à vous-même, vous pensez à votre apparence comme vous étiez sur cette Terre, et c'est comme cela que vous apparaissez dans l'astral — précisément tel que vous étiez sur cette Terre. Comme les gens que vous rencontrez là désirent être reconnus, ils vous apparaîtront aussi exactement tels que vous les connaissiez sur Terre.

Il arrive bien des fois qu'on ait la même impression sur Terre. Vous voyez une personne et vous êtes sûr que cette personne a un grain de beauté sur la joue gauche ; mais quelqu'un d'autre pourrait vous dire : "Oh ! Non, ce grain de beauté lui a été enlevé il y a environ un an." Vous ne voyez, autrement dit, que ce que vous voulez voir, ce que vous vous attendez à voir, et donc lorsque vous arriverez de l'Autre Côté, vous verrez les gens que vous désirez voir et vous les verrez sous la forme et la couleur que vous vous attendez à voir. Un simple exemple — supposons que vous ayez eu comme ami un Noir, c'est-à-dire une personne qui était un homme de couleur quand vous le connaissiez sur Terre. Mais supposons que, de l'Autre Côté, il soit un Blanc. S'il s'approchait de vous, vous ne le reconnaîtriez pas, n'est-ce pas ? Aussi apparaît-il comme un Noir.

Au fur et à mesure que vous vous élevez, votre apparence change. De même vous pouvez imaginer un sauvage illettré, couvert de poils sur tout le corps, les dents souillées par diverses baies, etc. Mais, prenez ce sauvage illettré, nettoyez-le de façon à lui faire une peau notablement plus claire, faites-le se raser, qu'on lui taille les cheveux et qu'il revête un costume moderne de civilisé, il aura un tout autre aspect, n'est-ce pas ? Eh bien, quand vous arrivez de l'Autre Côté et progressez, vous vous apercevrez que votre apparence change — en mieux.

La seconde partie de cette question ? Eh bien, naturellement, cette dame à propos de laquelle vous me consultez vous verra quand vous serez de l'Autre Côté, elle vous verra tel que vous vous imaginez être. Elle vous verra tel que vous étiez sur Terre et vous la verrez telle qu'elle était sur Terre. Autrement (pour me répéter) vous ne la reconnaîtriez pas.

2.      "Comment un ancien du Tibet, tel que moi, en suis-je arrivé à venir dire aux gens de l'Occident tout ce qui concerne ce genre de choses ? Pourquoi serais-je venu précisément à ce moment ?"

Voilà une question claire et nette et je vais y répondre.

Dans le passé il y a eu bien des gens qui ont visité les régions Orientales de ce monde, et avec l'esprit préoccupé par la matière des peuples d'Occident. Ils s'arrêtent aux choses présentes, ils vivent dans l'obsession de l'argent, des biens matériels, de la puissance et de la domination sur les autres. Cela fait partie de la culture Occidentale. Or, lorsque les Occidentaux vont en Orient et s'aperçoivent que beaucoup des esprits les plus distingués de cette partie du monde s'abritent dans des corps qui sont malades ou pauvres ou vêtus de haillons, ils n'arrivent pas à comprendre cela ; aussi, prennent-ils les anciens Enseignements et, comme ce n'est pas leur langue maternelle, comme ce n'est pas leur culture, ils déforment les Anciens Enseignements pour en faire ce qu'eux (les Occidentaux) pensent qu'ils devraient signifier. Il en résulte que nombre de traducteurs, etc., rendent un mauvais service à l'humanité en lui proposant de fausses déclarations qui ne sont qu'une déformation des croyances religieuses authentiques.

J'ai été très longuement préparé. J'ai été doté de la capacité de comprendre l'Occident tout en étant de l'Orient. J'ai été doté de la capacité d'écrire et d'exposer clairement mes idées à la personne qui est digne de connaître les réponses. J'ai souffert plus que qui que ce soit ne devrait souffrir, mais cela m'a donné une plus grande perspicacité, cela m'a donné une plus grande gamme d'expressions, de compréhension et cela m'a rendu bien disposé à l'égard des conceptions Occidentales. Grâce à cela, j'ai réussi à adapter mon langage de façon à pouvoir transmettre aux lecteurs Occidentaux le véritable sens ésotérique.

Nous sommes à l'Âge de Kali, l'Âge de la Perturbation, l'Âge du Changement, le moment où l'humanité se trouve vraiment à la croisée des chemins décidant d'évoluer ou de régresser, décidant soit de s'élever, soit de s'abaisser au rang des chimpanzés. C'est ainsi qu'en cette époque, en cet Âge de Kali, je suis venu pour tenter d'apporter une certaine connaissance et peut-être faire une différence pour l'homme et la femme d'Occident en tentant de démontrer qu'il vaut mieux étudier et s'élever que de s'assoir tranquillement et s'enfoncer dans le bourbier du découragement.

Votre troisième question demande comment vous pouvez voir les Archives Akashique quand vous êtes dans l'astral ? Voici ma réponse :

Lorsque vous arriverez au plan astral après avoir quitté cette vie, vous irez naturellement dans la Salle des Souvenirs et vous verrez là tout ce qui vous est arrivé, non seulement durant la vie que vous venez de quitter, mais aussi durant les autres vies que vous avez précédemment vécues. Puis, il vous faudra décider, probablement avec l'aide de conseillers, ce que vous désirez faire afin de continuer à progresser. Vous pouvez décider que vous aussi, vous aimeriez aider d'autres personnes arrivant de la Terre. Dans ce cas, s'il est vraiment avantageux pour vous de voir le Registre Akashique pour pouvoir aider plus efficacement les autres, il vous sera alors donné la faculté de voir le Registre Akashique. Mais je dois vous dire que personne ne peut le consulter par simple curiosité.

Il existe de nos jours en Occident des gens qui font de la réclame assurant que, moyennant finance, ils feront le voyage dans l'astral (avec leur valise, je suppose !), qu'ils y consulteront le Registre Akashique, et reviendront avec tous les renseignements désirés. Eh bien, naturellement, cela est absolument faux. Ils ne consultent pas le Registre Akashique et je doute qu'ils parviennent jamais consciemment dans l'astral. Les seuls esprits qu'ils consultent sont ceux qu'on met en bouteille (Spirits = esprits, alcool — NdT). Aussi, je le répète, il vous est impossible de voir le Registre Akashique d'une autre personne, à moins qu'il ne doive en résulter un avantage bien précis POUR L'AUTRE PERSONNE.

Votre quatrième question, c'est, une fois de plus, une question fort sensée à laquelle je me plais à répondre parce que tant de personnes me la posent, tant de personnes sont inquiètes à ce sujet.

Votre question est : "Quelle est la meilleure position à adopter pour la méditation ? Je ne sais pas prendre la Position du Lotus et je ne sais pas m'assoir la colonne vertébrale droite."

Précisément ! Permettez-moi de vous dire ceci : pour respirer vous n'êtes pas obligé d'adopter une position spéciale, n'est-ce pas ? Si vous avez envie de lire un journal ou un livre, il n'y a pas lieu pour vous d'adopter une position particulière. Si vous voulez lire vous prenez une position qui vous mette à l'aise. Vous vous installez dans un fauteuil, ou bien vous vous allongez dans votre lit. Cela n'a aucune importance. Plus vous êtes à l'aise, plus vous avez d'agrément, mieux vous arrivez à assimiler ce que vous allez lire. Eh bien, les mêmes règles s'appliquent à la méditation. Maintenant, lisez attentivement ceci... La façon dont vous vous installez n'a pas le moins du monde d'importance. Asseyez-vous de n'importe quelle façon qui vous convienne. Couchez-vous si vous préférez. Et si vous avez envie de vous coucher roulé en boule, eh bien, faites-le. On se repose dans le seul but de se libérer de toute tension. Pour méditer avec succès, il faut que vous soyez libéré de toute tension, de toute distraction. Donc, toute position qui vous convient, convient pour la méditation.

Et voilà ! Vous avez vos réponses. J'espère que vous en tirerez profit."

 

Le Vieil Auteur se renversa sur son lit, avec la satisfaction du travail bien fait : "Quelle formidable quantité de malentendus et d'idées fausses tout de même !" pensa-t-il. Puis il tendit la main et prit une autre lettre. Celle-ci venait tout droit d'Iran. Une des questions qu'elle posait trouve sa place ici. La voici : "À quoi bon dormir dans la Position du Lotus ? À part le fait que cela mortifie la chair, quel bien cela fait-il ?"

Ceci est vraiment un sujet des plus contrariants. Cela n'a vraiment absolument aucune importance du tout que l'on s'assoie dans la Position du Lotus ou que l'on s'étende sur le dos. La seule chose importante est que l'on soit à l'aise, car si l'on n'est pas installé confortablement, on éprouvera toutes sortes de tensions et de contraintes qui nous distrairont du repos et qui nous distrairont de la méditation. Voyons cela d'un peu plus près, voulez-vous ?

En Occident, les gens s'assoient sur des chaises. Quand ils vont au lit, ils reposent sur un machin mou pourvu de ressorts ou de quelque dispositif grâce auquel certaines parties de l'anatomie du dormeur peuvent s'affaisser, si bien que lorsque (pour le dire familièrement) le derrière de l'intéressé fait exagérément saillie, le sommier mou ou les ressorts mous laissent le derrière en question s'enfoncer dans le matelas et alors le poids est réparti plus uniformément. Le point important, c'est que dans le monde Occidental, les gens ont un système qui leur convient, c'est LEUR système, le système dans lequel ils sont nés ; si un Occidental a envie de s'assoir, il s'assied habituellement sur une sorte de plate-forme soutenue par quatre pieds et pourvue à l'arrière d'un appui vertical qui l'empêche de basculer. Presque depuis sa naissance, donc, l'Occidental est conditionné pour croire que sa colonne vertébrale doit être soutenue par autre chose, et c'est ainsi que les muscles qui normalement devraient garder sa colonne vertébrale droite se développent peu ou s'atrophient.

Il en va de même pour pour les jambes, pour leurs articulations, etc. L'Occidental est conditionné pour que ses jambes se tendent selon un certain angle et se plient selon un certain angle à partir des genoux, et dans toute autre position, il se sent, naturellement, mal à l'aise.

Maintenant, considérons ce qui se passe en Orient, au Japon d'abord. Là, avant d'entrer dans une maison, on enlève ses chaussures, on pénètre dans une chambre et on s'assoit par terre. Or, la seule manière de s'assoir confortablement sur le plancher, c'est de croiser les jambes et une variante de la position jambes croisées est appelée la Position du Lotus.

Tout au long des nombreuses années de sa croissance, le Japonais s'est aperçu que s'il empoigne ses chevilles et fait le mouvement qui consiste pour ainsi dire à faire un noeud avec ses jambes, alors il se sent tout à fait à l'aise. Il est installé sur une bonne fondation solide et comme il y a été conditionné dès l'enfance, il ne subit ni tension, ni inconfort, ni désagrément. Il se rend compte aussi que sa colonne vertébrale est naturellement droite. Or, cela est dû tout simplement à cette posture.

Prenez un Japonais qui n'a jamais vu les dispositifs Occidentaux et faites assoir le pauvre diable sur une chaise d'Occident, il se sentira extrêmement mal à l'aise. Cela lui donnera des maux et des douleurs à toutes les parties les plus sensibles et, dès qu'il lui sera possible de le faire décemment, il se glissera en bas de la chaise et se laissera tomber sur le plancher dans sa position accoutumée.

Si l'on prend un Occidental et qu'on l'introduise dans la société japonaise où il devra s'assoir jambes croisées sur le plancher, il sera au supplice. Ses articulations n'ont pas été exercées en vue de cette position particulière si bien que, d'abord, il pense qu'il va se déchirer et ensuite, quand le moment est venu de se lever, il se rend habituellement compte qu'il ne le peut pas. C'est en effet un spectacle divertissant que celui d'un vieil Allemand bien gras qui s'est assis jambes croisées et essaie de se relever. Généralement, il bascule en avant tête première, mais heureusement ses mains le sauvent en arrêtant sa chute. Après quoi il s'efforce, non sans gémir bruyamment, de plier les genoux sous lui ; et finalement, après avoir poussé des cris de douleur, des soupirs et des exclamations gutturales, il réussit à se redresser en même temps qu'il étreint son dos et que son visage exprime la pire angoisse.

En Extrême-Orient, s'assoir jambes croisées est chose ordinaire et quotidienne. En Occident, c'est une culture tournée vers l'argent et la possession des biens matériels qui s'est développée. L'Occidental pense davantage à ‘aujourd'hui’ — se préoccupe davantage d'acquérir des biens sur cette Terre — et c'est ainsi que tout ce qui symbolise le rang social devient objet de désir. Aux temps anciens, les rois, les empereurs, les pharaons, et toutes les personnalités de ce genre siégeaient sur des trônes. Et c'est ainsi que les gens du commun s'approprièrent quelques morceaux de bois, les mirent en forme et en firent des trônes ou des sièges en miniature. Mais voilà que Mme Smith en vint à désirer une plus belle chaise que celle de Mme Brown, et la recouvrit d'une jolie étoffe. Toutefois, Mme Jones voulut quelque chose de mieux : elle était tellement décharnée qu'elle sentait constamment ses os en s'asseyant ; aussi fit-elle rembourrer de laine l'étoffe tendue sur sa chaise et voilà comment elle fut la première à posséder une chaise capitonnée.

En Extrême-Orient, les gens ne s'occupaient pas tellement d'argent ; ils ne se souciaient pas tellement de posséder des biens matériels. Ils s'efforçaient par contre d'accumuler des trésors pour le paradis ou pour l'équivalent local de cet état posthume. Et en fait, ils étaient très contents de s'assoir par terre. C'est ainsi que, dès la naissance, ils ont été habitués à s'assoir par terre. Leurs articulations sont plus souples, leurs muscles sont préparés à cela.

En Inde, le Sage s'assied sous les arbres dans la Position du Lotus. Il doit bien le faire, le pauvre malheureux, vu qu'il n'a pas de chaise auprès de lui et d'ailleurs il n'a probablement jamais entendu parler non plus de cannes-sièges !

Arrivent les Occidentaux : ils voient un vieux bonhomme assis sous un arbre et le prennent pour un sage, car ils confondent son attitude avec l'acquisition de la sagesse. Alors, voilà un stupide individu qui a peut-être vu une photographie de l'Inde ou quelque chose de ce genre et il se met à écrire tout un livre sur le yoga parce qu'il en a entendu parler par un ami ou parce qu'il a vu une émission à ce sujet à la télévision (l'Auteur, soit dit en passant, n'a pas de poste de télévision, il n'a jamais souscrit à la croyance en la Boîte aux Idioties).

Les auteurs ont causé un tort incommensurable aux véritables enseignements métaphysiques. Des auteurs, sans la connaissance réelle de ces choses, ont copié les ouvrages des autres en les modifiant quelque peu afin de ne pas commettre une infraction réelle aux droits d'auteur. Et là encore, de nombreux auteurs en veulent à celui qui paraît être un nouveau venu et qui connaît vraiment son affaire par expérience de première main. C'est ainsi que des auteurs — ceux qui copient sans savoir de quoi il s'agit — doivent être considérés comme responsables de l'interprétation complètement fausse qui est couramment donnée aux termes ‘Yoga’ et autres similaires. Beaucoup de ces auteurs pensent qu'il faut être malin et font précéder leur nom du mot Sri. Exactement la même chose que celui qui met Mr à son nom quand il réside dans les milieux Occidentaux. Si ces auteurs, ces poseurs, avaient quelque notion de ces choses, ils ne seraient pas si complètement stupides pour copier des termes qu'ils ne comprennent pas le moins du monde.

Nombre d'interprètes et de traducteurs ont essayé de prendre des livres de l'Extrême-Orient et de les traduire en anglais, en français ou en allemand, mais cela est absolument dangereux à moins que le traducteur n'ait une connaissance remarquablement solide des deux langues et des concepts métaphysiques. Par exemple, beaucoup de concepts Orientaux ne sont que cela — des concepts. Ce sont des abstractions et elles ne peuvent être traduites en termes concrets à moins qu'une personne n'ait vécu dans les deux cultures.

Nous en revenons ainsi à la Position du Lotus. La Position du Lotus est simplement une façon de s'assoir que l'Indien ou le Japonais ou le Tibétain trouvent commode et confortable. Il ne se sentirait pas aussi à l'aise sur une chaise et donc il n'utilise pas une chaise. De même, un Occidental n'arrive pas à s'accommoder aussi bien de la Position du Lotus parce que celle-ci ne lui est pas naturelle.

Les gens du cirque savent très bien que pour devenir un bon acrobate il faut être exercé ou s'exercer, pour ainsi dire, dès la naissance. Il faut entraîner les membres à se plier plus fort qu'ils ne le font normalement, car l'Occidental moyen n'a qu'une gamme de mouvements des os très limitée. Par contre, l'Oriental est, comme on le dit habituellement, désarticulé ; plus exactement, il est mieux entraîné au mouvement des os. Pour un Occidental d'âge, disons, moyen, il est très dangereux d'essayer d'exécuter n'importe lequel des exercices physiques qui sont choses absolument banales pour un Oriental. Il est extrêmement dangereux pour un Occidental d'essayer de s'assoir en Position du Lotus, lorsque les articulations etc. sont devenues raides.

La personne qui m'a posé cette question venant directement d'Iran m'a soumis également une autre question à propos du Ho Tai, qui est le symbole du Bon Vivant.

Eh bien, naturellement, le Ho Tai est simplement un exemple parmi les Mille Bouddhas. En Extrême-Orient, on recourt à des concepts au lieu d'employer des termes concrets. Les gens n'adorent pas des idoles, ils n'adorent pas une statue du Bouddha. Les statues agissent simplement comme stimulants à certains genre de pensées. Par exemple, un Ho Tai est un vieillard d'aspect agréable, à grosse bedaine, assis dans la Position du Lotus. Maintenant, cela ne signifie nullement que vous devez, vous aussi, vous assoir dans la Position du Lotus. Cela veut simplement dire que ce charmant vieillard à la grosse bedaine n'avait pas de chaise ; et si on lui en avait fourni une, il ne s'y serait pas installé, car il ne se serait pas senti à l'aise sur une chaise. Ainsi il est assis dans la position la plus appropriée pour l'entraînement subi par son anatomie — jambes croisées ou Position du Lotus.

Le Ho Tai, donc, est simplement une figure parmi de nombreuses autres, statues, peintures ou représentations des différentes phases de l'humanité. On peut dire qu'atteindre à l'état de Bouddha est accessible à tous, peu importe que vous soyez un roi ou une personne du commun, peu importe votre condition sociale, peu importe que vous soyez riche ou pauvre. Vous pouvez atteindre l'état de Bouddha quelle que soit votre situation dans la vie. La seule chose à considérer est celle-ci — comment vivez-vous ? Vivez-vous conformément à la Voie Moyenne, vivez-vous conformément à la règle en vertu de laquelle vous vous conduisez comme vous voudriez que les autres se conduisent envers vous ? Si oui, vous êtes alors sur la voie qui mène à l'état de Bouddha.

Cette affaire de Bouddha est si souvent mal comprise, tout comme le Yoga, le Yogin, le Lotus, etc. LE Bouddha était Gautama. Son nom était Gautama. Peut-être serait-il utile de se référer à des termes chrétiens. Jésus était l'homme. D'après une autre conception, Jésus était ‘LE Christ’. On peut devenir semblable au Christ, mais vous ne seriez pas semblable à Jésus, n'est-ce pas ? De même, Bouddha est un état, un rang, un statut, le résultat final. Ce à quoi aspirait Gautama et ce en quoi Gautama évolua. C'est, en fait, un état d'évolution, et toutes ces différentes statues que nombre de gens ignorants appellent ‘idoles’ ne le sont pas du tout. Elles sont simplement des représentations, simplement des rappels qu'il est sans importance que vous soyez une personne austère (le Bouddha Serein) ou joviale (le Ho Tai), vous pouvez atteindre l'état de Bouddha pourvu que vous viviez vraiment selon la vraie croyance qui est la Voie du Milieu, et que Vous Traitiez les Autres comme Vous Voudriez qu'Ils Vous Traitent.

Le Vieil Auteur se renversa sur son lit, épuisé par l'effort que le travail lui avait imposé. Son état de santé avait régulièrement empiré. La preuve : l'incident avec la Police à la suite duquel, une fois de plus, une porte vers la liberté sur Terre lui avait été fermée. Et maintenant, il était fatigué d'écrire.

Il ouvrit le bon vieux récepteur à ondes courtes Eddystone et pendant quelques minutes il écouta les nouvelles du monde entier : d'Inde, de Chine, du Japon et de Russie. On aurait dit que partout dans le monde quelqu'un disait des choses peu aimables au sujet de tous les autres hommes. "Ah ! Mademoiselle Cléopâtre ! dit-il, du moins n'avons-nous pas la télévision, ce qui nous dispense d'assister à l'horreur des scènes occidentales où l'on joue du revolver et où s'étale toute cette pourriture. Je me demande pourquoi la télévision ne peut pas nous donner de bonnes informations au lieu de spectacles de sexualité, de sadisme et de péchés du même genre."

Mademoiselle Cléopâtre prit un petit air entendu. Elle pencha la tête, puis avec délicatesse commença à se laver une fois de plus, bien qu'elle fût déjà plus propre que n'importe quel humain. "Guv, dit-elle, d'un ton plutôt timide, n'avez-vous pas oublié quelque chose ?"

Le Vieil Auteur se plongea dans un monde confus de pensées, se demandant ce qu'il pouvait bien avoir oublié. Pourquoi Mademoiselle Cléopâtre était-elle si timide ? "Eh bien non, dit-il finalement, non, je ne crois pas avoir oublié quoi que ce soit, mais si tu penses que j'ai oublié quelque chose, eh bien, dis-le moi tout simplement et nous verrons ce que nous pourrons faire à ce propos."

Mademoiselle Cléopâtre se leva, s'avança le long de l'Auteur et s'assit sur sa poitrine dans sa position favorite qui lui permettait de lui parler à l'oreille. "Guv, vous avez précédemment, dans ce chapitre, fait allusion aux animaux qui parlent, vous avez évoqué les chimpanzés. Mais vous m'avez appris, auparavant, qu'il ne fallait jamais, jamais citer un extrait de livre sans donner le titre complet de l'ouvrage et le nom de son auteur. Ne l'avez-vous pas oublié cette fois ?"

Le pauvre malheureux Auteur faillit rougir, sauf que rougir est une vertu bien au-dessus de ses forces. Puis, il se pencha vers la Petite Chatte et dit : "Oui, Cléo, tu as parfaitement raison. Je vais maintenant remédier à cette négligence."

L'Auteur avait signalé les deux chercheurs — mari et femme — en les citant sous le nom de Gardner ; ces chercheurs enseignaient à un chimpanzé le langage par signes. Cette information était extraite des pages 170 et 171 du livre intitulé ‘Body language’ (Le langage du corps) par Julius Fast, publié chez M. Evans et Cie Incorp., New York.

Mademoiselle Cléo se dressa, bâilla, fit demi-tour et se mit à agiter délicatement le bout de sa queue en repassant le long du corps de l'Auteur ; puis elle se coucha en travers de ses chevilles. Il était évident qu'elle était hautement satisfaite d'avoir joué son rôle, car on avait reconnu ce qu'il fallait reconnaître. S'étant donc acquittée de sa tâche, elle se pelotonna confortablement et s'endormit. De temps en temps, ses moustaches frémissaient et se contractaient du plaisir que lui donnaient ses rêves purs et innocents.

 

CHAPITRE NEUF

 

Assise sous les rochers pleins d'ombre, la vieille femme sanglotait, déplorant sa détresse. Sans arrêt, elle se balançait et se jetait sur un sol implacable. Ses yeux étaient rouges, ses paupières gonflées et ses joues profondément ridées étaient rayées de poussière là où les larmes avaient tracé leurs sillons. La clarté du soleil, venue, semblait-il, d'un autre monde, projetait en travers de l'entrée de la caverne où s'abritait la vieille, de fortes ombres noires, barreaux d'ombre derrière lesquels semblait s'abriter son âme.

Au-delà de l'ouverture de la grotte, la rivière Yalu ruisselait sans trêve, descendant des hauteurs du Tibet, traversant l'Inde où elle formait le Gange sacré, puis se perdait dans la vaste mer, chaque goutte de ses eaux roulant comme une âme dans l'éternité. Les masses d'eau de la rivière grondaient et rebondissaient, contenues par les parois rocheuses, elles dévalaient encaissées dans d'étroits couloirs et plongeaient dans de profonds, profonds bassins avant de déborder et de se précipiter tumultueusement en avant.

Entre la paroi de la montagne et la turbulente rivière, serpentait un sentier aplani, durci et nivelé par le piétinement des hommes au cours de centaines d'années. À la vue de ce sol d'un brun rougeâtre, un observateur Occidental aurait pensé aux barres de chocolat, tellement la terre était brune et lisse. Les gros blocs de rocher, éparpillés de part et d'autre de la piste étaient, eux aussi, d'un brun roux, de cette couleur qui vient aux roches copieusement chargées de minerai. Dans un trou d'eau alimenté par une faible cascade qui dévalait le long de la paroi rocheuse, on voyait scintiller de minuscules pépites d'or, de l'or sorti du coeur de la montagne.

L'homme de grande taille et le petit garçon chevauchaient tranquillement sur le sentier tortueux qui serpentait continuellement tout contre la paroi rocheuse. Les petits poneys étaient fatigués car ils avaient cheminé tout au long de cette journée, depuis l'humble lamaserie d'où, à cette heure, tardive encore, les rayons du soleil brillaient au loin vers l'ouest. L'homme, vêtu de la robe safran d'un Lama, regardait autour de lui, cherchant un endroit propice pour camper.

L'entrée d'une grotte apparut indistinctement, masquée par les fleurs d'un massif de rhododendrons. Le Lama fit un geste et se laissa glisser à bas du poney. Le poney qui suivait s'arrêta derrière son compagnon et le jeune acolyte, surpris, glissa par-dessus la tête de sa monture. Le Lama décrocha son sac et se dirigea à grands pas vers l'entrée de la caverne.

La vieille femme gémissait, en proie au paroxysme de la souffrance et se balançait d'avant en arrière et d'arrière en avant. "De quoi souffrez-vous, Vieille Maman ?" demanda doucement le Lama. La vieille femme poussa un cri de terreur et d'un bond, se mit debout, puis retomba, le front au sol, à la vue du Lama. Celui-ci se pencha avec soin et aida la vieille à se relever : "Vieille Maman, dit-il, asseyez-vous près de moi et dites-moi ce qui vous tourmente à ce point. Peut-être pourrai-je vous venir en aide."

Le jeune acolyte arriva portant son ballot maladroitement devant lui. Il ne vit pas une arête de la roche, trébucha et s'étala par terre. La vieille femme le vit et soudain éclata en ricanements. Le Lama fit signe au garçon de les laisser et lui dit : "Nous allons camper ailleurs, surveille les poneys." Puis, se tournant à nouveau vers la vieille femme, il lui dit : "Maintenant, racontez-moi ce qui vous afflige à ce point."

La vieille joignit les mains et dit : "Oh ! Saint Lama, écoutez mon récit et venez-moi en aide. Vous seul pouvez me dire ce que je dois faire."

Le Lama s'assit auprès d'elle et lui fit un signe de tête d'encouragement en disant : "Oui, Vieille Maman, peut-être pourrai-je vous aider. Mais il faut d'abord me dire toutes vos difficultés. Mais, vous n'êtes pas de notre pays, n'est-ce pas ? Venez-vous du pays du thé ?"

La vieille fit un signe de tête affirmatif et répondit : "Oui, nous avons traversé pour venir au Tibet. Autrefois, nous travaillions dans une plantation de thé, mais nous ne nous plaisions pas là-bas ; certaines gens venus d'Occident nous traitaient si mal. Nous devions cueillir une énorme quantité de thé et toujours les patrons nous disaient qu'il y avait trop de tiges dans notre cueillette. C'est pourquoi nous sommes venus ici et nous gagnions de quoi vivre au bord de la route."

Le Lama la regarda pensif puis s'informa : "Mais, dites-moi, de quoi souffrez-vous maintenant ?"

La vieille joignit et desserra les mains : elle paraissait être en plein moment d'indécision. Enfin, elle se décida à parler : "Mon mari et mes deux fils vivaient ici avec moi. Nous nous débrouillions très bien en aidant les marchands à passer la rivière à gué un peu plus en aval. En effet, nous savons exactement où sont les pierres qui permettent de franchir le cours d'eau. Et nous avons disposé ces pierres si bien que nous savons parfaitement quel est pour les marchands le meilleur endroit pour traverser sans tomber dans la rivière et être emporté au-delà de la gorge. Mais, hier, mes deux fils et mon mari ont gravi la paroi de la falaise. Il nous fallait des oeufs et les oiseaux pondaient bien." La vieille femme se tut et fondit de nouveau en larmes. Pour la calmer, le Lama lui étreignit les épaules. Il lui pressa doucement d'une main la base du cou. Immédiatement, ses sanglots cessèrent et elle se rassit pour continuer son récit.

"Ils avaient trouvé une bonne quantité d'oeufs qu'ils portaient dans un petit sac en cuir. Et voilà, je ne sais pas exactement comment cela est arrivé — mon mari a glissé, un rocher a cédé sous son poids et le malheureux est tombé du haut de la paroi rocheuse." Elle s'arrêta de nouveau pour sangloter, puis secouant la tête comme pour en chasser de mauvais souvenirs, elle reprit : "Mon mari a culbuté et est venu heurter de la tête sur les roches d'en bas. Pauvre homme, ajouta-t-elle, sa tête a toujours été son point le plus faible. Il y a eu un horrible craquement et comme un bruit d'éclaboussement, exactement comme cela — plaf ! Puis un bruit comme si l'on marchait sur un vieux fagot de baguettes."

Le Lama fit un signe de tête pour manifester sa compassion et eut un geste pour encourager la femme à poursuivre son histoire.

"Mais, là-haut sur la falaise, mes fils étaient en grande difficulté. L'un d'eux, en essayant d'arracher le sac d'oeufs de la main de son père, a trébuché. Le second a tenté de saisir soit le sac d'oeufs, soit son frère — je ne sais lequel des deux — et il est tombé lui aussi, et puis il y a eu un petit glissement de rocher. Les deux garçons sont tombés et se sont abattus sur le roc là en bas, plouf ! plouf ! exactement comme cela !" Elle ricana d'un rire presque hystérique et le Lama fut quelque temps sans pouvoir la calmer. Enfin, elle fut en mesure de continuer son histoire.

"La manière dont ils se sont abattus ! Je ne pourrai jamais en chasser le souvenir. Il y a d'abord eu ce plouf ! pâteux, puis un bruit de craquement, d'éclatement ; et c'est ainsi que j'ai perdu mon mari et mes deux fils et même les oeufs qui étaient tous cassés. Maintenant, je ne sais que faire. La vie est si difficile ici !"

Elle se tut, renifla, et fit entendre un ou deux hurlements de douleur. Alors, elle dit : "Un marchand qui passait m'a aidée à les redresser un peu, mais c'était plutôt difficile, ils étaient comme des masses flasques, on aurait pu les rouler comme de vieux vêtements. Sans doute n'y avait-il pas un seul os intact dans tout leur corps. Soudain, alors que le marchand et moi-même étions là devant eux, voilà qu'une horde de vautours s'est abattue sur les cadavres et nous avons été saisis d'horreur en voyant de quelle manière ils se mettaient à l'oeuvre. Bientôt, beaucoup plus vite qu'on ne l'aurait cru possible, il ne restait plus que les os de mon mari et de mes deux fils, ils avaient été déchiquetés d'une façon incroyable."

Le Lama caressa délicatement la nuque de la pauvresse qui s'abandonnait de nouveau à une crise d'hystérie. Il toucha doucement la nuque de la femme et y exerça une légère pression. La malheureuse se redressa et ses joues se colorèrent à nouveau. "Vous m'en avez dit assez, déclara le Lama. Ne vous chagrinez plus."

"Non, Saint Lama, répondit-elle, je voudrais chasser tout cela de mon esprit, si vous voulez m'entendre jusqu'au bout."

"Très bien, alors. Dites-moi ce que vous désirez me dire et je vous écouterai", assura le Lama.

"Le marchand et moi-même, nous sommes restés là et je ne sais pendant combien de temps nous avons observé, remplis d'horreur et de crainte, tandis que les oiseaux nettoyaient les os réduits en morceaux. Puis — eh bien, nous ne pouvions pas laisser les os éparpillés sur le sentier, n'est-ce pas ? Nous les avons donc rassemblés dans un panier et nous les avons jetés dans la rivière. Le courant les a emportés pêle-mêle au-delà de la gorge. Maintenant, je n'ai plus de mari, je n'ai plus de fils, je n'ai plus rien. Vous, Tibétains, vous croyez aux Champs des Saints ; nous, nous croyons au Nirvana. Mais, je suis dans une grande détresse, je suis terrifiée. Je voudrais aussi quitter ce monde, je suis terrifiée."

Le Lama soupira, puis murmura un peu comme s'il se parlait à lui-même : "Oui, chacun désire arriver dans les Champs Célestes, mais personne ne désire mourir. Si seulement les gens pouvaient se rappeler que, bien que traversant la Vallée de l'Ombre de la Mort, ils ne subiront aucun mal s'ils ne craignent aucun mal." Puis, se tournant vers la vieille femme, il lui demanda : "Mais, Vieille Maman, vous n'allez pas encore quitter cette Terre. Qu'est-ce donc que vous craignez à ce point ?"

"De vivre ! s'écria-t-elle brusquement. De vivre ! Pourquoi continuer à vivre ? Il n'y a plus d'homme pour veiller sur moi. Comment vivre, comment me procurer de la nourriture ? Qu'est-ce qu'une femme seule peut faire dans ce pays, une femme vieille par-dessus le marché, une femme vieille que les hommes ne désirent plus ? Que puis-je faire ? J'espère mourir, mais j'ai peur de mourir. Je n'ai plus personne, je n'ai plus rien. Et quand je mourrai — eh bien, quoi alors ? Ma propre religion, qui est différente de la vôtre, m'enseigne que dans une autre vie — si vraiment il y a une autre vie — je serai réunie avec ma famille, nous serons de nouveau tous ensemble. Mais comment cela se peut-il, puisque si je continue à vivre pendant de nombreuses années, ma famille aura aussi vécu, mais loin de moi, ils auront tous vieilli. Je suis dans une grande détresse ; j'ai peur et je ne sais pas de quoi j'ai peur. J'ai peur de vivre et j'ai peur de mourir, j'ai peur de ce que je vais rencontrer de l'autre côté de la mort. C'est de ne pas savoir, voilà ce dont j'ai peur." Cédant à un mouvement impulsif, elle tendit la main et saisit celle du grand Lama. "Pouvez-vous me dire ce que je trouverai au-delà de la mort ? demanda-t-elle d'une voix tremblante. Pouvez-vous me dire pourquoi je ne me jetterais pas du haut de la gorge pour mourir comme mon mari est mort, comme mes fils sont morts ? Pouvez-vous me dire pourquoi je ne devrais pas faire cela afin d'être unie à eux ? Nous étions pauvres, nous étions de petites gens, mais nous étions, à notre manière, heureux ensemble. Nous n'avions jamais assez à manger mais nous nous débrouillions. Et maintenant, je suis une vieille femme seule — et je n'ai plus rien. Pourquoi, ô Saint Lama, ne mettrais-je pas un terme à ma détresse ? Pourquoi n'irais-je pas rejoindre ma famille ? Pouvez-vous me le dire, ô Saint Lama ?" La vieille femme tourna vers le Lama des yeux suppliants.

Celui-ci la regarda, plein de compassion, et dit : "Oui,Vieille Maman, il est possible que je puisse vous venir en aide par mon enseignement. Mais, d'abord, je me demande si vous avez eu à manger ou à boire aujourd'hui ? Qu'en est-il ?"

La pauvresse secoua la tête en silence. Ses yeux étaient noyés de larmes et injectés de sang, et ses lèvres tremblaient sous le coup d'une émotion contenue. "Nous allons prendre un peu de thé et de tsampa, dit le Lama, et, après cela, vous vous sentirez plutôt réconfortée de façon que nous puissions nous entretenir et que je puisse vous parler des choses que je sais être vraies." Il se leva et s'avança vers l'entrée de la petite grotte d'où il appela l'acolyte. "Ramasse du bois et allume un feu, dit-il. Nous allons d'abord prendre du thé et de la tsampa, puis toi et moi, nous aurons à parler à la Vieille Maman qui est là à l'intérieur. Il nous faudra faire notre devoir et essayer de lui apporter le soutien de la vraie Religion."

Le jeune garçon se mit à errer parmi les grands rochers. Le bois ne manquait pas ici et le garçon se prit à souhaiter qu'il en fût de même dans la Vallée de Lhassa, à des milliers de pieds plus haut. Il vagabonda en ramassant le bois le plus sec et rassembla une pile des plus satisfaisantes.

Un peu plus haut, sur la crête d'une roche très pointue, il aperçut quelque chose qui suscita en lui un vif intérêt. Il grimpa avec précaution à environ cinquante pieds (15 mètres) de hauteur et tendit la main pour s'emparer de l'étrange objet qui avait éveillé son attention : une chose qui brillait et à laquelle étaient attachés des fils noirs. Saisissant l'objet, il recula horrifié à tel point qu'il perdit l'équilibre et dégringola le long de la paroi rocheuse. Il constata qu'il tenait dans sa main le sommet du crâne d'une victime. Glissant le long de la roche, il atterrit dans un rhododendron qui amortit sa chute. En même temps, il avait brisé de nombreuses branches, ce qui lui fit grand plaisir, car son travail en était diminué d'autant. Il retourna dans sa main crispée l'objet qu'il n'avait pas lâché malgré sa chute. Des cheveux noirs, un lambeau de peau et le sommet osseux d'un crâne. Laissant tomber le bois qu'il avait ramassé, il galopa jusqu'à la rivière et lança la chose loin vers le bord de la gorge. Pour la forme, il plongea ses mains dans l'eau afin de les rincer puis les secoua pour les sécher tout en courant ramasser son bois.

Lourdement chargé, il retourna à un endroit près de l'entrée de la grotte et là, il arrangea une pile bien ordonnée de petits bois et un petit tas d'amadou. Faisant jaillir des étincelles avec un silex et de l'acier, il essaya de mettre le feu à l'amadou qui s'était humecté dans ses mains encore mouillées.

A l'entrée de la grotte, le Lama et la vieille femme observaient le manège du jeune acolyte. Le Lama souriait en voyant sa performance, mais la vieille femme dont l'estomac gargouillait de faim se mit à répéter ‘tchek, tchek, tchek’ et, oubliant ses chagrins, elle courut à la petite pile de bois. Elle était, maintenant, redevenue la parfaite ménagère qui allait apprendre à ce jeune homme comment on allume un feu. Elle préleva de l'amadou sec dans sa maigre provision et fit jaillir toute une gerbe d'étincelles brillantes. Puis, elle s'agenouilla et souffla fort, et fort, et encore plus fort jusqu'au moment où l'amadou rougeoyant prit feu brusquement et les flammes se tendirent avec avidité pour embraser les petites brindilles entassées au-dessus d'elles. La femme rayonnante de fierté se précipita dans la grotte chercher une cannette déjà rempli d'eau.

Le jeune acolyte la regardait d'un air morose, se demandant pourquoi les femmes interviennent toujours dans les choses que les hommes font d'une façon magnifique. Pourquoi les femmes se mêlent-elles toujours de tout, cueillant les fruits du pénible travail des hommes, s'appropriant tout le mérite, tout le bon Karma ? Irrité, le jeune garçon chassa une pierre à coups de pied, puis il s'engagea à nouveau péniblement parmi les rochers pour rassembler une nouvelle charge de bois à brûler. "Je ne sais comment cette vieille femme économisera le bois à brûler, pensa-t-il en lui-même, je ferais vraiment mieux d'en stocker une bonne quantité, cette fois-ci."

Là-haut, au pied d'un grand rocher qui surplombait le chemin, le garçon découvrit un bol et une petite boîte d'amulettes. Il trouva aussi un morceau de chiffon en lambeau. En l'examinant, il s'aperçut qu'il s'agissait de l'un des pièges à démon sacrés. En y réfléchissant plus soigneusement, il se rappela qu'un certain nombre de ceux-ci avaient été volés, et ce qu'il avait entendu dire lui revint à l'esprit. "Oh oui ! pensa-t-il, un des moyens que les gens ont de s'enrichir en volant des objets et en les faisant passer en fraude en Inde pour y être vendus comme souvenirs aux Occidentaux." Il bourra le devant de sa robe en y entassant le bol, la boîte d'amulettes et le morceau d'étoffe en lambeau. Puis, ouvrant tout grands les bras, il saisit le gros fagot de bois et redescendit le sentier d'un pas mal assuré, car il lui était impossible de voir où il mettait les pieds.

La vieille femme s'occupait toujours du feu et, comme le pauvre garçon s'en doutait, elle empilait le bois comme si elle avait à sa disposition tout un régiment de moines et non un seul petit garçon pour lui procurer du combustible. Le garçon laissa tomber sa charge de bois près de la femme, non sans espérer la voir trébucher et tomber dans le feu, de façon à ne plus devoir travailler aussi fort. Puis, se détournant, il se dirigea vers le Lama et lui montra le bol, la boîte d'amulettes et les lambeaux d'étoffe. "C'est à moi, c'est à moi, cela appartenait à mon mari", cria la vieille femme qui sauta sur ses pieds aussi vite que si elle faisait de la lévitation. Bondissant en avant, elle arracha les objets des mains du garçon et les contempla avidement. "La seule chose que j'aie maintenant au monde pour me souvenir de lui." Disant cela, elle enfouit les objets dans son corsage, puis elle retourna vers le feu, les yeux ruisselants de larmes.

Le jeune acolyte regarda le Lama d'un air sombre et murmura : "Espérons qu'elle ne va pas jeter toute cette saleté dans la tsampa. Je n'ai jamais aimé de la tsampa gâchée." Le Lama se détourna et rentra dans la grotte afin de dissimuler l'hilarité qui menaçait de détruire sa gravité.

Bientôt, le Lama, le petit acolyte et la vieille femme se trouvèrent assis dans des pièces séparées pour manger la tsampa et boire le thé. En effet, ceux qui au Tibet sont dans les Ordres sacrés préfèrent, en général, manger seuls ou en compagnie de leurs intimes. La nourriture très peu abondante fut bientôt avalée, et le Lama, l'acolyte, et la vieille femme nettoyèrent leurs bols avec du sable fin, les rincèrent dans la rivière et les remirent dans leurs vêtements. Après quoi, le Lama dit : "Venez, Vieille Maman, asseyons-nous près du feu et voyons ce que nous pouvons faire pour discuter et résoudre vos problèmes." Il ramena ses compagnons devant le feu et jeta une poignée de baguettes sur le petit foyer qui crachotait. Le jeune acolyte regardait sombrement à la ronde, consterné en voyant avec quelle rapidité le bois se consumait. Le Lama leva les yeux en souriant et lui dit : "Oui, tu ferais mieux d'aller encore ramasser une charge ou deux de bois, il nous faut du feu ici. Allons, vas-y."

Le garçon se tourna de nouveau et partit à la recherche de bois et de n'importe quoi d'autre qui pourrait brûler. Le Lama et la vieille femme commencèrent à parler.

"Vieille Maman, dit le Lama, ma religion et la vôtre ont des formes différentes, mais toutes les religions conduisent à la même Maison. Peu importe ce que nous croyons, peu importe comment nous croyons, pourvu que nous ayons réellement la foi, car une vraie religion avec la discipline mentale et spirituelle qu'elle impose à ses fidèles est le seul salut pour notre peuple et pour le vôtre." Il s'arrêta, regarda son interlocutrice et reprit : "Ainsi, vous avez pensé à vous tuer, n'est-ce pas ? Eh bien, cela n'est pas une solution, vous savez. Si vous vous tuez, si vous commettez un suicide, vous ajoutez simplement à vos problèmes, vous ne les supprimez pas." La vieille femme leva les yeux vers le Lama, car celui-ci était de très haute taille et elle était toute petite. Elle regarda le Lama, les mains jointes. Se tordant les mains, elle dit : "Oh oui, dites, parlez-moi. Je suis ignorante. Je ne comprends rien du tout, je ne sais rien du tout. Mais oui, j'ai pensé à me tuer en me jetant du haut de la falaise pour être précipitée contre les rochers là en bas, comme mon mari et mes fils."

"Le suicide n'est pas une réponse, dit le Lama. Nous sommes venus sur cette Terre dans le but d'apprendre, dans le but de faire évoluer notre âme immortelle. Nous sommes venus sur cette Terre pour affronter certaines conditions, peut-être les épreuves de la pauvreté, peut-être les grandes tentations qui assaillent les riches ; car, ne croyons pas que l'argent et les biens matériels libèrent l'homme des soucis. Les riches aussi meurent, les riches aussi tombent malades, les riches aussi souffrent de soucis et de persécutions et d'une multitude de souffrances et de problèmes que les pauvres ne connaissent pas. Nous arrivons sur cette Terre et nous choisissons notre rôle suivant la tâche que nous avons à accomplir, et si nous commettons un suicide, si nous nous tuons, nous sommes comme un bol brisé ; or, si vous brisez votre bol, Vieille Maman, comment allez-vous manger ? Si vous brisez votre silex et votre pièce d'acier, impossible de provoquer une étincelle pour enflammer l'amadou ; comment survivrez-vous dans ce cas-là ?"

La vieille femme fit un signe de tête muet comme pour marquer son complet accord et le Lama continua :

"Nous arrivons sur cette Terre en sachant d'avance quels seront nos problèmes, en sachant quelles épreuves nous aurons à subir, et si nous nous suicidons, nous manquons aux dispositions que nous avons nous-mêmes prises en vue de notre progrès personnel."

"Mais, Lama, dit la vieille femme au comble de l'exaspération, nous pouvons savoir de l'Autre Côté les dispositions que nous prenons, mais pourquoi ne les connaissons-nous pas quand nous sommes sur cette Terre, et si nous ne savons pas pourquoi nous sommes ici, comment peut-on nous reprocher de ne pas faire ce que, selon vos dires, nous sommes censés faire ?"

Le Lama lui sourit et répondit : "En voilà une question ordinaire ! Tout le monde la pose. D'habitude, nous ne savons pas quelle tâche nous avons à faire sur cette Terre car, si nous le savions, nous consacrerions toute notre énergie à l'accomplir, sans nous occuper du dérangement que nous causerions à autrui. Nous devons accomplir notre tâche et en même temps venir en aide aux autres. Nous devons à tout moment vivre selon la règle ‘agis comme tu voudrais que l'on agisse envers toi’, et si dans notre hâte égoïste à achever une tâche donnée nous empiétons sur les droits d'autrui, alors nous nous créons simplement des tâches supplémentaires que nous devrons accomplir. C'est pourquoi il vaut mieux que la majorité des gens ignorent la tâche qui leur incombe, qu'ils ne la connaissent pas aussi longtemps qu'ils sont sur Terre."

La conversation fut interrompue par un cri du jeune acolyte. "Regardez ! Regardez ! s'écriait-il, regardez ce que j'ai trouvé." Il accourait portant dans ses mains une statuette en or. Le poids en était considérable et il devait la porter avec précaution de peur qu'elle ne lui tombe sur les pieds.

Le Lama se leva en jetant un regard sur la vieille femme. Le visage de celle-ci avait pris une teinte verdâtre, elle était bouche bée, les yeux écarquillés. Elle semblait la proie d'une véritable terreur. Le Lama prit la statue des mains du garçon. Puis, la retournant, il en examina la base et y aperçut une marque. "Ah ! dit-il, c'est une des statuettes volées là-haut dans la petite lamaserie. Des voleurs y ont pénétré par effraction et voilà un des objets qu'ils ont dérobées." Il se retourna vers la vieille qui bégayait de frayeur. "Je vois, Vieille Maman, dit-il, que vous ne saviez rien à ce sujet. Je vois que vous soupçonniez votre mari et vos deux fils de faire des choses qu'ils n'auraient pas dû faire. Je vois que, malgré vos soupçons, vous n'étiez certaine de rien et que vous n'avez pris aucune part à cela. Aussi, n'ayez aucune crainte. Vous ne serez en aucune façon punie pour ce qui est le péché d'un autre."

Il se tourna alors vers le jeune garçon et dit : "Il devrait y avoir une plus grande quantité d'or. Il devrait y avoir aussi des pierres précieuses. Retournons à l'endroit où tu as découvert cette statue ; nous regarderons de tous côtés pour voir si nous pouvons trouver le reste des objets qui ont disparu."

La vieille femme bégayait, balbutiait et réussit finalement à prononcer quelques paroles : "Oh, Grand et Saint Lama, je savais que mon mari et mes deux fils faisaient quelque chose au pied de ce rocher, dit-elle en indiquant l'endroit en question. Je ne savais pas à quoi ils étaient occupés, je ne le leur ai pas demandé, mais je les ai vus là-bas, et c'est tout près du lieu où ils sont tombés."

Le Lama fit un signe de tête et, en compagnie du jeune garçon, il se dirigea vers l'endroit en question. "Mais, dit le jeune acolyte, c'est exactement là que j'ai fait ma trouvaille. La statue émergeait légèrement du sable et donc je l'ai ramassée." Lama et acolyte s'agenouillèrent et, s'aidant de pierres plates, ils se mirent à creuser le sol sableux. Bientôt, ils heurtèrent quelque chose de dur. Et les voilà qui, fouillant délicatement la terre avec leurs doigts, dégagent un volumineux sac en cuir qui contenait, à leur grande joie, des pierres précieuses et des petites pépites d'or. Ils continuèrent à fouiller le sol de leurs mains, pour voir si rien ne leur avait échappé. À la fin, le Lama se déclara satisfait d'avoir recouvré la totalité des objets volés. Ils se relevèrent et retournèrent au coin du feu où la vieille femme était toujours assise.

"Demain, dit le Lama, vous rapporterez ces objets à la lamaserie. Je vous chargerai d'un message écrit à remettre à l'Abbé et celui-ci vous donnera une somme d'argent en récompense de la restitution de ces articles. Dans ma note, je dirai clairement que vous n'étiez nullement coupable dans cette affaire. Grâce à l'argent que vous recevrez, vous aurez de quoi faire le voyage de retour dans votre ancien pays d'Assam où vous retrouverez peut-être des parents ou des amis avec qui vous pourrez vivre. Maintenant, discutons vos autres problèmes, car les choses de l'esprit doivent avoir le pas sur les choses de la chair."

"Saint Lama, dit le jeune acolyte, ne pourrions-nous pas refaire du thé pendant que vous parlez ? J'ai très soif après tout ce dur travail et toute cette agitation. J'aimerais boire du thé."

Le Lama se mit à rire et ordonna au garçon d'aller chercher de l'eau à la rivière et, oui, ils allaient boire du thé frais.

"Vieille Maman, demanda-t-il alors, quel est cet autre sujet qui vous tracasse tellement ? Vous m'avez parlé de l'éventualité d'être unie à votre famille ?"

La vieille femme renifla quelque peu, de chagrin et de crainte, puis elle dit : "Saint Lama, j'ai perdu mon mari et mes fils. Même s'ils ont commis un vol dans le temple, ils restent mon mari et mes fils. Je voudrais savoir si je les retrouverai dans une autre vie."

"Mais, bien sûr, répondit le Lama. Sans doute, une cause de beaucoup de malentendus, c'est le fait que, sur Terre, les gens se figurent que les choses sont toujours les mêmes. Les gens n'aiment pas le changement. Ils n'aiment pas que quoi que ce soit soit différent. Les choses sont différentes de l'Autre Côté. Ici, sur cette Terre, vous aviez votre mari, puis vous avez eu votre fils, un bébé. Plus tard, vous avez eu un second bébé. Les bébés ont grandi, sont devenus des petits garçons, puis ils sont devenus des jeunes hommes ; ils n'étaient plus les mêmes, ils avaient grandi. C'est ainsi sur Terre parce que vous êtes venue sur Terre et ils sont venus sur Terre pour que vous soyez tous ensemble. Mais votre fils sur cette Terre peut ne pas être votre fils dans la prochaine vie. On vient sur Terre pour vivre un épisode, jouer un certain rôle, accomplir une certaine tâche. Ici, vous êtes venue comme femme, mais de l'Autre Côté de la vie il est possible que vous soyez un homme et que votre mari soit la femme."

La vieille femme regardait le Lama d'un air hébété. Visiblement, elle n'y était pas du tout. Évidemment, ce que disait le Lama dépassait sa compréhension. Il s'en aperçut et reprit :

"En Assam, quand vous étiez jeune fille, vous avez probablement vu jouer, au théâtre, des pièces concernant la fertilité du sol, à propos de Mère Nature. Les acteurs étaient des gens que vous connaissiez, et pourtant quand ils entraient en scène pour jouer leur rôle, ils ressemblaient à d'autres personnes, ils étaient maquillés, costumés pour ressembler à d'autres personnes, pour ressembler à des Dieux et à des Déesses et il vous était impossible de les prendre pour ce qu'ils étaient dans la réalité. Sur la petite estrade, ils exécutaient leur pièce, prenaient des poses, mimaient des attitudes, puis quittaient la scène, pour reparaître peu après, parmi vous, tels que vous les connaissiez bien. Désormais, ils n'étaient plus les Dieux, les Déesses, les Démons de la pièce de théâtre ; ils n'étaient plus que des hommes et des femmes qui vous étaient parfaitement connus, vos amis, vos voisins et vos parents. Il en va de même ici sur cette Terre. Vous y jouez un rôle, vous êtes une actrice. Ceux qui sont venus sur Terre comme étant votre mari et vos fils étaient des acteurs. La pièce finie, à la fin de votre vie, vous repartirez et vous redeviendrez ce que vous étiez avant votre arrivée sur ce théâtre qu'est la Terre, et les gens que vous rencontrerez de l'Autre Côté sont les gens que vous aimez car vous ne pouvez y rencontrer que ceux qui désirent vous rencontrer et ceux que vous désirez rencontrer. Vous ne pouvez y rencontrer que ceux que vous aimez. Vos fils, vous ne les verrez pas petits bébés ; vous les verrez tels qu'ils sont en réalité. Néanmoins, vous serez en famille car les gens y viennent en groupes et qu'est-ce qu'un groupe sinon une famille ?"

 

CHAPITRE DIX

 

Ainsi, la fin de la semaine est arrivée comme arrivent toujours les fins de semaine. Le Vieil Auteur pousse un soupir de soulagement à la pensée qu'il n'y aura pas de courrier aujourd'hui, car le samedi est le jour où, à Montréal, il n'y a pas de distribution postale. Donc, tandis que les postiers grassement payés se reposent dans leurs petites maisons de campagne ou bien sont en train de pêcher à bord de leurs bateaux, le Vieil Auteur s'étend dans son lit et considère d'un air grincheux toutes les questions auxquelles il doit encore répondre. En voici une qui revient à maintes reprises :

"Pour moi, la chose la plus importante est de savoir où je vais. Une fois qu'un homme est né, vous affirmez que c'est quelque chose comme une mère donnant naissance à un enfant, mais la Corde d'Argent reste toujours attachée. Vous déclarez que le Sur-Moi représente les neuf dixièmes du subconscient de l'Homme, ou, pour ainsi dire, l'homme dans les coulisses. Très bien, s'il en est ainsi, venons-en à l'homme. Il commence par être limité à un dixième de son être et, par conséquent, il va et vient dans les ténèbres pendant la plus grande partie de son existence. L'homme meurt (il a exécuté sa tâche pour le Sur-Moi), la Corde d'Argent se rompt, et il est réduit à lui-même. QU'EST-CE QUE LE SUR-MOI LUI DONNE POUR SES EFFORTS ?"

Bon, très bien, venons-en à cela. Oui, c'est une question à laquelle on peut répondre. Mais il faut vous rappeler que le Sur-Moi est le réel VOUS, et il est — en ce qui concerne les conditions de la Terre — aveugle, sourd et statique, mais bien sûr pour autant que cela concerne ce bas Monde, exclusivement. Le Sur-Moi désire savoir à quoi les choses ressemblent sur cette Terre, il désire éprouver au plus vite les sensations, car dans le domaine où le Sur-Moi vit normalement, les choses bougent au rythme d'environ mille ans, au lieu d'un jour. Voilà pourquoi dans une hymne chrétienne, il y a ce passage qui compare mille ans à un clin d'oeil. Mais de toute façon, on peut comparer le Sur-Moi au cerveau d'un humain. Le Sur-Moi oblige un humain, ou plus qu'un seul humain, à faire certaines choses et à ressentir certaines choses, et toutes les sensations sont relayées au ‘cerveau’ Sur-Moi, qui alors indirectement jouit ou souffre de ces sensations.

Nous avons des difficultés, vous savez, parce que sur cette Terre, nous avons affaire à trois dimensions seulement et uniquement avec des termes à trois dimensions. Alors, comment assimiler des concepts qui exigent peut-être neuf dimensions ?

Vous demandez quelle sorte de récompense le Sur-Moi accorde à l'homme pour toutes les expériences qu'il a effectuées ; mais, en retour, on peut vous poser une bonne question. La voici : quelle récompense donnez-vous à vos doigts pour avoir tourné un bouton et vous avoir ouvert une porte ? Quelle rémunération accordez-vous à vos pieds pour vous avoir transporté dans une autre pièce de la maison ou dans votre voiture, ou bien pour vous avoir fait avancer et monter à l'étage ? Comment rétribuez-vous vos yeux pour avoir envoyé à votre cerveau ces belles images ? Rappelez-vous : si ‘vous’ êtes le cerveau et si vous dépendez de vos mains, de vos pieds, de votre nez et de vos yeux, tous ces organes de leur côté dépendent de vous pour exister. Si vous n'existiez pas, ces mains, ces pieds, ce nez, ces yeux, n'existeraient pas davantage. Il s'agit d'un effort de complète co-opération. Quand vos doigts allument une cigarette, ils ne jouissent pas de la fumée. Peut-être qu'une autre partie de ‘vous’, y trouve un agrément ; mais, de toute façon, quand vos doigts allument une cigarette, aucun autre de vos organes ne récompense ces doigts en leur disant des mots aimables ou en leur faisant des cadeaux coûteux en guise de remerciement. Mais, même si ‘vous’ désiriez récompenser ces doigts, comment vous y prendriez-vous ? Que pourriez-vous donner aux doigts qui leur plaise et les rémunère adéquatement ? Et si le réel ‘vous’ est le cerveau, comment le cerveau qui dépend de ces doigts, va-t-il agir pour récompenser ces doigts ? Faites-vous en sorte que la main gauche offre un cadeau à la main droite et qu'ensuite la main droite offre, en retour, un cadeau à la main gauche, ou bien quoi ? Gardez toujours à l'esprit que les doigts dépendent du cerveau pour la direction, les doigts dépendent de ‘vous’. Dès lors, il n'y a pas de récompense car, de même que les doigts et les orteils font partie de l'ensemble du corps, ainsi VOUS êtes simplement une partie de l'organisme entier qui constitue les extensions du Sur-Moi. Ici, sur cette Terre, vous êtes simplement une extension d'une façon comparable à ceci : vous passez un bras par la fenêtre et vous sentez des choses qui sont dans la chambre, une chambre qui est hors de portée de votre vue. Ainsi voilà. Vous travaillez pour vous-même. Tout ce que vous faites ici profite à votre Sur-Moi et, par là, vous profite à vous-même puisque vous êtes la même chose ou une partie de cette chose.

Le même questionneur propose un autre problème appartenant au même ordre d'idée. Voici :

"Si l'homme en question doit être réincarné, retourne-t-il au même Sur-Moi ou en reçoit-il un nouveau ? Est-il une sorte de partie permanente du Sur-Moi ? L'homme est-il soudainement doté des autres neuf dixièmes de la conscience, ou bien qu'arrive-t-il ?"

Voici la réponse. Bien, votre question est, en fait, celle-ci : est-ce le même corps ou esprit qui vient du Sur-Moi ? Supposons que vous vous fassiez une coupure à la main. Vous ne recevez pas, pour autant, une main nouvelle, n'est-ce pas ? La main, ou plutôt la coupure, guérit parce qu'elle fait partie de votre personne, parce que votre cerveau lui impose la guérison ; celle-ci se produit par la jonction des deux lèvres de la blessure. Les gens sont des entités complètes et c'est ainsi que votre Sur-Moi peut faire en sorte que des extensions de son être viennent sur Terre et ces extensions — humaines — sont une chose qui peut se comparer aux tentacules d'une pieuvre ; coupez un de ces tentacules et il recommencera à croître.

Bonté divine ! Que de confusion à propos de cette affaire de Sur-Moi ! Mais la question aura été quelque peu élucidée dans une partie précédente de ce livre. S'il est possible de jeter quelque lumière supplémentaire sur la question, supposons qu'il existe une grande entité dotée de pouvoirs que nous ne comprenons pas pour l'instant. Cette entité a la capacité de penser et, par là, de faire en sorte que des extensions d'elle-même soient projetées partout où elle le désire — elles sont appelées des pseudopodes. Ainsi, notre Sur-Moi, restant à un seul endroit, a la capacité d'envoyer des extensions de son corps principal mais qui y restent toujours attachées, et à l'extrémité de ces extensions, il y a un noeud de conscience qui peut avoir connaissance des choses par le toucher, ou par la vue, ou par l'ouïe, noeuds de conscience qui reçoivent simplement sur des fréquences différentes.

Tout est vibration. Il n'existe rien sinon la vibration. Si nous pensons qu'un objet est immobile, en fait, il vibre à un rythme particulier. Si une chose est en mouvement, c'est qu'elle vibre à un rythme plus rapide. Et même si une chose est morte, elle continue de vibrer et elle se fragmente en fait en différentes vibrations au fur et à mesure que le corps se décompose.

Nous sentons une chose, qu'elle soit immobile ou en mouvement. Nous la touchons et nous la sentons parce qu'elle a une certaine vibration qui peut être reçue et interprétée par un de nos noeuds accordés à ce type de fréquence ; en d'autres termes, nous sommes sensibilisés au sens du toucher.

Un autre objet vibre beaucoup plus rapidement. Nous ne pouvons pas le sentir avec les doigts, mais nos oreilles perçoivent la vibration et celle-ci, nous l'appelons son. L'objet vibre dans cette gamme de fréquences qu'un noeud capable de recevoir des fréquences plus élevées peut capter comme un son aigu, un son intermédiaire, ou un son grave. À part cela, il existe une gamme de fréquences qui sont beaucoup plus élevées ; nous ne pouvons pas les toucher, nous ne pouvons pas les entendre, mais des noeuds encore plus sensibles appelés yeux peuvent recevoir ces fréquences ou vibrations et les transforment dans notre cerveau en une disposition précise et ainsi nous obtenons une image de ce qu'est la chose perçue.

Il en va à peu près de même en radio. Nous pouvons capter la bande AM qui est une vibration ou fréquence passablement grossière ou bien nous pouvons passer dans les bandes d'ondes courtes dont les fréquences sont beaucoup plus rapides et qu'un récepteur AM ne reçoit pas. Et nous pouvons aussi descendre (à moins que ce ne soit monter ?) aux fréquences FM, ou aux fréquences UHF avec lesquelles nous captons les images de télévision. Le récepteur radio pour la télévision ne captera pas le AM ou les ondes courtes, tout comme le récepteur AM ou celui à ondes courtes ne captera pas les images de la télévision. Voilà un exemple pris dans la vie de tous les jours et qui nous apprend comment nous pouvons produire des extensions capables de recevoir des vibrations de fréquence spéciale. De la même façon, le Sur-Moi produit des noeuds — pseudopodes — humains — pour capter des choses à propos desquelles le Sur-Moi désire être renseigné.

Voici une pensée affreuse pour vous. Quelque chose à vous donner la chair de poule avant d'aller dormir. Nous avons vu comment les hommes fabriquent des choses pour capter la radio AM, FM ou les ondes courtes. Supposons que votre Sur-Moi considère cette Terre comme étant simplement du AM ; alors, il peut produire des pseudopodes à fréquences supérieures, n'est-ce pas ? Ainsi parfois vous avez un cauchemar quand le pauvre vieux Sur-Moi subit des interférences de lignes croisées et que vous captez des impressions de monstres aux yeux exorbités, etc. Eh bien, ce genre de choses existe, vous savez.

L'Auteur saisit une autre lettre et frissonna. Il n'y avait pas de miroir à sa portée, mais s'il y en avait eu un, on aurait pu y voir que l'Auteur avait pâli, affreusement pâli. Et pourquoi ? Que pensez-vous de ceci ?

"J'ai une question et la voici : si une marionnette peut revêtir un corps mâle ou un corps femelle selon ce qu'elle désire apprendre, pourquoi considère-t-on toujours comme acquis le fait que l'entité qui fut le Dalaï-Lama s'incarnera toujours comme homme ? Même cette entité a sûrement besoin d'un changement pour être à même d'apprendre les choses en général plutôt que du seul point de vue masculin, et pourquoi une femme ne peut-elle jamais aspirer au poste le plus élevé du Lamaïsme ? Au Tibet où, si je ne me trompe, hommes et femmes sont égaux (ou, du moins, l'étaient avant l'arrivée des Chinois), pourquoi cette discrimination ?"

Une fois de plus, on peut en partie répondre à une question par une autre question. Voici une question qui peut venir en aide : tout au cours de l'histoire, où a-t-on jamais considéré une femme comme le Dieu Suprême ? Pouvez-vous, chers lecteurs, citer un seul cas où une femme ait été LE Dieu Suprême ? Oui, sans doute, il y a eu des Déesses, mais elles ont été ‘inférieures’ aux Dieux. Le Dalaï-Lama a, selon la croyance tibétaine, été un Dieu sur Terre, et donc, en tant que Dieu sur Terre être une Déesse sur Terre ne suffirait pas. Il est venu sous la forme d'un homme, parce que les choses qu'il devait accomplir exigeaient qu'il vînt sous une forme masculine. Mais comment savez-vous que le Sur-Moi du Dalaï-Lama n'a pas de marionnettes féminines ailleurs où elles apprennent d'autres choses ? En fait, il a eu de ces marionnettes. En fait, beaucoup de choses ont été apprises du côté féminin aussi.

Le présent Auteur perd patience à propos de certaines choses. Une de ces choses est la presse débile, et l'autre concerne le soi-disant ‘Mouvement de Libération des Femmes’. Cet Auteur particulier croit fermement que les femmes ont une tâche très importante dans la vie : élever la population future. Si les femmes voulaient seulement cesser de singer les hommes — car elles s'efforcent vraiment de singer les hommes et de porter le pantalon, oubliant que ça ne leur va pas — le monde serait alors un bien meilleur endroit. Cet Auteur croit que les femmes sont responsables de la plupart des problèmes qui existent dans le monde, parce qu'elles veulent sortir et être ‘libres’, comme elles disent à tort, au lieu d'accepter leurs responsabilités de mères. Les femmes disent qu'elles veulent être les égales de l'homme, mais ne le sont-elles pas ? Qu'est-ce qui est le plus important, un chien ou un cheval ? Ce sont des créatures différentes. Hommes et femmes sont des créatures différentes ; l'homme n'a jamais donné la vie sans l'aide d'une femme, disons, mais une femme peut donner la vie sans l'aide d'un homme, par parthénogenèse. Aussi, puisque le ‘Mouvement de Libération des Femmes’ veut un coup de pouce, pourquoi ne pas s'en vanter ?

Peut-il exister une preuve de plus grande égalité ou même de supériorité que le fait que les femmes ont la tâche de produire et d'élever la race future ? La coopération masculine en la matière ne dure que quelques minutes ; mais une femme — eh bien, elle devrait élever les enfants jusqu'à ce qu'ils soient capables de faire seuls leur chemin dans la vie, et la manière dont elle les élève, l'exemple qu'elle leur donne, déterminera la race future. Or, de nos jours, les femmes veulent filer à l'usine où elles ont l'occasion de parler de scandales, elles veulent travailler comme serveuses de restaurant, ou n'importe quoi sauf accepter la responsabilité pour laquelle la Nature les a qualifiées. La Libération des Femmes ? Je pense que celles qui encouragent le Mouvement de Libération des Femmes devraient recevoir une fessée — une solide !

Me voici amené à la question de savoir pourquoi les femmes n'aspirent jamais à la dignité la plus haute du Lamaïsme ? Parce que les femmes sont irrationnelles, voilà pourquoi, parce que les femmes ne peuvent pas penser clairement, voilà pourquoi. Parce que les femmes laissent emporter leur raison avec leurs émotions, voilà pourquoi. Si les femmes voulaient seulement cesser d'être de telles imbéciles et faisaient face à leurs responsabilités, le monde entier, l'Univers entier, serait alors un bien meilleur endroit.

Les femmes ont la tâche la plus importante de toutes : les femmes ont la tâche de rester à la maison, de fonder un foyer et de donner un exemple à suivre aux générations futures. Les femmes ne sont-elles pas assez grandes pour accomplir leur tâche ?

Une autre question : "Quel est le meilleur encens à utiliser ?"

Voilà une question à laquelle on ne peut répondre, car c'est à peu près la même chose que de demander : "Quel est le meilleur vêtement à porter ? Quelle est la meilleure nourriture à manger ?" On ne peut pas dire ce qui est le meilleur de quoi que ce soit, à moins qu'on ne sache dans quel but la chose est nécessaire. Pour que ma réponse ne soit pas entièrement négative, disons brièvement ceci : vous devriez essayer différentes espèces, diverses marques d'encens et c'est vous qui décidez quelle est la meilleure sorte pour VOUS quand vous êtes paisible, ou quand vous êtes irrité ou quand vous désirez méditer. Décidez ce qui VOUS convient le mieux dans ces diverses circonstances et faites une bonne provision des types désirés.

Il faut toujours se procurer de l'encens en gros bâtons. Le truc mince n'est pratiquement d'aucun usage. C'est comme pour une note de musique ; si cette note est ténue, fluette, cela vous irrite tout simplement, cela vous exaspère tout simplement, mais si vous avez une bonne note, une note qui a du corps, cela peut être apaisant, calmant ou stimulant. Donc, ne vous laissez jamais tromper à propos d'un mince bâton d'encens. Si vous utilisez cela, vous gaspillez votre argent. Vous devez choisir les bâtons plutôt que les poudres ou les cônes. Quant à savoir où se procurer la chose — eh bien, c'est une autre histoire. Mais, je vous en prie, soyez sûr qu'il n'existe pas quelque chose comme ‘l'Encens Rampa’. Lobsang Rampa ne soutient aucun fournisseur en particulier, il ne soutient aucune marque d'encens en particulier. Bien des gens ont publié des réclames criardes à propos de ‘Rampa Ceci’, ‘Rampa Cela’, mais Lobsang Rampa n'a aucune espèce d'intérêts financiers dans quoi que ce soit. Parfois, il y a une demande pour savoir où obtenir un certain livre ou d'autres objets, et alors un nom et une adresse sont fournis, mais il s'agit de fournisseurs ordinaires et ils n'ont absolument aucun lien avec Lobsang Rampa. D'autres firmes font de la publicité en affirmant qu'elles sont ‘Le Troisième Oeil Ceci’, ou bien ‘Quelque chose Cela’, mais une fois encore, je dois insister à propos de ces réclames : Lobsang Rampa n'en recommande aucune, il n'en favorise aucune, et il n'est pas nécessairement en relation avec aucune des firmes en question.

"Oh ! oh !" s'écrie le Vieil Auteur.

Mademoiselle Cléo s'était levée, dressait les oreilles et, ses moustaches pointant toutes droites vers l'extérieur, la petite chatte offrait l'image parfaite de la vigilance et de l'interrogation. Le Vieil Auteur lui sourit et dit : "Ohé ! Cléo, écoute ceci. Nous avons ici une lettre envoyée par un journaliste. Il s'agit d'un reporter de Presse du journal Untel, Untel... publié dans la ville de... Il est très fâché, Cléo, parce qu'il a lu un des livres de Rampa qui fait allusion à la lâcheté des journalistes. Il pense, quant à lui, que la Presse agit sous l'inspiration de Dieu, que les journaux ont le droit d'écrire tout ce qu'ils veulent à propos des gens, parce qu'ils accomplissent une tâche sacrée. Une tâche sacrée, tu entends cela, Cléo ? demanda le Vieil Auteur. Ce journaliste demande que Lobsang Rampa fasse une déclaration précise concernant la façon dont la Presse fait du mal. La Presse, affirme l'intéressé, ne fait que du bien."

La Presse pourrait, en effet, réaliser un bien immense. La télévision, aussi. Mais l'une et l'autre flattent bassement les émotions les plus viles de l'humanité : le sadisme, la sensualité, la superstition et les péchés de la même espèce. La plainte la plus grave qu'on puisse formuler contre la Presse c'est qu'elle se précipite pour publier des informations qu'elle ne prend pas la peine de vérifier. Le journaliste perçoit une rumeur et, immédiatement, le journal la publie comme étant un fait acquis. Si la rumeur est favorable, le journal la déforme en vue de publier du sensationnel et parce que le sadisme se vend mieux que n'importe quelle bonne nouvelle.

Les journalistes invoquent leur liberté — la liberté de la Presse — mais la liberté de l'individu, qu'en font-ils ? Si le journal doit être libre de publier tout ce qu'il veut, alors les gens dont il est question dans la Presse devraient se voir attribuer dans les colonnes des journaux une place équivalente afin de pouvoir réfuter les mensonges dont la Presse s'est faite l'écho. Au lieu de cela, à toute tentative de réfutation, la Presse extrait telle ou telle phrase de son contexte et publie des choses d'autant plus condamnables qu'elles paraissent émaner de la personne qui tente de se disculper. En fait, la réfutation du plaignant n'est plus alors qu'un fatras d'assertions prises au hasard, ou peut-être pas du tout au hasard ; peut-être les extraits sont-ils choisis et présentés avec la fourberie diabolique qui paraît être l'apanage des reporters de Presse.

Bien des gens attaqués par la Presse ne sont pas en état de se défendre. Charlie Chaplin, par exemple, a été attaqué, attaqué et encore attaqué par la Presse de la manière la plus injuste. Le Prince Philippe en est un autre exemple : lui aussi a été victime de pareilles agressions, sans avoir le moyen de se défendre. Qu'en est-il de la liberté de la Presse ? Mais que fait-on de la liberté d'expression des gens que les journaux attaquent ?

La Presse est cause de guerres et de haines raciales. La Presse ne publie que le sensationnel et ce qui est susceptible de susciter des troubles. Sans la Presse, il n'y aurait probablement pas eu de guerre au Viêt-nam. Il n'y aurait pas eu de guerre en Corée. Sans la Presse pour causer les haines de race, il n'y aurait pas tant de conflits entre les hommes de couleur différente, et maintenant — le Gouvernement des États-Unis connaît de graves ennuis à cause de la Presse. Celle-ci, contrairement aux désirs du Gouvernement, publie à la légère des choses qu'on devrait laisser reposer là où elles sont.

Chaque personne a des choses qu'elle désire garder secrètes. Chaque personne a des choses qui sont parfaitement en ordre au sein de la famille, mais qui pourraient cependant paraître un peu curieuses aux yeux d'un étranger qui ignore les faits exacts et les circonstances réelles. Il semble qu'il en va de même pour ces papiers du Pentagone que la Presse diffuse aujourd'hui comme des documents sensationnels. Cela provoque des remous au Canada, en Angleterre, en France et dans maints autres pays — tout cela parce que les gens de la Presse cherchent à obtenir quelques cents de plus pour leurs journaux. De l'avis du présent Auteur, la Presse est la force la plus malfaisante qui ait jamais existé en ce monde. C'est l'opinion du présent Auteur que les informations de Presse devraient être vérifiées, contrôlées et censurées ; sinon, la Presse contrôlera un jour le monde entier et le mènera au communisme.

Le Vieil Auteur était couché et il sourit à Mademoiselle Cléopâtre en disant : "Eh bien, Cléo, je me demande si cet affreux gaillard, le reporter de Presse au... journal de... prendra cela à coeur. Je l'espère. Ce serait pour lui une étape vers le salut que de quitter cet emploi dans la Presse et de prendre ailleurs une situation convenable."

Mais laissons là la Presse et occupons-nous de quelques autres questions. Leur flot ne s'arrête jamais, n'est-ce pas ? Il semble, en tout cas, que les gens ont grandement besoin de s'adresser à une source qui leur fournisse une réponse même partielle aux questions qu'ils se posent.

Voici, venues d'Angleterre, quelques questions auxquelles je vais répondre.

"Est-ce mal ‘d'endormir’ un animal qui souffre et qui est atteint d'une maladie incurable ?"

Un Bouddhiste ne doit pas ôter la vie ; mais il existe des choses qui sont plus importantes que les religions établies, qu'il s'agisse du Bouddhisme, du Christianisme, du Judaïsme, de l'Hindouisme, ou de n'importe quel autre religion, et c'est ce qu'on pourrait appeler le devoir envers le Sur-Moi. De l'avis du présent Auteur, il est définitivement plus bienveillant envers l'animal de mettre fin à sa vie sans douleur au cas où, d'après l'état actuel de la science vétérinaire, il est atteint d'une maladie incurable.

Si un animal est atteint d'une maladie telle que la science vétérinaire est impuissante à soulager ses douleurs, alors il vaut mieux demander à un Vétérinaire de sacrifier la bête par le procédé qui lui inflige le moins de douleur possible et qui la fasse mourir aussi rapidement que possible. Ce geste est un acte de pitié. Le présent Auteur a beaucoup, beaucoup d'expérience en ce qui concerne la souffrance, car il en a subi plus que la part qui lui revenait, et comme tel, il aurait accueilli avec joie une force supérieure à la sienne capable de le soulager de la douleur de façon permanente.

Le suicide est tout autre chose. Le suicide est mal. Le suicide est très, très mal en effet et ceux qui envisagent de le commettre souffrent certainement d'un déséquilibre mental provoqué par le chagrin, la douleur ou d'autres circonstances qui affectent leur jugement. L'euthanasie n'est pas un suicide parce que l'euthanasie utilise le jugement d'esprits mûrs qui ne sont pas directement impliqués et qui, de ce fait, ne sont pas la proie d'émotions douloureuses, qui ne sont pas influencés par l'apitoiement sur soi-même ou par le chagrin. Le suicide, de l'avis du présent auteur, est irrévocablement mal et l'on ne devrait jamais y recourir.

Si un animal est malade, il faudrait le délivrer de sa détresse. Si un homme est malade, incurablement malade, et s'il est d'un âge avancé au point d'être un fardeau pour les autres, alors il devrait y avoir une forme d'euthanasie à propos de laquelle il serait possible de discuter avec ceux qui n'ont aucun intérêt personnel.

La question suivante est en rapport avec celle qui vient d'être traitée ; en effet, elle est formulée comme suit : "Est-il possible qu'un animal soit renvoyé durant une vie d'homme ?"

La réponse est naturellement ‘Oui’, si c'est pour le bien de l'animal. Ainsi donc — et je dis ceci à titre d'exemple purement hypothétique qu'il ne faut pas prendre trop au sérieux — si un animal a été délivré de sa détresse sans avoir accompli sa tâche, alors il est possible que ce même animal choisisse de revenir dans la même famille comme jeune chaton ou jeune chien et vive alors la période de temps dont il a été privé parce qu'on l'a ‘endormi’ pour le soulager de sa douleur. Cela se produit sans aucun doute. Mais, naturellement, si un animal est de l'Autre Côté de la vie et si son ‘propriétaire’ sait faire le voyage astral, ils peuvent alors se rencontrer SI TOUS DEUX LE DÉSIRENT.

Question suivante : "Est-ce que la forme astrale a une aura ou est-ce seulement le physique ?"

La forme physique, la forme de base ici sur Terre, possède un éthérique et une aura. Tous deux ne sont que des reflets de la forme de vie intérieure. Beaucoup de gens ne réussissent pas à voir l'aura — la plupart des gens ne peuvent pas voir l'aura — parce qu'ils y sont tellement habitués, tout comme la plupart des gens ne peuvent pas voir l'air dans lequel ils vivent ; tout ce qu'ils peuvent voir c'est le brouillard de pollution, et l'on peut en voir beaucoup à notre époque.

Dans le monde astral, l'aura est beaucoup plus brillante autour des figures astrales, et plus grand est le degré d'évolution d'une forme astrale, plus l'aura brille, scintille, et ondule avec éclat. Dès lors, voici la réponse demandée : Oui, il y a très certainement une aura autour des figures astrales. Toutefois, de même que sur Terre il y a des gens qui sont incapables de voir l'aura, de même, il y a ceux qui dans l'astral inférieur ne peuvent pas voir l'aura astrale. C'est une situation qui s'améliore à mesure que progresse l'évolution des ‘non-voyants’.

Cette personne, habitant l'Angleterre, pose des questions raisonnables ! Ce sont les questions d'une Anglaise très intelligente (vous comprenez cela, cher Lecteur ? Je fais l'éloge d'une femme !). "Pourrait~il être permis, demande la correspondante, d'utiliser les renseignements trouvés dans le Registre Akashique pour rédiger l'histoire véridique des civilisations anciennes et la biographie véridique de personnages célèbres ?"

Non, parce que l'on ne vous croirait pas. L'histoire ancienne ne ressemble qu'accidentellement à l'histoire telle qu'on l'a écrite. L'histoire est écrite ou réécrite ou effacée suivant les caprices des dictateurs, etc. Un exemple assez moderne est l'histoire de l'Allemagne nazie. Il est de notoriété assez courante que l'histoire a été quelque peu remaniée pour que Hitler apparaisse très différent de ce qu'il était en réalité. Il est de notoriété assez courante que l'histoire de la Russie a été modifiée pour satisfaire les dictateurs communistes. Donc, tout se ramène à ceci : si vous écriviez la vérité en vous fondant sur le Registre Akashique, vous verriez qu'on ne vous croirait pas, parce que votre version des faits différerait si complètement de la version officielle du pays en question.

Dans le domaine des biographies, etc..., eh bien, si quelqu'un écrit la vérité, on ne réussit pas souvent à la faire publier ; et si elle est publiée, il en résulte habituellement ensuite une terrible agitation parce qu'un quelconque journaliste rapporte une vague rumeur, puis souffle violemment sur la flamme jusqu'à ce qu'elle devienne une fournaise grondante qui consume la vérité. Si vous désirez la vérité réelle, il faudra attendre jusqu'à ce que vous alliez dans l'astral pour y vivre.

Je le dis, Mademoiselle C., vous m'avez adressé de bonnes questions ! Je vais tirer profit d'une autre de ces questions. Vous demandez : "Est-ce que l'avortement est toujours mal ?"

Je dis : non. Il vaut souvent beaucoup mieux subir un avortement que de mettre au monde, dans un monde déjà surpeuplé, un pauvre petit malheureux qui ne sera pas désiré et qui peut passer un temps extrêmement difficile sans aucune faute de sa part. Après tout, pourquoi devrait-il être puni à cause de quelques instants de négligence de la part des parents ? Si l'avortement est précoce, alors l'entité n'a pas encore pris possession du corps.

Soit dit en passant au Lecteur qui se plaignait de la trop grande abondance de ‘Je’, il est certain qu'au point où j'en suis arrivé dans ce livre, je puis cesser d'être un Vieil Auteur, pour être plutôt un Vieil Homme, car je vous assure que je ne suis pas une ‘Vieille Femme’. Quoi qu'il en soit, je cherche toujours dans mes livres à établir un contact personnel avec mes lecteurs car nous sommes tous des amis, n'est-ce pas ? Nous ne sommes pas des canards farcis montés sur des piédestaux. Montez sur un piédestal, vous en tomberez bientôt.

Voici une autre de nos questions sur l'âme :

"Si l'âme quitte une personne qui est devenue semblable à un chou, la science médicale devrait-elle recourir à des moyens purement mécaniques pour garder tous ces choux en vie ?"

Mon opinion personnelle est — Non. Lorsqu'une personne est arrivée à un point tel que l'entité n'y réside plus et que la vie de cette personne ne tient que par des moyens mécaniques, alors, c'est mal et insensé de prolonger cette vie. En pareil cas, les moyens mécaniques doivent être arrêtés et le corps doit être autorisé à mourir. C'est la méthode la plus bienveillante. On entend si souvent parler, à notre époque, de gens absolument incurables qui aspirent à mourir et dont on prolonge la vie en leur enfonçant dans le corps de grands tubes et en les reliant à toutes sortes d'appareils électroniques diaboliques — eh bien, ce n'est pas cela, vivre ; c'est une mort vivante. Pourquoi ne pas les laisser ‘rentrer à la maison’ ?

"L'explosion démographique fait peser une menace croissante sur la faune et la flore et sur les régions sauvages du monde — survivront-elles ou bien l'Homme détruira-t-il pour toujours son environnement ?"

Nombre d'animaux, d'oiseaux et de poissons mourront et leurs espèces seront exterminées pour toujours de cette Terre. L'humanité est insatiable et vorace. L'humanité ne se préoccupe nullement des peuples des régions sauvages, mais ne pense qu'à mettre un peu plus de dollars dans sa poche. Ainsi qu'on l'a écrit, il y a un projet, ici dans la province de Québec, en vue de déboiser des millions d'acres de terre afin de fournir la matière première à l'industrie papetière dont certains des produits serviront à faire des journaux, à fabriquer du cuir artificiel et nombre d'autres objets que, pour l'une ou l'autre raison, l'Homme estime aujourd'hui indispensables à son existence.

Les arbres abattus, il n'y aura plus dans la région en question, ni insectes ni oiseaux ; plus d'endroits où les oiseaux puissent faire leurs nids, plus de nourriture pour eux, aussi mourront-ils de faim. Les animaux manquant d'abris et de nourriture mourront aussi.

L'homme se suicide et détruit rapidement ce monde. Les arbres disparus, les courants thermiques se modifieront. La température des arbres fait monter l'air et tomber la pluie ; sans les arbres, il y aura changement de climat. Cette région du Québec où l'on abat des millions d'arbres pourrait devenir désertique.

Les racines des arbres s'étendent dans le sol et le fixent en une masse solide. Une fois les arbres abattus et leurs racines arrachées, il n'y aura plus rien pour agglomérer le sol, si bien que les vents s'élèveront et emporteront dans l'air la légère poussière du sol, transformant le pays en une zone déserte rappelant la région désolée d'Amérique qu'on appelle la Cuvette de Poussière (Dust Bowl).

L'humanité détruit le monde à cause de sa cupidité insatiable. Si seulement les gens vivaient plus naturellement sans certains de ces composés synthétiques, ils seraient bien plus heureux. Dans l'état actuel des choses, par suite des progrès de l'humanité, l'air est de plus en plus pollué, et il en est de même pour l'eau et pour le sol, et bientôt on en arrivera au point de non-retour quand la Terre deviendra stérile et inhabitable. Beaucoup de gens haut placés hors de cette Terre, hors de ce monde, travaillent d'arrache-pied à influencer l'humanité pour que s'arrête cette destruction insensée des régions sauvages, et pour que la Nature soit à même de restaurer l'écologie et de la ramener à ce qui est le plus approprié pour la continuité de l'Homme et de l'évolution de l'Homme.

Mais — qu'est-ce que c'est ? — Une grande enveloppe brune contenant un journal plié et une lettre. Le Vieil Auteur regarda le journal et le mit rapidement de côté : c'était un journal écrit en français, langage que l'Auteur ne lisait pas. Quant à la lettre, elle était rédigée en anglais. Elle expliquait que l'article de presse était écrit par un individu qui affirmait que Lobsang Rampa était malade, avait pris sa retraite et que lui (l'auteur de l'article) avait pris la relève comme successeur de Lobsang Rampa. L'auteur de la lettre désirait savoir qui était ce successeur de Lobsang Rampa ? Est-ce que c'était vrai ?

Il y a eu beaucoup de gens qui ont prétendu être Lobsang Rampa. Mais, parlons d'abord de cet article de journal. Non, je n'ai pas de successeurs. Non, je n'ai ni disciples, ni élèves. Je n'ai personne qui soit mon ‘héritier’. Quand je mourrai et quitterai cette Terre, j'aurai fait tout ce que j'ai essayé de réaliser ; et si quelqu'un se présente comme mon successeur, mon héritier, mon représentant, il est tout simplement un imposteur. Permettez-moi de le répéter et cette fois en lettres capitales : JE N'AI AUCUN SUCCESSEUR. Il N'Y A PERSONNE À QUI J'AIE DÉLÉGUÉ UNE ‘AUTORITÉ’ QUELCONQUE.

Une des choses les plus terribles dont un auteur est accablé lorsqu'il jouit d'une certaine notoriété, c'est de savoir que nombre de personnes circulent en prétendant être cet auteur. Par exemple, j'ai reçu une lettre d'une hôtesse de l'air me disant combien elle était heureuse de m'avoir rencontré au cours d'un récent voyage en avion, mais se demandait où était la collection de livres dédicacés que que je lui avais promise ? Je suis obligé de garder le lit ou de me déplacer en fauteuil roulant. Tous mes vols se font dans l'astral, sans hôtesses de l'air. Il y a eu nombre de cas où des gens se sont fait passer pour moi. Parfois, ils se sont montrés offensants envers des gens et ceux-ci m'ont écrit pour se plaindre de mon attitude. Triste, n'est-ce pas ? Il est possible que cette sorte d'abus cesserait si chacun avait une carte d'identité ; on m'a présenté des factures et toutes sortes de choses pareilles dont je ne savais naturellement pas le premier mot. Ainsi donc, vous voilà avertis. Vous devriez savoir à quoi je ressemble maintenant ; encore que je pense parfois que mes portraits sur la couverture de mes livres sont peints par un aveugle travaillant dans l'obscurité la plus complète.

"Maintenant, Lobsang Rampa, je voudrais connaître votre opinion générale au sujet de la guérison. Au vingtième siècle, est-il sage qu'une personne s'implique dans cela ? Je veux dire ceci : les médecins sont si intelligents aujourd'hui, ils savent faire à peu près tout. Dès lors, a-t-on encore besoin de nous ? Prenez le commun des mortels, à notre époque : il ignore de quoi vous parlez si vous lui dites que vous êtes capable de guérir rapidement un mal de tête, sans qu'il doive prendre un tas de comprimés. L'intéressé vous répondra que vous êtes tout juste bon à enfermer dans un asile psychiatrique. Voilà pourquoi je voudrais connaître votre avis. Est-il sage d'utiliser ses talents de guérisseur ?"

Non, il est absolument imprudent d'utiliser n'importe quel prétendu talent de guérisseur, à moins de posséder de solides connaissances médicales. Il se peut que quelqu'un soit atteint d'une maladie redoutable et que par hypnotisme on arrive à en dissimuler les symptômes. Mais, déguiser les signes du mal, ce n'est pas le guérir, et si l'intéressé se sent malade ou si son état s'aggrave et qu'il va consulter un médecin, eh bien — les symptômes ont été dissimulés — alors, que peut faire le malheureux docteur ? Si les symptômes de la maladie n'avaient pas été masqués, le médecin aurait peut-être réussi à diagnostiquer ce dont le malade souffrait exactement et à le guérir.

Si l'on ne possède pas de sérieuses connaissances médicales, et si l'on ne travaille pas en collaboration avec un praticien diplômé, il ne faut jamais, jamais se risquer à ces interventions de guérisseur, car celles-ci peuvent être fatales. Il en va de même pour le coup des prières. Quand un groupe de personnes se réunissent pour prier dans une intention particulière, à moins que ces gens ne connaissent les conditions et les circonstances précises, ils peuvent invoquer la loi de l'effort inverse et rendre les choses bien pires qu'elles ne l'étaient auparavant. Aussi, la meilleure devise à adopter c'est : ‘S'en abstenir’

Oh là là, tout un groupe de questions sur le même genre de sujets. Très bien, voyons une seconde question, voulez-vous ? La voici : "Prenons le cas de deux personnes qui souffrent du même type de maladie, comment se fait-il que l'une peut être guérie instantanément tandis que l'autre ne réagit absolument pas ?"

La réponse est, comme je l'ai indiqué ci-dessus, que le premier de ces malades est tellement hypnotisée que les symptômes de son mal se trouvent dissimulés, ce qui vous porte à croire à une guérison instantanée ; tandis que chez la seconde personne moins accessible aux suggestions hypnotiques, on ne remarque aucun changement dans son état. Notez que je parle de ‘suggestions hypnotiques’, car la guérison, la guérison par la foi, etc., sont essentiellement de nature hypnotique.

Question : "Pourquoi ai-je chaud aux mains quand je guéris d'autres gens, et pourquoi mes mains sont-elles froides comme la glace quand je m'impose à moi-même la guérison ?"

Réponse : Quand vous guérissez, ou essayez de guérir une autre personne, vous donnez une suggestion hypnotique qu'elle se porte mieux, mais vous lui donnez en même temps l'excès de prana dont vous disposez ; de la sorte, le passage de ce prana échauffe vos mains. Naturellement vous ne pouvez pas vous donner votre propre prana, car vous le possédez déjà et, de ce fait, vous suscitez en réalité la loi de l'effort inverse et vous épuisez simplement votre propre énergie — c'est pour cela que vos mains se refroidissent.

Ce prétendu pouvoir de guérir est essentiellement hypnotique, la capacité de faire admettre une suggestion acceptable à une personne susceptible de se laisser influencer. Mais, le pouvoir de guérir implique aussi qu'on possède une grande quantité d'énergie éthérique que nous allons appeler prana, et si vous avez cette énergie et si vous êtes versé en ces sortes de choses, vous pouvez réussir à transmettre cette énergie à une autre personne. C'est le même cas que lorsqu'un matin où il fait froid, on trouve sa voiture en panne parce que la batterie est déchargée. La voiture ne démarre pas parce que la batterie est trop déchargée pour pouvoir mettre le moteur en marche. Que voit-on alors ? Une autre voiture s'approche de celle qui est en panne, son conducteur en descend et branche sa batterie sur celle de la voiture immobilisée. L'énergie passe alors en grande quantité d'une batterie dans l'autre et la voiture qui était calée se met immédiatement en marche. Cela vous donnera, sans doute, une idée de la façon dont s'effectue ce transfert d'énergie.

 

CHAPITRE ONZE

 

Il me paraît que nos réponses nous assurent une notoriété tout à fait internationale. Nous avons reçu jusqu'ici des questions envoyées d'Afrique, d'Inde, d'Iran, d'Angleterre ; mais, cette fois, prenons-en une qui vient de moins loin, une du Québec. Elle concerne les enfants arriérés : "Quel but un enfant peut-il avoir dans la vie quand il est arriéré, ou même infirme ou aveugle ? Je sais que jamais rien d'inutile n'arrive, mais je ne vois pas de raison justifiant la présence de tous les enfants arriérés que nous avons dans notre société. Je vais avoir l'air cruel, mais comment ces pauvres âmes peuvent-elles apprendre quoi que ce soit ? Ne vaut-il pas mieux pour eux qu'ils meurent ?"

Réponse. Certains de ces enfants arriérés sont nés dans cet état parce qu'avant de venir sur Terre, ils ont assurément choisi cette sorte de vie afin d'acquérir ce genre d'expérience. Après tout, comment pouvez-vous être familiarisé avec les sensations d'un enfant arriéré si vous n'avez jamais été un arriéré ? Et si vous n'avez jamais été arriéré et guéri de cette infirmité, comment pouvez-vous venir en aide aux enfants arriérés ?

Certains cas d'enfants arriérés pourraient être considérablement améliorés. Leur arriération peut provenir de négligence à la naissance ou simplement d'une mauvaise préparation, souvent du fait qu'ils sont nés de parents âgés. Mais la plupart de ceux de cette dernière classe ont une ‘connexion médiocre’ avec le Sur-Moi et, de ce fait, les messages ne sont pas correctement relayés. Naturellement, il y a dans le monde bien des gens qu'on devrait renvoyer ‘à la Maison’ tout comme on renvoie des animaux ‘à la Maison’ quand ils sont manifestement incurables ; mais, c'est là une chose qu'on ne peut pas faire parce que l'opinion publique n'y est pas encore favorable. En théorie, le meilleur parti à prendre serait de faire mourir un arriéré mental — en théorie. En fait, cependant, il serait impossible de distinguer entre ceux qui seraient incurables du point de vue de l'apprentissage et ceux qui effectivement n'apprennent que l'amertume. Il y a un autre point, celui-ci : une personne incurable aujourd'hui et de ce fait candidate à l'euthanasie, pourrait être guérie demain ou la semaine prochaine par suite des progrès de la science.

Voici une belle question, cette fois, une, j'en suis sûr, que vous aimerez. La voici : "Dans quelle mesure faut-il pardonner ? La Bible dit : ‘Oeil pour oeil, dent pour dent’, mais cela est inhumain. L'homme Jésus a dit de pardonner soixante-dix fois sept fois, mais cela est impossible dans la vie d'aujourd'hui. Jusqu'à quel point faut-il faire preuve de tolérance ?"

Eh bien, voici une réponse qui risque de faire rougir certaines vieilles personnes de l'un et de l'autre sexe ; mais j'ai une règle plutôt sévère à ce sujet. Je sais tout ce qu'il faut savoir à propos de ‘tendre l'autre joue’, mais, en fait, nous n'avons que quatre joues, deux devant et deux derrière. Quand toutes les quatre ont été souffletées, le moment est venu de répondre par des gifles, de frapper — beaucoup plus fort — et de cesser une fois pour toutes ces absurdités ; car, rester toujours doux et humble et supporter toutes les insultes dont on est accablé, c'est simplement démontrer qu'on est un pleurnicheur et un faible qui ne mérite aucune estime. Nous devrions prendre ceci en considération : sommes-nous des hommes ou des souris ? Si nous sommes des souris, faisons couic autant que le coeur nous en dit, mais sauvons-nous dans les boiseries. Si vous êtes un homme — ou du genre humain — alors vous êtes fous de tolérer que des gens dépassent certaines bornes.

"Dr Rampa, commençait cette lettre, vous avez l'occasion de regarder dans le Registre Akashique, vous savez donc ce qui se passe. Dites-moi, quelle est la vérité à propos de l'affaire Shakespeare ? Shakespeare a-t-il écrit ses livres, ou qu'est-ce qu'il en est ?"

Oui, le Registre Akashique est accessible à ceux qui savent comment s'y prendre et savent comment ne pas en faire mauvais usage. Le Registre Akashique est accessible, dis-je, à des fins particulières. En principe, cela n'a vraiment aucune importance de savoir qui était Shakespeare ou pourquoi il y a tout ce mystère à son sujet — mais voici quelques faits bien établis.

Celui qui allait être plus tard connu sous le nom de Shakespeare, fils de pauvres fermiers, avait une très grande qualité. Il avait une ‘fréquence’ totalement compatible avec une entité qui devait venir sur Terre pour effectuer une tâche spéciale. C'est ainsi que le garçon qui allait être connu sous le nom de Shakespeare fut veillé très attentivement, veillé comme le jardinier soigneux surveille la floraison d'une plante rare et précieuse. Au moment approprié, des dispositions furent prises pour que l'entité qui habitait alors le corps du futur Shakespeare, l'écrivain, soit libérée de ce qui était devenu pour elle une servitude exaspérante. Cette entité ne désirait pas vivre une vie de pauvreté, une vie d'épreuves, et c'est ainsi que ce fut chose facile de faire en sorte que l'entité qui contrôlait Shakespeare, quitte celui-ci — abandonne son autorité sur lui — et soit envoyé ailleurs.

L'entité chargée de la tâche particulière dont nous avons parlé, avait longtemps cherché un sujet qui lui convînt. En effet, c'est un gaspillage considérable pour de pareilles entités supérieures que de devoir descendre sur Terre, renaître et risquer de perdre beaucoup de leur savoir au cours de l'expérience traumatisante qu'est la naissance. Aussi, l'entité a cherché un hôte adulte à sa convenance et quand les temps ont été mûrs, le corps a été immédiatement évacué par l'une et instantanément réoccupé par l'autre.

Il y avait, donc, maintenant, une intelligence géante dans le corps du pauvre paysan, une intelligence géante qui éprouvait une difficulté considérable à s'adapter à l'espace restreint, aux circonvolutions limitées du cerveau. C'est ainsi que pendant quelque temps, il y eut une période de stase durant laquelle aucune oeuvre créatrice ne fut réalisée. Puis, l'entité géante qui contrôlait le corps du paysan partit pour Londres en vue d'explorer, de s'habituer au nouveau corps, et de surmonter ses gaucheries.

Le temps passa et l'entité se familiarisa de plus en plus avec le corps et le cerveau ; alors, elle commença son oeuvre, composant des classiques immortels. Mais ces écrits ne pouvaient évidemment pas être l'oeuvre d'un auteur dont le corps trahissait une éducation très fruste. Ainsi se fait-il qu'au cours des années, des doutes se sont élevés, on s'est déclaré sceptique et l'on a émis des conjectures insensées à propos de la personnalité de Shakespeare, à propos de l'identité de celui qui aurait composé les oeuvres de Shakespeare.

La réponse à la question posée ? L'entité qui a adopté le corps de Shakespeare a écrit ses oeuvres parce que telle était sa tâche ; celle-ci accomplie, elle est partie, laissant derrière elle ce qui pour beaucoup est une énigme, un problème sans solution. Pourtant, si l'humanité voulait écouter ceux qui ont eu des expériences similaires, elle serait à même, elle aussi, de consulter le Registre Akashique et de connaître quelque chose des vraies merveilles au sein desquelles nous vivons.

Voici une autre question qui peut présenter quelque intérêt. Elle est énoncée comme suit : "Quand vous dites qu'il faut de la patience pour accomplir le voyage astral, voulez-vous dire des semaines, des mois, des années ? Ou bien, la période nécessaire varie-t-elle considérablement d'après la personne qui exécute ce voyage, le temps durant lequel elle l'a pratiqué et les aptitudes individuelles latentes ?"

En fait, chacun de nous effectue le voyage astral. La plupart des gens ne s'en rendent pas compte et quand ils ont une expérience qu'ils ne se rappellent que vaguement au matin, ils l'attribuent à un rêve ou à leur imagination.

Le voyage astral, ou plutôt apprendre le voyage astral, cela ressemble beaucoup à ce qui se passe quand on commence à rouler à bicyclette. En réalité, cela paraît tout à fait impossible que quelqu'un puisse jamais apprendre à rouler sur deux roues, et que dire de ces vélos à une roue —— ! Pourtant, les gens peuvent apprendre à rouler à bicyclette ou à monocycle. Des acrobates apprennent à marcher sur une corde raide, et il n'y a pas d'heure fixée pour marquer le temps que quelqu'un prendra pour exécuter cet exercice avec brio. C'est simplement un tour de main à prendre. Si vous croyez que vous êtes capable de rouler à monocycle, eh bien, vous pouvez rouler à monocycle. Si vous croyez que vous êtes capable de marcher sur une corde raide ou sur une corde lâche, vous pouvez le faire. Il en est de même pour le voyage astral. Il n'est pas possible de dresser une liste d'exercices sur la façon de s'y prendre pour faire le voyage astral. Comment renseigneriez-vous quelqu'un sur la manière d'apprendre à rouler à bicyclette ? Comment indiquer à quelqu'un la méthode pour apprendre à faire du patin à roulettes ? En dehors du sage conseil de s'attacher un coussin au derrière ? Et encore, comment apprendriez-vous à quelqu'un la façon de respirer pour pouvoir vivre ? La respiration est une chose naturelle, nous respirons simplement, et c'est tout. Nous ne sommes pas toujours conscients de le faire, n'est-ce pas ? Nous ne nous en rendons compte que lorsque nous éprouvons quelque difficulté à respirer. Et nous ne sommes pas davantage conscients du voyage astral, du moins, c'est le cas de la plupart d'entre nous ; mais ce voyage est aussi facile que de respirer, aussi facile que de rouler à bicyclette.

La chose principale est que vous devez décider que vous allez voyager dans l'astral consciemment. L'accent est mis ici sur le mot ‘consciemment’. Malheureusement, le mot ‘imagination’ a mauvaise réputation. Les gens se figurent qu'imaginer quelque chose, c'est prétendre quelque chose qui n'existe pas. Peut-être vaudrait-il mieux employer, à la place, le mot ‘visualiser’. Ainsi donc, pour commencer le voyage astral, vous devez vous mettre au lit — seul, naturellement, et seul également dans une chambre. Adoptez n'importe quelle position, pourvu que vous y soyez à l'aise. Si vous désirez vous dresser sur la tête, c'est parfait également à condition que vous trouviez cette position confortable. Mais, si vous désirez vous étendre sur le dos, sur le côté, sur le ventre, c'est tout aussi bon aussi longtemps que vous vous sentez à l'aise. Si vous y éprouvez du confort, c'est tout ce qu'il faut.

Ainsi, couché parfaitement à l'aise, assurez-vous que votre respiration est complète, c'est-à-dire lente et profonde et égale, naturelle, confortable, pas forcée du tout. Restez allongé comme cela pendant quelques instants, en rassemblant vos pensées. Puis, la lumière éteinte, visualisez-vous comme un corps dans un corps, visualisez que vous êtes dans un corps qui se retire de votre corps extérieur, de la même manière que vous retirez votre main du gant qui l'enveloppait.

Faites-vous une représentation mentale de votre corps tel que vous êtes étendu dans le lit. Avez-vous un pyjama ? Si oui, visualisez-le, même les rayures ou les motifs ou les fleurs du tissu. Avez-vous une chemise de nuit ? Visualisez-la exactement telle qu'elle est. Est-elle ornée de beaux petits noeuds et de dentelles autour du cou ? Eh bien, veillez à les visualiser. Ou bien êtes-vous l'une de ces intrépides créatures qui dorment comme des bananes pelées ? Dans ce cas, visualisez-vous comme vous êtes. Puis continuez votre visualisation en imaginant (pardon ! en visualisant) que votre forme astrale est absolument identique à votre forme extérieure. Visualisez ce corps glissant hors de votre corps de chair et s'élevant pour être à environ un pouce (2,5 cm) ou deux (5 cm) au-dessus du corps de chair. Maintenez-le à cette place et concentrez-vous seulement sur la visualisation de ce dont il a l'air. Si vous êtes une fille, vous aurez des cheveux longs ; mais ce sera une erreur, car aujourd'hui les garçons aussi portent les cheveux longs. Mais, de toute façon, si vous avez les cheveux longs, visualisez-les qui pendent. Est-ce qu'ils touchent le visage du corps charnel ? Alors, faites-le s'élever de quelques pouces (centimètres). Visualisez ce corps comme une création solide. Regardez-le de haut en bas, d'un bout à l'autre, par dessous de façon à en avoir une image complète, une image solide. Puis, abandonnez-vous à la satisfaction. Vous êtes sorti de votre corps. Sentez-vous le corps astral oscillant légèrement de haut en bas ? Soyez prudent, s'il se balance trop violemment, vous aurez l'impression terrible de tomber, et alors vous rentrerez dans votre corps de chair avec un horrible ‘boum’ qui vous secouera, et vous vous retrouverez tout bonnement dans votre lit.

Contentez-vous pour le moment de penser à votre corps, votre corps astral qui flotte un tout petit peu au-dessus de votre corps de chair. Puis, progressivement, représentez-vous le corps astral qui glisse dans votre corps de chair, exactement comme vous glisseriez votre main dans un gant.

Faites cela pendant une nuit ou deux jusqu'à ce que vous puissiez retenir fermement la visualisation, et quand vous en serez là, vous pourrez avancer plus loin.

Vous avez quitté votre corps. Vous flottez exactement au-dessus de votre corps charnel. Réfléchissez ! Où désirez-vous aller ? Voudriez-vous aller voir le Dr Armand Legge qui vous a fait un si mauvais rapport médical, ou quelque chose de ce genre ? Très bien, vous savez à quoi il ressemble ? Pensez à lui, pensez que vous êtes en train de voyager, pensez que vous arrivez chez lui. Si vous arrivez à faire cela, vous pouvez juste lui chatouiller la nuque. Il se sentira épouvantablement mal à l'aise ! Mais peut-être est-ce un peu méchant de vous enseigner un truc comme celui-là.

Désirez-vous penser à votre petite amie ? Eh bien, vous pouvez aller voir votre petite amie, aussi, si vous le voulez. Mais rappelez-vous que si vous avez de mauvaises pensées dans votre esprit à propos de ce que vous allez voir, vous constaterez que jusqu'à ce que vous ayez énormément de pratique, vous vous retrouverez dans votre corps après avoir essuyé une vigoureuse gifle. Qu'arrive-t-il en pareille occurrence ? Ceci : vous sortez de votre corps, vous pensez aller voir une copine ou à une personne que vous aimeriez avoir pour copine. Vous savez que c'est l'heure de son bain et vous désirez savoir si elle a des grains de beauté sur son costume de naissance. Vous arrivez chez d'elle, mais son aura détecte votre présence et alerte son subconscient. Elle se sent mal à l'aise et il se peut qu'elle jette un coup d'oeil par-dessus son épaule ou fasse quelque geste similaire ; elle peut se demander si le propriétaire n'est pas en train de l'épier par le trou de la serrure. Elle ne vous verra pas, mais son aura sentira que vous êtes là, son sub-conscient surgira et vous donnera un tel coup que vous oublierez tout ce que vous avez vu et vous serez chassé dans votre corps avec un choc plus grand que tout ce que vous croyiez possible. C'est uniquement avec des pensées pures que vous pouvez vous introduire de pareille manière dans l'intimité d'une personne. Aussi voici ce que j'ai à dire à ceux qui m'écrivent pour me demander le moyen de risquer un coup d'oeil sur leurs amies au mauvais moment ; eh bien, je leur dis : "Dans votre intérêt, n'en faites rien. Vous seriez très durement traité."

Pratiquez la visualisation que je vous ai décrite. C'est chose réellement facile. Quand vous êtes à même de visualiser une chose, vous êtes à même de la faire. Au bout de combien de temps, cela dépend de vous, de la rapidité avec laquelle vous prenez conscience de la vérité. La vérité est que vous FAITES le voyage astral, mais à cause des conceptions de notre civilisation, etc., vous ne vous en rendez pas toujours compte, vous ne vous en souvenez pas toujours, et si vous vous en souvenez, vous l'attribuez à de l'imagination, à un rêve ou à une illusion. Aussitôt que vous acceptez la réalité du voyage astral, vous pouvez sincèrement visualiser le voyage astral. Et lorsque vous pouvez sincèrement visualiser le voyage astral, alors, croyez-moi, vous pouvez le faire parce que c'est beaucoup plus simple que de vous lever de votre chaise, beaucoup plus simple que de prendre un livre. Le voyage astral est fondamental, il fait partie du droit de naissance de tout être vivant, qu'il soit cheval, singe, humain ou chat — chacun fait le voyage astral. Mais après combien de temps l'exécute-t-on consciemment — cela dépend de vous.

Plus curieux et plus curieux encore. La question suivante se présente ainsi : "Vous dites que dans l'astral, tout scintille, mais pour moi, toutes choses scintillent toujours. Est-ce parce que je porte des lunettes ?"

Quand vous êtes dans l'astral, toute chose scintille parce que tout y est plein de vie, plein de vitalité. Si vous le faites correctement, vous pouvez voir autour de vous des petites taches de lumière. Tout ce que vous voyez semble être dans un rayon de soleil. Vous êtes certainement entré dans quelque gare de chemin de fer encrassée et vous y avez vu un trait de lumière se risquer à travers une fenêtre obscure. Dans ce trait de lumière solaire vous avez vu de petites particules qui flottaient. Eh bien, dans l'astral, c'est comme cela que sont toutes choses ; vous êtes dans une perpétuelle lumière du soleil, et tout scintille avec la vitalité de la vie. C'est le contraire de ce qu'on perçoit quand on est dans le brouillard. Soit dit en passant, avoir mauvaise vue ne présente aucune importance dans l'astral. Aucune importance si vous êtes aveugle. Dans l'astral, vous avez tous vos sens. Vous pouvez entendre et voir, vous pouvez sentir et vous pouvez toucher. À chaque fois, cent pour cent d'efficacité. Aussi, pourquoi ne pas essayer le voyage astral ? Il est facile et il est naturel. Et, finalement, le voyage astral est tout à fait, tout à fait sûr. Vous ne pouvez pas vous blesser, et aussi longtemps que vous n'avez pas peur, aucun mal d'aucune sorte ne peut vous arriver. Si vous avez peur, eh bien, vous gaspillez simplement de l'énergie. Rien d'autre à part cela. Si vous avez peur, la seule chose qui se produit c'est que vous dissipez inutilement votre énergie, et — vous ralentissez vos vibrations à tel point qu'il vous devient difficile de rester dans l'astral, tout comme un avion qui perd sa vitesse de vol, tombe. Vous ne désirez pas tomber, n'est-ce pas ? Très bien, alors, n'ayez pas peur. Il n'y a rien dont vous deviez avoir peur !

Voilà donc comment les questions affluent à l'infini, l'une appelant l'autre. La vieille machine à écrire continue son clic-clac et les pages en sortent précipitamment — en fait, pas précipitamment car chaque assertion est méditée avec soin, mais avec un peu de pratique, la dactylographie se fait plus vite. Donc, les pages sortent en tout cas, ce qui veut dire qu'il y a de plus en plus de pages et de moins en moins de place pour les questions suivantes. Aussi, bornons-nous à répondre dans ce chapitre à une seule question — la dernière. La voici, c'est une bonne :

"Vous dites que, sur Terre, nous ne sommes conscients qu'à concurrence d'un dixième. Mais d'après ce qu'on lit dans vos livres, il apparaît nettement que nous sommes moins conscients que des êtres qui habitent d'autres planètes ; les Jardiniers de la Terre, pour ne citer qu'un exemple, sont soit en possession de cent pour cent de conscience, ou bien ils doivent être plus puissants que les gens de la Terre, ou bien est-ce que dans leur troisième état dimensionnel, ils pourraient être conscients à plus d'un dixième ? Leur intelligence et leur savoir technique semblent tellement supérieurs aux nôtres, et pas seulement leur intelligence, mais aussi leur compassion et leur compréhension. Voulez-vous bien nous expliquer cela, s'il vous plaît ?"

Bien sûr, il n'y a là rien d'étonnant. Sur cette Terre, nous sommes sur l'une des plus misérables petites taches de poussière de l'Univers. Voyez-vous, il existe plus de planètes, plus de mondes qu'il n'y a de grains de sable sur toutes les plages de la Terre, et, pour faire bonne mesure, vous pouvez encore y ajouter tout le sable des fonds marins, car le nombre des univers dépasse la compréhension humaine. Si vous avez sous l'ongle un peu de boue et que vous l'examinez au microscope, vous y voyez des milliers de particules de boue. Mais alors, pensez à toute la matière sur la surface de votre corps, pensez aussi que peu importe comment cette ‘boue’ vous apparaît, elle est cependant formée de la même molécule de base, une molécule de carbone. S'il en est ainsi pour une tache de boue sous un ongle, comment vous imaginerez-vous le nombre de molécules — le nombre de mondes — qu'il y a dans un corps humain ? Quand vous aurez votre avis sur ce point, que direz-vous de tous les autres corps humains, des corps des animaux, des corps présents sur d'autres mondes, etc. ?

En ce monde, nous sommes un dixième conscients, mais sur d'autres mondes les gens peuvent être conscients dans une proportion de plusieurs dixièmes. Mais, s'ils n'étaient même conscients que dans la proportion d'un vingtième, ils pourraient cependant être beaucoup plus intelligents que les Terriens.

Les Jardiniers de la Terre ne sont pas simplement des êtres tridimensionnels vivant quelque part dans l'espace et prêts à abattre astronaute ou cosmonaute qui ferait irruption chez eux. Ils sont dans une dimension différente aussi et, naturellement, leurs capacités techniques sont tellement supérieures à celles des humains que pour eux les humains feraient figure de microbes particulièrement mal fichus installés sur un tas d'ordures particulièrement repoussant.

La grosse difficulté réside dans le fait que, sur Terre, nous devons vivre avec des termes tridimensionnels et nous tirer d'affaire avec eux. Alors, comment quelqu'un pourrait-il décrire des choses qui se produisent peut-être en neuf dimensions ou davantage ?

Donc, pour répondre à la question : oui, sur cette Terre nous ne sommes conscients qu'à un dixième. Et, oui, nous sommes moins conscients que des êtres qui habitent des planètes supérieures, même si, par hasard, ceux-là aussi n'étaient conscients qu'à un dixième.

Oui, les Jardiniers de la Terre sont beaucoup plus conscients et ils sont beaucoup plus conscients aussi dans beaucoup plus de dimensions. Ils se sont élevés de l'état où nous sommes maintenant, et pourtant, au-dessus d'eux il y a des êtres plus élevés devant lesquels les Jardiniers de la Terre sont exactement tels que nous apparaissons aux Jardiniers de la Terre. Mais si nous adoptons la loi correcte, la loi en vertu de laquelle nous devrions faire aux autres ce que nous voudrions que les autres nous fassent, alors nous aussi pourrons nous élever au rang des Jardiniers de la Terre et, de là, monter plus haut encore. La meilleure façon d'expliquer cela est d'adopter la devise de la R.A.F. (Royal Air Force — NdT), ‘Par les Épreuves jusqu'aux Étoiles’.

 

CHAPITRE DOUZE

 

Index des livres de Lobsang Rampa

 

(Le livre d'origine en anglais contient un index proposé par une lectrice assidue du Dr Rampa, un index en français est disponible à l'adresse suivante — NdT)

 

     www.lobsangrampa.org/fr/index-livres.html

 

Paroles de sagesse (extraites des oeuvres de Lobsang Rampa)

 

Mieux vaut allumer une chandelle que maudire l'obscurité.

 

Plus vous connaissez de choses, plus vous avez à en apprendre.

 

Agissez envers autrui comme vous voudriez que les autres agissent envers vous.

 

Ne répondez jamais aux critiques ; si vous le faites, vous affaiblissez votre cause.

 

Tout ce qui existe est doté de mouvement.

 

Sans les extrêmes, comment quoi que ce soit pourrait-il exister ?

 

Il n'est pas mauvais qu'existent des extrêmes. Cela veut simplement dire que deux points sont séparés l'un de l'autre d'aussi loin qu'il est possible de l'être.

 

La bonne Route est toute proche mais l'humanité la cherche au loin.

 

Le succès couronne un travail ardu et une préparation minutieuse.

 

Il faut une centaine d'hommes pour faire un camp ; une femme suffit pour faire un foyer.

 

Le temps est la chose la plus précieuse que l'homme puisse gaspiller.

 

Faire du tort aux autres, c'est se faire du tort à soi-même.

 

Si les gens planifiaient bien leurs journées et s'en tenaient au plan, il y aurait suffisamment de temps pour tout. C'est là la Voix de l'Expérience, car j'applique ce que je prêche — avec succès !

 

Si vous ne gravissez pas la montagne, vous ne pourrez pas contempler la plaine.

 

Rappelez-vous : la tortue n'avance qu'en tendant le cou hors de sa carapace.

 

La pierre précieuse ne peut pas être polie sans frottement, et l'homme ne s'accomplit pas sans subir d'épreuves.

 

Il faut que l'homme garde longtemps la bouche ouverte avant qu'une perdrix rôtie ne vienne y tomber.

 

Si vous ne croyez pas en autrui, comment pouvez-vous vous attendre à ce que les autres croient en vous ?

 

Divisez l'ennemi et vous réussirez à le dominer ; restez unis vous-même et vous vaincrez des ennemis désunis. L'ennemi, cela peut bien être l'indécision, la peur, l'incertitude.

 

Les humains hommes et femmes doivent s'efforcer de vivre ensemble en pratiquant la tolérance, la patience et l'altruisme.

 

Si nous gardons des pensées pures, nous excluons des pensées impures, nous fortifions ce en quoi nous retournons quand nous quittons le corps charnel.

 

On peut, dans ses prières, demander d'être à même d'aider les autres, car en aidant les autres, on apprend à se connaître soi-même ; en instruisant les autres, on s'instruit sur soi-même ; en sauvant les autres, on se sauve soi-même. Il faut donner avant de pouvoir recevoir, il faut se donner, donner sa sympathie, sa pitié. Aussi longtemps qu'on n'arrive pas à donner de soi-même, on n'est pas en état de recevoir quoi que ce soit des autres. On ne peut pas attendre de pitié d'autrui sans en avoir d'abord témoigné aux autres. Impossible d'obtenir que les autres vous comprennent avant d'avoir vous-même témoigné de la compréhension pour les problèmes d'autrui.

 

Rendez le bien pour le mal et ne craignez nul homme ; ne craignez les actes de personne ; car, en rendant le bien pour le mal, en faisant le bien en tout temps, on s'élève et on ne s'abaisse jamais.

 

Tout est pur à ceux qui sont purs.

 

Quoi que vous croyiez de vous-même, vous êtes ce que vous croyez. Quoi que vous croyiez pouvoir accomplir, vous pouvez l'accomplir.

 

Soyez tranquille et sachez que je suis en vous.

 

Donnez afin d'être en mesure de recevoir.

 

Ce qu'une personne craint, elle le persécute.

 

Nous craignons ce que nous ne comprenons pas.

 

Quand nous sommes de l'autre côté de la mort, nous vivons dans l'harmonie.

 

"À moins de redevenir comme un petit enfant vous ne pouvez entrer dans le Royaume des Cieux". Nous pouvons formuler ceci différemment et dire : "Si vous avez la foi d'un enfant non contaminée par l'incrédulité d'un adulte vous pouvez aller partout à tout moment".

 

Les rêves sont des fenêtres sur un autre monde.

 

Si vous vous dites sans cesse que vous allez réussir, vous réussirez. Mais vous ne réussirez que si vous persistez dans votre assurance de succès et si vous ne laissez pas le doute (la confiance négative) s'introduire dans vos affaires.

 

Nous devons à tout moment cultiver le calme intérieur, cultiver un comportement tranquille.

 

L'essence extraite de tout ce que nous apprenons sur Terre, voilà ce qui fait de nous ce que nous serons dans la vie future.

 

Demandez-vous ceci : Est-ce qu'une quelconque de ces affaires, une quelconque de ces préoccupations aura encore quelque importance dans cinquante ou cent ans ?

 

Plus vous faites de bien aux autres, plus vous pouvez en retirer de profit.

 

Si vous pensez à la paix, vous aurez la paix.

 

Il faut être en paix à l'intérieur de soi-même si l'on veut progresser.

 

Avec le calme intérieur et la foi vous pouvez TOUT faire.

 

Nous serons demain ce que nous pensons aujourd'hui.

 

Si vous montrez les effets de la tension cela signifie que vous ne voyez pas les choses sous l'angle qui convient.

 

Si vous travaillez trop durement, vous êtes tellement occupé à penser au dur labeur que vous fournissez que vous n'avez pas de temps pour penser au résultat que vous espérez obtenir.

 

Il est bon de se rappeler que dans toute bataille entre l'imagination et la volonté, c'est toujours l'imagination qui l'emporte.

 

La seule chose à avoir peur c'est d'avoir peur.

 

Si vous contrôlez votre imagination en développant la foi en vos propres capacités, vous pouvez tout faire.

 

Il n'existe rien qui soit impossible.

 

Comme vous pensez, ainsi vous êtes.

 

Nous devrions pardonner à ceux qui nous ont offensés et nous devrions chercher le pardon de ceux que nous avons offensés. Nous devrions toujours nous souvenir que le plus sûr moyen d'avoir un bon Karma est de faire aux autres ce que nous voudrions que les autres fassent pour nous.

 

Aux yeux de Dieu, tous les hommes sont égaux, et aux yeux de Dieu, toutes les créatures sont égales, qu'elles soient des chats, des chevaux, etc...

 

Nous devrions toujours manifester beaucoup d'intérêt, beaucoup de sollicitude, beaucoup de compréhension envers ceux qui sont malades ou affligés ou désolés, car c'est peut-être cela la tâche qui nous incombe : leur témoigner cette sollicitude et cette compréhension.

 

Une personne malade peut avoir évolué beaucoup plus que vous qui êtes bien portant : en lui accordant votre aide, il est possible que vous vous rendiez à vous-même un immense service.

 

S'affliger outre mesure pour ceux qui sont ‘passés de l'autre côté’ leur cause de la souffrance, les fait descendre de force sur Terre.

 

De même que nous devrions agir comme nous voudrions qu'on agisse envers nous, ainsi, nous devrions accorder aux autres pleine liberté d'avoir la foi et de pratiquer le culte qu'ils pensent leur convenir.

 

L'échec signifie que vous n'étiez pas réellement résolu de faire ceci ou de ne pas faire cela !

 

Le mendiant d'aujourd'hui pourrait être le prince de demain, et le prince d'aujourd'hui pourrait être le mendiant de demain.

 

N'imposez jamais aux autres vos opinions personnelles.

 

Ceux qui parlent le moins entendent le plus.

 

L'esprit est comme une éponge qui s'imprègne de savoir.

 

La paix est l'absence de conflit intérieur et extérieur.

 

Ce monde-ci, cette vie-ci est un lieu d'épreuves où notre esprit se purifie par la souffrance que nous subissons en apprenant à réprimer la grossièreté de notre corps charnel.

 

Il peut y avoir un mauvais homme dans une Lamaserie aussi bien qu'un saint en prison.

 

Nous venons ici pour souffrir afin que notre esprit puisse évoluer. Les épreuves enseignent, la douleur enseigne, la bonté et la considération ne le font pas.

 

La crainte corrode l'Âme.

 

La vie suit une route pénible et rocailleuse, pleine de pièges et de traquenards ; mais, si l'on persévère, on finit par atteindre le sommet.

 

La plus grande force qui existe en ce monde, c'est l'imagination.

 

Ne jamais désespérer, ne jamais renoncer ; car le droit prévaudra.

 

Il n'existe pas d'homme cultivé qui n'ait été soumis à une discipline.

 

C'est un triste fait que nous n'apprenons qu'en peinant et en souffrant.

 

Il faut que les parents s'aiment pour que naisse le meilleur type d'enfant.

 

N'importe quel couple, ou presque, pourrait vivre dans l'entente si chacun apprenait à donner et à recevoir.

 

Ne vous disputez pas, ne différez pas d'avis entre vous, car l'enfant imite l'attitude de ses parents. L'enfant de parents peu aimables devient lui-même peu aimable.

 

Le maître arrive toujours quand l'élève est prêt.

 

Le minerai de fer peut se croire stupidement torturé dans le fourneau ; mais quand la feuille du plus bel acier trempé regarde en arrière, elle en juge plus correctement.

 

Qui écoute le plus apprend le plus.

 

Race, croyances, couleur de la peau, tout cela n'a pas d'importance : tous les hommes ont le sang rouge quand ils saignent.

 

L'imagination est la plus grande force sur Terre.

 

Il n'est pas bon de trop s'appesantir sur le passé quand on a tout un avenir devant soi.

 

Lorsqu'on est en colère, mieux vaut se reposer, l'esprit calmé, que de s'assoir comme un Bouddha et de prier.

 

C'est une triste chose que de voir les gens condamner ce qu'ils ne comprennent pas.

 

Il existe une loi occulte bien précise, en vertu de laquelle on ne peut rien recevoir à moins qu'on ne soit prêt à donner.

 

"Que la lumière soit", cela veut dire élever l'Âme humaine, la soustraire à l'obscurité afin qu'elle puisse percevoir la Grandeur de Dieu.

 

Mourir à la Terre c'est naître au Monde Astral.

 

Tout dépend de votre attitude, de votre état d'esprit, car vous êtes ce que vous pensez.

 

Cette Terre n'est qu'un grain de poussière qui n'existe que durant un clin d 'oeil dans ce qui est le temps réel.

 

Chacun doit être une île en soi-même.

 

Le suicide ne se justifie jamais.

 

Votre corps n'est qu'un véhicule, un véhicule par lequel votre Sur-Moi peut acquérir quelque expérience sur Terre.

 

L'Homme, lorsqu'il est suffisamment évolué, peut fort bien célébrer son ‘office’ en lui-même, n'importe où, n'importe quand, sans avoir besoin de s'agréger à un troupeau comme un yack sans cervelle.

 

Plus grande est la spiritualité d'un homme, moins il possède de biens terrestres.

 

Celui qui est sans yeux est véritablement réduit à l'impuissance, se trouve intégralement à la merci des autres, à la merci de TOUT.

 

L'Homme est éphémère, l'Homme est fragile, la Vie sur Terre n'est qu'illusion et la Plus Grande des Réalités se trouve au-delà.

 

Les apparences peuvent être trompeuses.

 

On ne peut jamais se fier aux rumeurs.

 

Certains d'entre nous faisons de notre mieux dans des circonstances très difficiles et nos difficultés sont là pour nous encourager à faire mieux et à nous élever plus haut, car il y a toujours de la place au sommet !

 

CETTE vie est l'ombre de la vie. Si nous accomplissons notre tâche dans CETTE vie, nous nous rendrons ensuite dans la VRAIE vie. Je le sais parce que je l'ai vu.

 

Le Temps, tel qu'il se déroule sur la Terre, n'est qu'un éclair dans la conscience du temps cosmique.

 

C'est maintenant qu'il te faut apprendre à endurer la faim. C'est maintenant qu'il te faut faire preuve de courage. C'est MAINTENANT qu'il faut que tu apprennes à adopter une attitude mentale positive, car tout au long de ta vie tu connaîtras la faim et les tourments et ces derniers seront tes compagnons de tous les instants. Nombreux seront ceux qui tenteront de te faire du mal ou de te ramener à leur niveau. C'est seulement grâce à une attitude mentale positive — constamment positive — que tu parviendras à survivre et à surmonter toutes les épreuves et les tribulations qui seront inexorablement ton lot. ‘MAINTENANT’ est le temps pour apprendre. ‘TOUJOURS’ est le temps pour pratiquer ce que tu apprends MAINTENANT. Tant que tu as la foi, tant que tu es POSITIF, tu es en mesure de supporter n'importe quoi et tu peux sortir triomphant des pires assauts de l'ennemi.

 

Nul n'est soumis à plus qu'il ne peut supporter, et l'Homme choisit lui-même les tâches qu'il doit accomplir, les épreuves qu'il doit subir.

 

L'un des principaux problèmes de ce monde est que la plupart des gens sont négatifs.

 

Si les gens pensaient toujours DE FAÇON POSITIVE, il n'y aurait pas de troubles dans le monde, car les gens d'ici semblent naturellement portés à être négatifs, bien qu'il faille déployer beaucoup plus d'efforts pour l'être que pour ne point l'être.

 

Sur Terre, l'homme est un personnage irrationnel, enclin à croire ce qui n'est pas, de préférence à ce qui est réellement.

 

Il se peut qu'une très bonne personne soit accablée de nombreux maux, et vous — qui en êtes témoin — pensez peut-être qu'il est injuste qu'une telle personne doive subir tant de souffrances. Ou bien, vous pouvez considérer que la personne ainsi éprouvée expie un Karma extrêmement dur. Mais vous auriez tort. Comment savez-vous si cette personne n'endure pas douleur et souffrance en vue d'apprendre comment douleur et souffrance peuvent être éliminées pour ceux qui viendront ultérieurement. Ne vous figurez pas que c'est toujours pour expier le Karma. L'existence actuelle de cette personne est, peut-être, en train de lui gagner un bon Karma.

 

Nous devons nous débrouiller par nos propres moyens, tous et chacun de nous. C'est une erreur de joindre cultes et groupes. Nous devons être autonomes ; pour évoluer l'Homme doit être seul.

 

Nous sommes à l'Âge de Kali, l'Âge de la Perturbation, l'Âge du Changement, le moment où l'humanité se trouve vraiment à la croisée des chemins, décidant d'évoluer ou de régresser, décidant soit de s'élever, soit de s'abaisser au rang des chimpanzés. C'est ainsi qu'en cette époque, en cet Âge de Kali, je suis venu pour tenter d'apporter une certaine connaissance et peut-être faire une différence pour l'homme et la femme d'Occident, en tentant de démontrer qu'il vaut mieux étudier et s'élever que de s'assoir tranquillement et s'enfoncer dans le bourbier du découragement.

 

Vous pouvez atteindre l'état de Bouddha quelle que soit votre situation dans la vie. La seule chose à considérer est celle-ci — comment vivez-vous ? Vivez-vous conformément à la Voie Moyenne, vivez-vous conformément à la règle en vertu de laquelle vous vous conduisez comme vous voudriez que les autres se conduisent envers vous ? Si oui, vous êtes alors sur la voie qui mène à l'état de Bouddha.

 

Nous sommes venus sur cette Terre dans le but de faire évoluer notre Âme Immortelle.

 

Nous arrivons sur cette Terre en sachant d'avance quels seront nos problèmes, en sachant quelles épreuves nous aurons à subir, et si nous nous suicidons, nous manquons aux dispositions que nous avons nous-mêmes prises en vue de notre progrès personnel.

 

Tout ce que vous faites ici profite à votre Sur-Moi et, par là, vous profite à vous-même puisque vous êtes la même chose.

 

Sans la Presse pour causer les haines de race, il n'y aurait pas tant de conflits entre les hommes de couleur différente.

 

Si vous avez peur vous gaspillez inutilement votre énergie.

 

AGIS COMME TU VOUDRAIS

QU'ON AGISSE ENVERS TOI.